AVERTISSEMENT.

Nous suivons, dans cette Édition, la classification adoptée par les

Académiciens d'Herculanum. La peinture a occupé trois volumes; deux

volumes renfermeront ce que la Statuaire a vu ressusciter des fouilles

de la Campanie, c'est-à-dire, les Bronzes, Bas-reliefs, Bustes

et Statues; car, selon Pline, cette dénomination s'applique

particulièrement à l'art de jeter en bronze, et les productions du

ciseau appartiennent à la sculpture. La rareté des bronzes a fait

compter pour une richesse précieuse, ceux qui ont été recueillis dans

ces villes antiques et souterraines. Si l'on trouve dans ces ouvrages

moins de recherche que dans les productions du pinceau, ils offrent

peut-être plus de finesse, plus de sentiment, un goût plus épuré, et

surtout à un degré plus sensible, cette vive empreinte qui décèle le

génie et la science profonde de l'artiste. Cette collection se rend

également intéressante, sous le rapport de l'art et de l'histoire civile

et religieuse.

Pour ne point interrompre la suite des Bustes et des Statues, nous les

ferons précéder de quelques Bas-reliefs, qui ne sont point en assez

grand nombre pour former une série particulière: les Bas-reliefs

avec les Bustes formeront le premier volume; le second renfermera les

Statues.

PLANCHE I.

(_P. 257, t. V de l'Edition royale._)

Tout concourt à donner un grand prix à ce bas-relief; la matière,

le travail, la variété des objets, la beauté de la composition,

l'expression des figures et le choix du sujet. La plaque est d'argent,

en forme de bouclier, avec un crochet au revers pour la suspendre:

c'était sur des boucliers semblables que les anciens faisaient

représenter les images et les actions de leurs ancêtres. La mort de

Cléopâtre parait faire le sujet de cette composition, toute pittoresque.

Cette reine infortunée, dont la beauté n'a pu désarmer son vainqueur,

a fait couler la mort dans ses veines. Ses derniers soupirs sont encore

pour l'amant qu'elle a perdu; assise, affaissée par l'effet du poison,

la tête penchée sur l'épaule, les yeux mourans, elle expire dans les

bras de l'une de ses fidelles esclaves; c'est Carmione, la plus âgée,

elle qui prit soin de l'étendre sur le lit royal, parée d'habits

somptueux, et qui la suivit chez les morts après avoir rempli ces

derniers devoirs. Debout, considérant sa maîtresse dans l'attitude de

la douleur, est la jeune Irais, qui la suivit la première. Un Amour,

accablé de tristesse, est appuyé sur les genoux de la reine, et déplore

sa fin malheureuse. C'est ainsi que nous avons vu ce même Dieu pleurant

l'infortune d'Ariadne (_Peint. t. II, pl. XV_) et éteignant son

flambeau devant Narcisse (_Id. t. III, pl. XLVI et XLVII_). Aux pieds de

Cléopâtre est le panier de figues renversé, sensible allusion au récit

de Plutarque. Les accessoires représentent l'intérieur d'un appartement;

c'est ce que désignent le lit, dont on voit une partie, la draperie

tendue (_aulœa_) et la petite statue élevée sur une colonne tronquée.

La pomme, le vase, la guirlande de myrte et les deux colombes, désignent

clairement Vénus dans cette image. Malgré l'heureuse application que

l'on peut faire à la mort de Cléopâtre, de plusieurs traits de notre

bas-relief, l'explication n'en est pas pleinement satisfaisante; M.

Visconti pense que ce sujet appartient à la Mythologie; la figure

allégorique de l'Amour ou de Cupidon, ne paraît pas convenir une

histoire; la statue de Vénus et l'offrande des colombes, ne paraissent

pas convenir à celle de Cléopâtre: il croit donc que le sujet est Phèdre

avec la nourrice, comme sur plusieurs bas-reliefs où l'on voit de même

la figure de Cupidon; ses offrandes n'ont pu lui rendre Vénus favorable,

et le panier renversé indique qu'elle veut se laisser mourir de faim.

Diamètre, 5 pouces 8 lignes.

PLANCHE II.

(_P. 261, t. V de l'Edition royale._)

Ce bas-relief, sur une lame d'argent, est d'un bon travail; on y voit

un Satyre aux longues cornes, ceint de la nébride, faisant une offrande

devant un Hermès, posé sur un autel rustique. Il est assis, attitude qui

convient à une cérémonie religieuse, et joue d'une lyre à sept cordes:

quoiqu'il soit rare de voir les Satyres avec la lyre, on les retrouve

cependant dans plusieurs monumens, avec cet instrument qui n'est point

étranger aux suivans de Bacchus. L'Hermès barbu, et ayant les cheveux

roulés autour de la tête, pourrait représenter Bacchus Indien; mais

l'objet du sacrifice semble désigner une divinité champêtre d'un ordre

inférieur, peut-être Sylvain, souvent représenté sous la forme d'un

Hermès. L'autel est ceint d'une guirlande; contre l'arbre est posé un

_pedum_, ou plutôt le bâton de chasseur, dit _lagobolos_ parce qu'il

servait à assommer les lièvres; sur l'autel est une coupe, qu'on peut

supposer pleine de lait; aux branches de l'arbre est suspendue une peau

d'animal, dont les oreilles allongées semblent être celles d'un lièvre;

on voit encore sur la pierre où le Satyre est assis, la peau d'un animal

sauvage, tel qu'un tigre ou une panthère. Ce Satyre paraît donc offrir à

la divinité un sacrifice en reconnaissance d'une heureuse chasse, et de

la fécondité des troupeaux.

