_(Voir les gravures aux pages 36 et 37.)_
Nous avons mentionné (numéro du 28 décembre) le siège héroïquement
soutenu, dans la casbah de Dar el Kadi, par le commandant Massoutier et
une poignée de braves, contre une force ennemie qu'on a évaluée à 5.000
hommes.
Le courrier apportant des détails sur cette action digne des plus belles
pages de l'épopée africaine, sur la délivrance de la colonne ainsi
bloquée et le retour à Mogador du général Brulard qui la délivra, vient
seulement d'arriver, l'état de la mer ayant, pendant dix à quinze jours,
interrompu les communications entre les bateaux et la côte.
Ce qui inquiéta le plus les vaillants assiégés de Dar el Kadi, ce ne fut
point la crainte d'être enlevés de vive force par l'assiégeant--ils lui
firent tête avec un magnifique sang-froid, économes de leurs munitions,
maîtres de leur tir--ce fut la perspective de mourir de soif. Du 18 au
20 décembre, ce fut un atroce supplice.
Ce jour-là, raconte une impressionnante lettre écrite par l'un de ces
admirables soldats et publiée par l'_Echo de Paris_, on parlemente avec
le caïd Anflous--un traître qui devra bien, quelque jour, recevoir le
châtiment de ses perfidies--pour avoir de l'eau. Il en envoie, comme par
ironie, douze litres: «On distribue cette eau; chacun en reçoit deux
cuillerées à café qu'on lui verse dans la bouche, et les loustics ont
encore la force de plaisanter.»
Ne sent-on pas, à de pareils traits, courir dans sa chair un frisson?
La pluie vint, par bonheur, et l'espérance se ranima au coeur de nos
braves.
On trouve aussi dans ce palpitant récit le compte rendu de l'enterrement
des morts, parmi lesquels se trouvait le lieutenant Chamand, tué d'une
balle dans l'oeil. Le commandant Massoutier prononce quelques mots
d'adieu, un officier récite le _Pater_ et l'_Ave Maria_,--tout ce qu'il
se rappelle peut-être des prières de son enfance. «Pendant ce temps,
écrit le narrateur, l'ennemi, placé à un kilomètre, sur les pentes de la
montagne, avait vue sur le rassemblement dans la cour du bord et tirait
sur nous; les balles venaient battre la façade d'un bâtiment à côté de
nous, au-dessus de nos têtes. Jamais je n'avais assisté à des
funérailles aussi simples ni aussi poignantes.»
Enfin, le 25 à 10 heures du soir, éclate une vive fusillade: voici la
colonne de secours. On entend bientôt ses mitrailleuses, puis des appels
en français, des sonneries, la _Marche des zouaves_. La porte est
ouverte, arrachée: le général Brulard paraît...
Dès le lendemain, il se remettait en route, ramenant, avec son monde à
lui, ceux qu'il venait de délivrer. Et ces hommes merveilleux, en dépit
des fatigues, des souffrances, des privations qu'ils venaient d'endurer,
trouvaient le courage d'abattre, les 26 et 27 décembre, deux étapes de
30 et de 20 kilomètres, pour rentrer à Mogador.
[Illustration: Les passagers et l'équipage, dans les embarcations de
sauvetage autour du paquebot qui sombra par l'arrière. LE NAUFRAGE DU
«SAINT-AUGUSTIN» EN MÉDITERRANÉE.--_Photographies de M. R. Tourasse._]
[Illustration: L'IMPÔT SUR L'ÉCLAIRAGE, par Henriot.]
[Illustration: Supplément.]
[Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
pas été fournis.]