Le voyage du président de la République dans le Sud-Ouest a conservé
jusqu'au bout son caractère d'enthousiaste cordialité. Nous ne pouvons
relever ici tous les épisodes de cette excursion si intéressante à tous
égards; contentons-nous de souligner les scènes qui avaient, à côté de
leur signification patriotique, un cachet de pittoresque tout
particulier.
D'abord, à Toulouse, au moment où le cortège présidentiel est arrivé
devant l'arc-de-triomphe des gymnastes. La foule accourue de toutes
parts, pour rendre hommage au chef de l'État, se tenait dans les rues et
les places trop étroites pour une telle affluence. Et rien n'était plus
joli que la vue des gymnastes agiles accrochas de tout côtés à
l'arc-de-triomphe lui-même: c'étaient de véritables grappes humaines qui
formaient, autour du monument, de singuliers festons.
Nous arrivons à Pau. M. Carnot a couché au château qui garde le souvenir
d'Henri IV; il a dormi dans la chambre même de Jeanne d'Albret, la mère
du Béarnais. Les populations d'alentour viennent lui souhaiter la
bienvenue pendant son séjour rapide. Voici la délégation de la vallée
d'Ossau que l'on se montre avec curiosité. Ils sont vraiment curieux à
voir ces montagnards râblés, à l'oeil vif, à la démarche fière. Un jeune
garçon, revêtu lui aussi du costume national, se détache du groupe et
offre à M. Carnot deux charmants petits sabots couverts de cuir noir,
dans une boîte en velours rouge.