Il paraît probable que ces petits bas-reliefs en argent, et quelquefois

en bronze, de forme ronde, ont servi de fonds à des miroirs métalliques.

Le Musée Napoléon en possède un en bronze doré, trouvé dans un tombeau,

avec le miroir rond métallique.

Trouvé à _Portici_, et gravé de la grandeur de l'original.

PLANCHE III.

(_P. 263, t. V de l'Edition royale._)

Ces trois Fortunes, relevées en bosse sur argent, sont parfaitement

semblables entre elles, et ont les mêmes attributs. Cette réunion

des trois figures rappelle qu'il y avait à Rome un temple aux trois

Destinées (_tria fata_) qu'on révérait, comme on faisait trois Parques

et trois Grâces, divinités qui se confondent dans l'antiquité reculée.

Le boisseau sur la tête de la Fortune, comme sur celles d'Isis et de

Sérapis, est l'emblême de l'abondance; cet emblême se retrouve encore

avec plus d'extension dans la corne d'Amalthée. Le timon désigne la part

que prend la Fortune dans le gouvernement des empires et des affaires

humaines; le croissant et l'étoile expriment sa domination sur tout

l'univers, et peut-être ces signes, qui accompagnent presque toujours

la déesse, expriment-ils l'opinion de quelques philosophes, qui

attribuaient à l'influence des corps célestes, et surtout de la lune,

tous les événemens heureux et malheureux. Chaque figure est encâdrée

dans le frontispice d'un petit temple; dans le fronton de celui du

milieu, on voit une partie du Capricorne, signe qui se retrouve dans

les médailles comme horoscope, avec les autres emblêmes _de la fortune

d'Auguste_, et qui semblerait désigner ici particulièrement la fortune

de ce prince.

Trouvées à _Civita_, et gravées de la grandeur de l'original.

PLANCHE IV

(_P. 264, t. V de l'Edition royale._)

Ce petit bronze, d'un travail délicat, est plaqué d'argent dans les

reliefs; il représente Esculape avec sa fille Hygie ou _Salus_, déesse

de la santé. On reconnaît facilement le dieu à sa barbe, à ses cheveux,

et a la verge entourée d'un serpent. Sa compagne porte pour attribut la

tasse sacrée, d'où l'on voit sortir un serpent, particularité qui donne

beaucoup de prix à ce petit monument. La déesse tient aussi dans sa

main une petite branche qui n'a point été observée par les Académiciens

d'Herculanum, et que l'on peut croire être la panacée. Les figures

posent sur un autel, et sont encâdrées par un ornement de feuilles de

laurier et de festons. Le laurier était consacré aux trois divinités qui

présidaient à la médecine, Esculape, Hygie et Telesphore: on attribuait

aux feuilles de cet arbre une vertu extraordinaire; on l'employait dans

les triomphes pour purifier les soldats du sang versé dans les combats;

on s'en servait dans les lustrations; on disait de celui qui était

rassuré contre les dangers, qu'il portait un bâton de laurier. Dans les

Hiéroglyphes, le symbole d'une guérison miraculeuse était une colombe

qui tenait dans son bec une branche de laurier. L'usage de consacrer des

tablettes de métal et de marbre pour solution d'un vœu à une

divinité dont on croyait avoir obtenu quelque grace ou faveur, était

très-répandu, et l'on peut regarder celle-ci comme l'une de ces

représentations votives. Trouvé à _Portici_, et gravé de la grandeur de

l'original.

PLANCHE V.

(_Préface de l'Edition originale, page 37._)

La main votive dont nous donnons ici la figure sous un double aspect,

se rend, par la multiplicité des symboles, plus curieuse que celles déjà

connues. Comme dans les autres, les trois premiers doigts sont ouverts,

et les deux derniers fermés. On remarque près de la base, dans une

cavité, une femme avec un petit enfant; il semble que le sujet du

vœu soit exprimé par ces figures, et qu'il se rapporte à un heureux

accouchement. L'homme assis, les pieds posés sur une tête de bélier,

tenant élevé l'index de chaque main, revêtu du costume phrygien ou

persan, habit que les anciens ont donné, par convention, à tous les

Orientaux, paraît être ici, sous la figure d'un ministre ou d'un

prophête, le symbole du culte mithriaque. Le serpent, la grenouille, le

lézard, la balance, la fleur, le fouet, le _tympanum_, le sistre, les

cymbales, etc. font allusion aux Divinités révérées par l'auteur de

l'offrande, ou à sa croyance religieuse, Il serait difficile de tirer

un sens clair et précis de ces sortes d'énigmes, qui, peut-être, n'en

avaient pas un bien formé pour ceux même qui les inventaient; on peut

les regarder comme les rêves d'esprits blessés par la superstition,

ou exaltés par une pieuse reconnaissance, qui voulaient remercier ou

appaiser tous les Dieux qu'ils avaient implorés, ou dont ils craignaient

le courroux. Aussi n'a-t-on réuni, dans l'explication de ces sortes de

monumens, que des conjectures qui semblent se combattre comme les idées

superstitieuses qui les ont produits. Le lecteur curieux pourra recourir

aux auteurs qui en ont parlé; Lorenzo Pignorio, Tommassini, Delachausse,

Gori, Montfaucon, Caylus, etc. Les Antiquaires donnent à ces

mains votives le nom de _Mains de bronze_ ou de _Mains Panthées_,

c'est-à-dire, consacrées à tous les Dieux.

