Un arrêté ministériel qui fut peu populaire--mais ses auteurs ne
pouvaient espérer qu'il en fût autrement--enlevait aux officiers de
marine, en 1901, la grande tenue qui leur seyait si joliment, le
bicorne, l'habit brodé aux pans d'ancres d'or, le pantalon à bande d'or.
Un nouveau décret vient de leur rendre cet uniforme de gala. Il est
redevenu obligatoire à partir du 1er janvier 1913, et, pour la première
fois en cérémonie officielle, il a fait sa réapparition à bord du
cuirassé _Patrie_, lorsque le vice-amiral de Marolles, nommé au
commandement de la 2° escadre en remplacement de l'amiral Bellue, appelé
à la préfecture maritime de Toulon, vint arborer son pavillon sur ce
navire.
On peut voir sur le cliché reproduit ici, et qui fut pris à l'occasion
de cette cérémonie, quelle belle humeur nos officiers ont montrée devant
l'objectif, enchantés d'avoir retrouvé l'uniforme qu'ils regrettaient,
et assez indifférents, sans doute, aux vaines raisons d'économie, de
«démocratisation», qu'on avait mises en avant pour justifier la mesure
ancienne. Ils doivent d'ailleurs quelque gratitude à la diplomatie,
puisque c'est sur les instances du ministère des Affaires étrangères,
frappé de les voir, dans maintes rencontres, faire si indigente figure,
quant aux signes extérieurs, en face de leurs camarades des marines
étrangères, que leur fut redonnée la grande tenue.
... Après la joie, le deuil.
Le lundi 6 janvier, un accident de tuyautage se produisait dans la
machine du cuirassé _Masséna_: un collecteur de vapeur explosait, comme
le navire prenait le large pour Bizerte, où il devait passer au bassin.
Huit chauffeurs furent tués: un quartier-maître, Marzin, et sept
matelots, Dupont, Massone, Bastiand, Ollier, Bescon, Beyon et Dodeman.
On a fait samedi dernier à ces victimes du devoir des funérailles
solennelles où le ministre de la Marine s'était fait représenter par M.
le vice-amiral de Jonquières.
Le matin, l'amiral remettait, à bord du _Masséna_ même, la croix au
mécanicien principal Chappaz, et la médaille militaire au second maître
Salaun et au matelot Mazéas, qui s'étaient distingués lors de la
catastrophe.
Un peu plus tard, une messe était célébrée à l'hôpital de Saint-Mandier,
en présence du représentant du ministre, du commandant et des
délégations du _Masséna_. Puis les cercueils étaient placés devant le
bâtiment central de l'hôpital, où une foule recueillie les venait
visiter. Ce fut là qu'eut lieu, à 2 heures, la cérémonie de levée des
corps.
En présence de ces huit bières fleuries, déjà placées sur les
corbillards qui allaient les emmener vers les gares, chacun des morts
devant dormir près de son foyer, M. le vice-amiral de Jonquières
prononça une émouvante allocution, saluant ces hommes «tombés comme sur
un champ de bataille, en pleine jeunesse».
[Illustration: Les obsèques à Toulon, des victimes du _Masséna_:
l'amiral de Jonquières, représentant le ministre, prononce son discours.
_Phot. Marius Bar._]
[Illustration: Dans une vieille maison d'une petite ville des pays
annexés: après le repas de famille, _la Marseillaise_ chantée en choeur.
Scène finale du premier acte d'_Alsace_.--_Phot. A. Bert._]