UNE OEUVRE DE LIGIER RICHIER.

La tête de mort ailée et couronnée représentée au bas de cette page

provient du mausolée qu'Antoinette de Bourbon fit élever à son époux

Claude de Lorraine, décédé en 1550 au château de Joinville, en

Haute-Marne.

Ce mausolée, si important, auquel collaborèrent les éminents artistes

Dominique le Florentin, Picard le Roux et Ligier Richier, était édifié

dans la chapelle Saint-Laurent, du château.

Il fut brisé en 1792, les corps qu'il recouvrait furent arrachés de

leurs linceuls de pierre et les morceaux de sculpture dispersés en

maints endroits.

On trouve à l'hôtel de ville de Joinville deux des quatre cariatides qui

soutenaient l'entablement sur lequel étaient placés les priants; au

musée du Louvre, deux bas-reliefs et les génies funéraires (en fort

mauvais état) qui entouraient l'oeil-de-boeuf au bas duquel se trouvait

la tête de mort ailée; au musée de Chaumont, deux autres bas-reliefs et

des sculptures qui décoraient les tympans du mausolée.

Jusqu'à ce jour, cette tête de mort avait échappé à toutes les

recherches, et c'est à M. Emile Humblot, peintre et graveur, maire de

Joinville, très versé dans l'histoire de son pays natal, que revient

l'honneur d'avoir déterminé la provenance de cette sculpture d'albâtre

trouvée dans un bois de Joinville, il y a cinquante ans, cachée pour

ainsi dire depuis lors, et possédée actuellement par M. Pierret,

professeur honoraire de la Faculté de médecine de Lyon.

Cette sculpture si réaliste semble avoir pour auteur Ligier Richier,

auquel on attribue aussi les deux gisants. Elle mesure 0 m. 35 d'une

pointe à l'autre des pennons extrêmes. La tête est en saillie de 0 m. 13

sur un bandeau d'albâtre. Le masque est d'une expression saisissante.

Autant il symbolise le décharnement du tombeau, l'anéantissement de

l'être dans la mort, autant les ailes ont le caractère de la vie qui

frémit et palpite: c'est le mouvement surpris dans l'imprévu et la

fantaisie de ses lignes.

On voit l'indication de cette tête de mort au bas de l'oeil-de-boeuf,

dans un dessin du «Plan et Mosolée de Mgr Claude de Lorraine, 1er duc de

Guise, et de Mme Antoinette de Bourbon, son épouse». (Collection

Gaignières, Bibliothèque nationale, n° 22429, folio 128.)

[Illustration: L'ex-président Castro en quarantaine à Ellis-Island (New York).]

L'Illustration, No. 3647, 18 Janvier 1913 · 第 29 / 33 题