Celle-ci fut trouvée dans les fouilles de Résine, en 1746.

Hauteur, 6 pouces.

PLANCHE VI.

(_P. 1re, t. V de l'Edition royale._)

Chez tous les peuples, nous voyons la religion s'envelopper de mystères;

parmi les anciens Grecs et Romains, l'idée d'un Être suprême, seul

moteur de toutes les causes et régulateur de l'univers, était, pour

ainsi-dire, le secret des philosophes, et cette grande vérité paraissait

trop sublime pour être communiquée au vulgaire grossier, dont la

superstition se nourrissait de toutes les erreurs du polythéisme. On en

retrouve les traces plus ou moins développées dans leurs écrits; mais

c'est sur-tout dans les monumens que les opinions religieuses se cachent

sous les symboles. Le bronze que nous avons sous les yeux, semblerait

appartenir à ces sortes de monumens mystérieux; il représente un

Croissant, surmonté de deux petits bustes, avec l'aigle portant la

foudre au milieu; cet aigle annonce, dans les médailles et dans les

pierres gravées, la présence invisible du grand Jupiter. La tête de

Diane, de Proserpine ou d'Isis au milieu du croissant, annonce la

puissance de la Divinité manifestée dans cet astre. Ici le symbole de

Jupiter semble le montrer comme le régulateur des temps figurés dans

les têtes du Soleil et de la Lune, qui, en séparant le jour et la nuit,

forment le mois exprimé par le croissant. Les mutations constantes de

la Lune ont été les premières observées, et le cours de cet astre est

la mesure la plus sensible et la plus antique qui ait servi à diviser

l'année. «Le mouvement perpétuel du Soleil, dit le poète Aristide (_Hym.

in Jov. p._ 13) au-dessus et au-dessous de la terre, est le commandement

donné par Jupiter au Soleil, d'éclairer tout le monde; et les cours de

la Lune et les révolutions de toutes les étoiles, sont une disposition

de Jupiter». Ce passage s'applique merveilleusement à notre bronze, et

pourrait aussi aider à l'explication d'autres monumens, où l'on voit la

tête même de Jupiter avec le croissant. C'est aussi comme régulateur

des jours et des nuits, que Jupiter recevait chez les Romains le nom de

_Lucetius_ et de _Diespiter_ (_Diei pater_); cependant, en adoptant

une explication plus simple, et qui a été appliquée avec autorité des

monumens du même genre, on pourrait voir, dans notre bronze, l'apothéose

de deux personnages révérés, ou un hommage votif pour la naissance de

deux jumeaux, ou peut-être encore le symbole de Jupiter, d'Hécate, ou de

Castor et Pollux.

Sur la même planche, on voit un buste de Pallas, avec le casque et

l'égide, et une femme aîlée qui peut représenter une Victoire.

PLANCHE VII

(_ P. 2 et 3, t. V de l'Edition royale._)

Le premier de ces quatre bustes appartient Jupiter. On reconnaît le père

et le maître des Dieux, à son épaisse chevelure, à sa barbe touffue, au

diadême qu'il porte, et mieux encore à ce visage majestueux, conforme à

l'idée qu'en ont laissée les poètes et les anciens artistes. Ce bronze

ressemble au fameux buste du capitole, et nous ferons remarquer ici,

d'après l'observation du savant éditeur de ce Musée (_Mus. cap. t. II_),

quel soin, quelle exactitude apportaient les anciens, non-seulement

à retracer les véritables images des hommes illustres, mais encore à

conserver dans les têtes de leurs Dieux et des héros, une ressemblance

souvent idéale, mais consacrée par la description des poètes, ou par

les premières images que l'art avait produites. Il y avait, dans cette

attention, un certain principe de religion qui conserva long-temps ce

sentiment du vrai beau, d'où l'esprit de l'homme, après l'avoir trouvé,

ne tend que trop, par l'effet de son inconstance naturelle, à s'écarter;

on connaît ce passage d'Homère (_Il. a. v. 528_): «Le fils de Saturne

abaissa ses noirs sourcils, les cheveux vénérables du roi s'agitèrent

sur sa tête immortelle, et il fit trembler le vaste olympe». C'est

d'après cette description, a remarqué un ancien, qu'Euphranor forma,

avec son pinceau, l'image de Jupiter, et que Phidias la jeta en bronze.

«Nous connaissons la face des Dieux, dit Cicéron (_de N. D. I. 30_),

comme l'ont voulu les peintres et les modeleurs, et non-seulement leur

visage, mais encore leurs ornemens, leur âge, leurs vêtemens; ainsi l'on

peut dire que Jupiter est barbu, qu'Apollon est imberbe, que Minerve

a les yeux bleus, et Neptune, verdâtres». Des idées ainsi consacrées

s'établissent, avec le temps, comme la vérité même.

Le second buste est celui de Junon, qu'on reconnaît à sa couronne

radiée, et au voile qui couvre sa poitrine.

Dans le troisième, on voit un Hercule, distingué par la couronne

de peuplier, attachée avec une bandelette ou diadême, sorte de

consécration, et dont les traits se rapportent aux portraits connus.

Dans le quatrième, est figurée une Diane, dont les cheveux tressés sans

ornement étranger, viennent former sur sa tête deux crochets allusifs au

croissant; elle porte le carquois et une peau de chèvre ou l'égide.

FIG. supérieure.--Hauteur, environ 3 p°. 4 lig.

FIG. inférieure.--Hauteur, environ 4 p°.

PLANCHE VIII.

(_P. 3 et 4, t. V de l'Edition royale._)

Il serait difficile de fixer le caractère de ce premier buste; c'est un

fragment d'une statue entière. La coiffe et le diadême peuvent désigner

une Junon, une Vesta ou une Diane. Le buste casqué représente le dieu

Mars sans barbe, comme ce Dieu est représenté le plus souvent. Le

troisième buste représente un suivant de Bacchus, couronné de feuilles

de lierre et de corymbes; sa barbe épaisse, la nébride qu'il porte en

écharpe, et son âge, qui est celui de la vigueur, indiquent un Faune

ou Satyre d'un âge mûr: les Grecs les appelaient du nom commun de

_Silènes_. La figure du quatrième buste est moins équivoque; elle

appartient à Silène, le nourricier de Bacchus; le front chauve,

l'enfoncement du front à la naissance du nez, l'enchâssement exhorbitant

de la prunelle, sa barbe descendant en touffes régulières et longues,

tous ces traits sont dans le caractère; la bandelette lui convient

aussi, comme prêtre et ministre de Bacchus: tel était le Silène que

Bacchus enfant lutinait dans ses jeux. Le Dieu arrache, en badinant,

les poils qui hérissent la poitrine de Silène, ou lui pince ses oreilles

pointues; il lui claque sa tête chauve et son court menton, et de son

pouce délicat lui presse ses narines de singe (_Nemesianus, Ecl. III,

31_).

PLANCHE IX.

(_P. 5 et 6, t. V de l'Edition royale_.)

Au premier coup-d'œil, on croirait reconnaître un Faune dans ce buste;

mais, avec un peu d'attention, on remarquera que, dans cette nature

mixte, tout ce gui n'appartient point à la nature humaine a un rapport

évident avec les formes d'un taureau, et nullement avec celles d'un

chevreau ou d'un bouc. Une expression divine, quoique féroce, répandue

sur cette figure, et tous les traits qui la caractérisent, doivent

s'appliquer à Bacchus lui-même. Mais alors c'est Bacchus _Sabazius_, le

fils de Jupiter et de Proserpine, proprement dit _Zagreus_, ce Bacchus

tué par les Titans, et qui cependant reparut depuis sous différentes

formes. Ce n'est plus ce Bacchus dont la beauté est celle d'une tendre

Vierge; c'est celui dont Athénée a conservé le portrait (_II, 1, p. 35_)

«adolescent, indompté, ayant l'aspect d'un taureau; jeune et non jeune».

Euripide voulant représenter Bacchus courroucé, le fait aussi paraître

avec la figure d'un taureau; c'est le caractère qu'on peut saisir dans

le regard, dans les lèvres épaisses, dans les traits ramassés, dans la

touffe de poil naissante sur le front et dans l'oreille extraordinaire

de la figure. Les cornes et le serpent appartiennent particulièrement

à ce Dieu, qui semble offrir le symbole d'une ivresse immodérée et

furieuse.

Les formes grasses et potelées, les cheveux longs du second buste,

semblent désigner une femme; le caractère de la figure appartient à

l'espèce des Faunes; la couronne de lierre avec les corymbes la classe

évidemment parmi les suivans de Bacchus; la grenade qu'elle porte à la

main rend ce bronze rare et précieux. Quoique ce fruit soit compté au

nombre des objets contenus dans la ciste mystique, il n'a point encore

été remarqué sur aucun des monumens relatifs aux mystères. Suivant un

ancien Mythe, la grenade naquit du sang de Bacchus _Zagréus_, mis en

pièces par les Titans, et il était défendu d'en manger les fruits dans

les fêtes de Cérès.

CHAQUE BUSTE.--Hauteur, 7 p°. 9 lig.

PLANCHE X.

(_P. 7, t. V de l'Edition royale_.)

L'expression riante et animée de cette figure, et ses attributs,

appartiennent clairement à Bacchus; ses cheveux touffus sont tressés

avec des branches de lierre garnies de corymbes, et un large diadême

dont les bandes retombant par devant, semblent en faire partie; le bras

resserré dans l'une de ces bandes, peut être l'emblême de l'enchaînement

des forces par l'ivresse. Mais ce que cette figure a plus de

remarquable, ce sont les aîles qu'on lui voit très-rarement. «Les

Amycléens, dit Pausanias (_III, 19_) adoraient spécialement Bacchus,

auquel ils donnaient, autant qu'il me semble, le surnom de _Psylas_;

les Doriens appellent les aîles de ce nom _Psylas_, le vin soulève les

hommes et rend l'esprit léger, comme les aîles portent les oiseaux». Ce

passage qu'on a cité en faveur de ce bronze, donne plutôt l'explication

du sens moral que peuvent offrir à l'esprit les aîles ajoutées à

Bacchus, comme symboles, qu'il ne prouve que le Dieu ait été adoré

sous la forme aîlée; nous remarquerons seulement que ces figures aîlées

doivent, en général, être plutôt considérées comme les génies des Dieux,

que comme les divinités mêmes. Parmi les génies de Bacchus, l'ancienne

Mythologie a fait une mention distinguée d'_Acratus_: son nom signifie

_Merum_, ou le vin sans mélange d'eau; c'est le génie de l'ivresse.

Hauteur, 10 p°.

PLANCHE XI.

(_P. 8, t. V de l'Edition royale_.)

Le diadême, les corymbes de lierre, le voile qui couvrent la tête de

cette figure, indiquent, selon les Académiciens d'Herculanum, un prêtre

de Bacchus; les prêtres sacrifiaient aux dieux la tête voilée, usage

venu à Rome de la Phrygie. Les ministres du culte affectaient aussi dans

leur costume d'imiter leurs divinités, et cette coiffure, _mitra_,

dont Bacchus était l'inventeur, lui avait fait donner le surnom de

_mitrophore_; le geste expressif de l'index élevé, est, sans-doute,

relatif aux mystères; on a cité à ce propos ce vers d'Orphée: «Jupiter,

Pluton, le Soleil et Bacchus ne sont qu'un seul»: comme si tous ces

Dieux se trouvaient réunis dans Bacchus. C'est pour cela qu'il a été

considéré comme le Dieu universel, et qu'il a été appelé _Panthée

(Auson. ép. 29 et 30)_. Cependant les accessoires qui peuvent déterminer

le caractère de ce buste, servent à M. Visconti pour appuyer une opinion

différente; c'est Hercule, habillé en femme, à la cour d'Omphale, et

célébrant, avec la reine de Lydie, les fêtes de Bacchus. La célèbre

pierre gravée, du cabinet d'Orléans, où Hercule jeune paraît voilé

jusqu'au menton, de la même manière, rend cette opinion presque

démontrée.

Hauteur, 8 p°.

PLANCHE XII.

(_P. 9 et 10, t. V de l'Edition royale_.)

La figure du premier buste est couronnée de feuilles, de corymbes de

lierre et de grappes de raisin; dans un pan de sa draperie, elle porte

des raisins et des figues, et de la main droite elle penche un vase

sur les fruits, comme si elle les arrosait. L'expression gracieuse

et délicate de la tête, la jeunesse dont elle brille, conviennent à

Bacchus, qui partage avec Apollon le don d'une beauté toujours nouvelle;

mais les fibules qui attachent la draperie sur les bras, portent à

croire que c'est une nymphe, l'une des nourrices ou compagnes du Dieu,

et qui tempère sagement la force de ces fruits par le mélange de

l'eau; ce mélange était sacré chez les peuples polis de la Grèce;

il n'appartenait qu'aux barbares de boire le vin pur, et c'est ce

qu'Anacréon appelle _boire à la scythique_. De-là, peut-être, cette

différence du Bacchus sauvage et furieux dont nous avons parlé

précédemment (_pl. IX_), et du Bacchus vainqueur et législateur des

peuples de l'Orient, portant dans sa beauté immortelle le caractère

d'une divinité bienfaisante. La proportion du mélange était

ordinairement de trois parties d'eau sur deux de vin, et les plus sobres

suivaient celle de cinq à deux.

Le style du second buste peut le faire croire de travail étrusque, ou,

pour s'exprimer avec plus de justesse, d'ancien style grec; les lignes

droites, l'adhérence des membres au corps qui en font le caractère,

attestent la jeunesse de l'art; les Etrusques reçurent, à une époque

très-reculée, les arts de la Grèce, ils conservèrent long-temps, avec

une espèce de religion, ce même style, sans le changer ni l'améliorer.

Comme imitateurs, ils eurent dans l'exécution quelque chose de plus

lourd, et qui distingue encore aux yeux exercés, leurs ouvrages de ceux

de leurs premiers maîtres. La figure est une Pomone, qu'on reconnaît

aux différens fruits qu'elle porte dans son giron; elle est coiffée d'un

voile, posé sur une élévation formée par les cheveux sur le front. C'est

cette élévation qu'on nomme _tutulus_, et qui se rencontre souvent dans

les figures dites étrusques. Le collier, orné de bulles, est aussi un

ornement étrusque; ce collier et les yeux sont en argent.

CHAQUE BUSTE.--Hauteur, 6 p°.

PLANCHE XIII.

(_P. 11, 12, t. V de l'Edition royale_.)

Ce buste précieux porte le nom du personnage célèbre qu'il représente,

du prince des orateurs. _Démosthène_ naquit à Athènes, environ trois

siècles avant celui d'Auguste. L'amour de la patrie arma son éloquence

contre les rois de Macédoine. Après une vie agitée, forcé, par la fureur

d'Antipâtre, de chercher un asyle dans une terre étrangère, il n'en

trouva plus que dans la mort même, et prit du poison dans l'île de

Calaurie, l'an III de la 114e olympiade (le 16 octobre, 122 ans avant

l'ère chrétienne). «Voilà, dit Pausanias (l. VIII) où cet amour extrême

de Démosthène pour les Athéniens, le conduisit; et il me semble qu'on a

dit avec raison, qu'un homme trop dévoué à l'intérêt public, et qui

se fie trop à la faveur populaire, meurt bien rarement tranquille». Ce

buste fut découvert, en 1753, dans les fouilles de Résine, dans le

même édifice où l'on trouva les _Papyrus_ et la plus grande partie des

bustes. A cette époque, on ne connaissait point de portrait authentique

du célèbre orateur. Un marbre trouvé à Tarragon, cité par Fabri (_Ill.

imag. n°. 55_) et par Bellori (_Ill. rhét. n°. 79_), portait le nom de

_Démosthène_; mais la jeunesse et la privation de la barbe semblaient

indiquer, dans cette tête, un autre Démosthène, peut-être le fils

d'Alcisthène, capitaine des Athéniens, commandant une flotte au siége

de Syracuse, où il perdit la vie, selon Thucydide (_l. III, p. 9l_) et

autres historiens. On a remarqué que, dans l'inscription, la forme de

l'_epsilon_ et du _sigma_ répondait à celle du temps d'Auguste. Si

ce n'est point un signe assez certain pour fixer l'âge de ce bronze,

l'excellence du travail ne l'en place pas moins aux beaux temps de

l'art.

Hauteur, 6 p°. 3 lig.

PLANCHE XIV.

(_P. 13, 14, t. V de l'Edition royale._)

La ressemblance qu'on saisit entre ce buste et le précédent, peut y

faire reconnaître le même personnage, _Démosthène_. Plus grand, mieux

conservé, on remarque dans les traits plus de jeunesse et une expression

plus vive; mais, dans tous les deux, on trouve ce trait caractéristique

qui rappelle cette difficulté dans l'articulation, vaincue par la

constance de l'orateur, la lèvre inférieure très-mince, et comme

attachée aux dents. Plutarque, dans la vie de Démosthène (_l. II, p.

847_) fait mention de deux statues, qu'on voyait à Athènes en deux lieux

différens. On lisait au bas de la statue de bronze, cette inscription,

posée par les Athéniens: «Si la valeur de Démosthène eût égalé son

éloquence, la Grèce ne serait point encore vaincue ni asservie au

Macédonien. Sa statue, ajoute-t-il, est placée près le _Perischœnasma_

(ou enceinte de cordes) à l'autel des douze Dieux: c'est l'ouvrage de

Polyeucte. Par la suite, et après sa mort, les Athéniens lui érigèrent

une statue dans le _Forum_, sous l'archonte Gorgias». On pourrait croire

que, entre ces deux statues, il existait la même différence que l'on

remarque dans nos deux bustes. Dans le premier, Démosthène est calme et

serein, tel sans-doute qu'il parut après avoir pris le poison, ainsi

que le décrit Lucien, intrépide et riant. Dans celui-ci, c'est l'orateur

foudroyant, tel que le peint une épigramme de l'Anthologie (_V. 3._)

d'après une statue de bronze: «Mais il n'était point tranquille;

enveloppé dans de grandes pensées, il roulait dans son esprit de

profonds desseins; tel il s'élevait en fureur contre les Macédoniens.

Certes, cette image morte semblait lancer de ses lèvres les paroles

ardentes; mais l'art l'en empêchait, l'art qui l'avait enchaîné dans le

bronze le forçait à se taire».

Hauteur, 11 p°.

PLANCHE XV.

(_P. 15, 16 de l'Edition royale_.)

Le nom de _Zénon_ se fait lire sur la base de ce buste; mais

l'inscription ne suffit pas pour désigner clairement le personnage.

Diogène Laërce nomme huit Zénon; d'autres en comptent jusqu'à quinze.

Les plus célèbres sont Zénon d'Elée et Zénon de _Cittium_, petite ville

de l'île de Chypre; le premier dialecticien subtil passe pour fils ou

pour disciple de Parménide, et pour maître de Périclès; en parlant de

ce philosophe, Platon dit qu'il était de l'âge d'environ quarante

ans, d'une taille élevée, et d'une figure agréable. Le second, chef et

fondateur de la secte des Stoïciens, était, suivant le portrait qu'en

donne Laërce (_liv. VII_) petit, très-brun, faible, délicat et maigre,

ayant les jambes grosses, et le cou penché d'un côté; du reste, l'air

sombre, dur et amer. Les Athéniens, l'honorèrent pour son savoir et

sa probité; ils lui confiaient la garde des clés de la ville; ils lui

décernèrent une couronne d'or et une statue de bronze. Ses compatriotes

lui rendirent le même honneur, pensant que l'image d'un tel homme était

l'ornement de leur cité; et cette statue, respectée par Caton, seule, ne

fut point vendue dans la confiscation du royaume de Chypre (_D. Laërce,

VII, 6, Pline, XXXIV, 8._) Zénon de _Cittium_ ne commença à s'appliquer

la philosophie qu'à l'âge de trente ans, il suivit pendant plus de

vingt ans Cratès, Stilpon et Xénocrate; il est probable qu'il était

sexagénaire quand il ouvrit son école au portique. Il mourut âgé de 98

ans; d'où il suit que ses portraits doivent porter l'empreinte d'une

vieillesse très-avancée. Il ne paraît point que notre bronze réponde à

l'idée qu'on doit se faire de ces deux personnages; les monumens connus

sous le nom de _Zénon_, n'offrent pas de point de comparaison assez

frappant, pour fixer ici l'incertitude. Trouvé dans la maison d'un

Epicurien, ce buste semblerait être celui de l'un des Zénon de cette

secte. L'un des plus illustres philosophes qui lui appartinrent, fut

Zénon le Sidonien, le huitième nommé par Laërce (_VII, 35_) disciple

d'Apollodore; il se distingua par la clarté de ses pensées et de ses

discours, et laissa beaucoup d'écrits (_id. X, 25_). Cicéron parle aussi

d'un Zénon qu'il entendait souvent à Athènes, «Notre Philon, dit-il,

avait coutume de l'appeler le coryphée des Epicuriens (_De N. D. I.

21_)». On sait que l'école d'Épicure était suivie des personnages les

plus distingués du siècle d'Auguste; et les sectateurs se faisaient,

sans-doute, un honneur de posséder les images de leurs maîtres.

Hauteur, 6 p°. 3 lig.

PLANCHE XVI.

(_P. 17, 18, t. V de l'Edition royale_.)

Le successeur d'Épicure, _Hermarque_, revit dans ce buste précieux; nous

y trouvons non-seulement les traits de cet illustre philosophe, mais

encore son véritable nom, qui paraît avoir été altéré par les auteurs

grecs et latins, qui, en le nommant, ont supprimé la lettre _r_.

L'inscription du bronze fait une autorité victorieusement confirmée par

un _Papyrus_ trouvé dans le même lieu, et dans lequel on lit le nom

du philosophe écrit de la même manière. Diogène Laërce a conservé le

testament d'Épicure, qui légua à son ami son jardin, ses livres et son

école.... «A condition, dit-il, qu'ils assigneront (il parle de ses

héritiers) le jardin et tout ce qui en dépend, à Hermaque (on trouve

par-tout le nom ainsi altéré), fils d'Agemarque de Mytilène, et à

ceux qui, avec lui, s'appliquent la philosophie, et à ceux qu'Hermaque

laissera pour successeurs dans la philosophie, afin qu'ils s'y exercent

à la philosophie...; de plus, qu'Aminomaque et Timocrate (ses

héritiers) donneront la maison située à Mélite (quartier d'Athènes) pour

habitation, à Hermaque et à ses compagnons dans la philosophie, tant

qu'Hermaque vivra...; qu'ils donneront tous nos livres à Hermaque...;

qu'ils partageront tous les revenus avec Hermaque, afin que tout se

fasse avec le conseil du même Hermaque, qui a vieilli avec nous dans la

philosophie, et qui a été laissé par nous pour chef et maître de tous

ceux qui philosophaient avec nous». Voilà, sans-doute, un bel éloge

de la vie, du savoir et du caractère de notre Hermarque. Laërce dit

ailleurs (_l. X, 13._): «Il était fils d'un père pauvre, et, dans le

principe, il s'était appliqué à l'art oratoire. On a de lui ces beaux

ouvrages: vingt-deux lettres d'_Empedocle_, un traité des _Disciplines_,

un traité contre Platon, un autre contre Aristote. Il mourut de

paralysie, et fut un homme vraîment illustre». Cicéron (_de Finib. lib.

III, p. 30_) rapporte un lettre écrite Hermarque par Épicure, le jour

même qu'il mourut; il lui recommanda les fils de Métrodore, en lui

disant: «Comme il est digne de cette affection que tu as conçue dès

l'enfance pour moi et pour la philosophie, etc.» Nous aimons à rapporter

toutes ces preuves d'une longue amitié entre des hommes célèbres: une

longue amitié est l'éloge le plus touchant qui suive leur mémoire.

Hauteur, 7 p°. 8 lignes.

PLANCHE XVII.

(_P. 19, 20, t. V de l'Edition royale._)

La ressemblance parfaite de ce buste qui porte le nom d'_Épicure_, avec

l'Hermès du Capitole, qu'on pouvait regarder comme le seul portrait

connu de ce philosophe, fait une double autorité en faveur de ces

monumens, et confirme les remarques judicieuses de l'auteur du musée

Capitolin. (Voyez _pl. V et XI, et pag. 14, t. I._) Peu de noms sont

aussi fameux dans la philosophie, et il n'est point de secte qui ait eu

d'aussi nombreux partisans dans l'antiquité. L'indulgence extrême

des principes de son fondateur, ou, pour mieux dire, l'abus que les

disciples firent des préceptes de leur maître, flatta le goût de la

volupté, entraîna plus d'esprits que la sagesse qui les modérait, et

appela l'animadversion des hommes sévères sur les Epicuriens. Subjugué

par une indolence naturelle qui, peut-être, prenait sa source dans

la faiblesse de son tempérament, Épicure se livra à une philosophie

contemplative. Concevant la béatitude dans le plus parfait loisir, qui

consiste à n'incommoder ni soi-même, ni les autres, il crut indigne de

la majesté divine, de se mêler des affaires du monde; il abandonna

tout au hasard. Les atômes formèrent l'univers par des combinaisons

fortuites; les lois du mouvement et le poids intrinsèque de la matière

qui avait tout formé, suffisaient également pour tout gouverner. Du

reste, la vie et les mœurs d'Épicure et de ses partisans méritèrent des

respects. Cicéron en fait lui-même un bel éloge (_de Finib. II. 25._)

en disant... «et de ce qu'il fut (Epicure) un excellent homme, de ce

que plusieurs Épicuriens furent et sont aujourd'hui fidèles en amitié,

constans dans toute la vie, graves, modérant leur conduite, non sur

la volupté, mais sur le devoir; il me semble y reconnaître plus de

principes d'honnêteté que de volupté. En effet, plusieurs vivent de

manière, que leur vie réfute leurs discours; et comme on estime que les

autres hommes parlent mieux qu'ils n'agissent, ceux-ci me semblent, au

contraire, agir mieux qu'ils ne parlent». Ce célèbre philosophe naquit

à Gargethe (contrée de l'Attique) l'an III de la 109e. olympiade, et

mourut âgé de soixante-deux ans, la seconde année de la 127e. olympiade.

Ses sectateurs célébraient sa fête au mois de janvier de chaque année,

et faisaient un repas solennel, le 20 de chaque mois, en mémoire de

Métrodore, ami d'Épicure, et d'Épicure lui-même, comme il l'avait

prescrit par son testament.

Hauteur, 7 p.º 8 lig.

PLANCHE XVIII.

(_P. 25, 26, t. V de l'Edition royale_.)

Un marbre du Capitole portant le nom de _Métrodore_, offre assez de

ressemblance avec ce buste, pour lui faire donner le même nom. Ce

philosophe, né à Lampsaque, fut l'ami fidèle d'Épicure, et n'en fut

séparé que par la mort, qui l'enleva sept ans auparavant, à l'âge de

cinquante-trois ans: «Homme de bien en toutes choses, et qui ne se

laissa point avilir devant l'adversité ni devant la mort même», il

partagea les respects des Epicuriens avec leur fondateur. Épicure le

voulut lui-même; et par son testament, après avoir assuré le sort des

enfans de Métrodore, il ordonna que, le 20 de chaque mois, ses

disciples honoreraient la mémoire de son ami avec la sienne; ce qui

fut religieusement observé tant que dura la secte Épicurienne: preuve

touchante d'une amitié profonde, legs généreux et unique par lequel

un ami rappelle un ami, qui s'était éteint avant lui, à une succession

inaliénable, à une portion de cette gloire qui fait le patrimoine

des grands hommes dans la postérité. Métrodore aimait, et prit pour

concubine ou pour femme, la courtisanne _Léontium_, disciple elle-même

d'Epicure, célèbre par sa beauté, par l'élégance de ses mœurs, par son

esprit, et par ses lettres contre Théophraste. Il mourut d'hydropisie,

et s'il paraît ici plus jeune et plus sec que dans le marbre du Capitole

(voyez _Mus. Cap. tom. I. pl. 5._), on peut supposer que notre buste le

représente avant sa maladie.

Trouvé à Résine, ainsi que les cinq qui précèdent, en 1753.

Hauteur, 6 p°. 10 lignes.

PLANCHE XIX.

(_P. 27, 28, t. V de l'Edition royale_.)

Des têtes attribuées à Platon, sur la foi de quelques inscriptions

apocryphes, ont fait regarder comme des portraits de ce philosophe, des

figures à longue barbe, avec les cheveux artistement arrangés, marques

de mollesse qui paraissent à peine convenir aux plus efféminés des

hommes. La même erreur a eu son application dans le bronze que nous

avons sous les yeux. M. _Visconti_, dans son explication de la statue

appelée le _Sardanapale (Mus. Pio-Clem. t. II, pl. 41_), a prouvé que

toutes ces images représentent Bacchus _pogon_ ou barbu. Cette opinion

se fortifie par la comparaison des monumens; c'est ainsi qu'on

retrouve dans le bas-relief, connu auparavant sous le nom du _Festin

de Trimalchion_, le Bacchus Indien, parfaitement semblable au prétendu

Sardanapale. D'autres figures antiques citées par l'éditeur du musée

_Pio-Clémentin_, portent ces mêmes signes de mollesse, que les peuples

de l'Orient attribuèrent au Dieu qui les soumit par les plaisirs. M.

d'Hancarville (_t. I, pl. 104_) avait été du même avis, par rapport au

bronze qui fait le sujet de cette planche, et qui, pour l'excellence de

l'art, comme pour la finesse de l'exécution, est l'un des plus parfaits

que les siècles aient respectés. L'inclinaison de la tête est un

attribut divin qui, comme on sait, désigne les Dieux favorables, se

penchant vers les mortels (_respicientes_). La bandelette qui sert

à retenir plusieurs touffes de cheveux, est un ornement dont on voit

rarement privées les têtes de Bacchus; c'est le diadême qu'il inventa,

ou, si l'on veut, le _credemnon_, espèce de voile qui couvrait

quelquefois toute la tête, et quelquefois se portait plissé ou roulé en

forme de turban. On peut voir le rapprochement de plusieurs images du

Bacchus barbu, dans les _Monumens antiques du musée Napoléon, publiés

par F. et P. PIRANESI, frères. Paris, 1804, t. II, pl. 3 et suiv._

Antiquités d'Herculanum, Tome IV. Bronzes · 第 6 / 24 题