D'après les relevés statistiques du ministère des Finances,

Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the

Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net

(This file was produced from images generously made

available by the Bibliothèque nationale de France

(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)

[Note au lecteur de ce fichier digital:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été

corrigées.

Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:

Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905).

Les articles ont été regroupés dans des fichiers correspondant

aux différentes zones géographiques, ce fichier contient les articles

sur la Roumanie.

Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces

articles sont originaires.

La liste des illustrations étant très longue, elle a été déplacée et

placée en fin de fichier.]

LE TOUR DU MONDE

PARIS

IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT

20, rue du Dragon, 20

NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE

2e SEMESTRE

LE TOUR DU MONDE

JOURNAL

DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS

Le Tour du Monde

a été fondé par Édouard Charton

en 1860

PARIS

LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79

LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND

1905

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TABLE DES MATIÈRES

L'ÉTÉ AU KACHMIR

Par _Mme F. MICHEL_

I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à

Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de

Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du

Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1

II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et

batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du

Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de

Srînagar. 13

III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --

Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de

Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25

IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les

pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.

-- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37

V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et

hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --

Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49

SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE

Par _le docteur LAMY_

_Médecin-major des troupes coloniales_.

I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.

-- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --

Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --

Arrivée à Dioubasso. 61

II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La

mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De

Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --

Retour à Petit-Alépé. 73

III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur

économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --

Supériorité de la faune. 85

IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --

Retour en France. 90

L'ÎLE D'ELBE

Par _M. PAUL GRUYER_

I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots

d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville

d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.

-- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à

Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.

-- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un

enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules

blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes

de l'île. 97

II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir

tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte

Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la

Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de

l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte

orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge

de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109

III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux

Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San

Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond

aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et

le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates

sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --

L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par

le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut

chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon

gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse

Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de

la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du

Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les

broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de

Porto-Ferraio. 121

D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE

Par _M. VICTOR CHAPOT_

_membre de l'École française d'Athènes._

I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et

l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route

d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu

d'Alep. 133

II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --

Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --

Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment

atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145

III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de

l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.

-- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --

Conclusion pessimiste. 157

LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES

Par _M. RAYMOND BEL_

À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou

Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --

L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --

L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des

Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169

LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE

Par _M. ALBERT THOMAS_

I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole

sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182

II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie

moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le

Kreml et la ville. 193

III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --

L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du

_Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère

Volga». 205

IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les

passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:

l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217

V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux

fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de

l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229

VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La

Grande-Russie. -- Conclusion. 241

LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES

Par _M. GERSPACH_

La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu

d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de

Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --

Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --

Procédés employés pour le transfert des fresques. 253

SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE

Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_

I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession

française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre

concession. -- La police municipale et la prison. -- La

cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de

volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265

II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --

Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie

d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le

fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --

Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --

Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277

L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS

Par _M. BARGY_

Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut

Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --

L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --

Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la

casuistique de la Constitution. 289

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE

Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.

I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la

ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les

Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;

son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de

Kirman. 301

II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la

faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et

dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la

province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325

IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De

Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de

délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la

Commission. -- De Kouak à Kélat. 337

V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --

Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le

Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349

AUX RUINES D'ANGKOR

Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_

De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur

le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.

-- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la

civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.

-- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le

palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne

devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361

EN ROUMANIE

Par _M. Th. HEBBELYNCK_

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La

vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché

de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373

II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --

Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges

à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385

III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de

Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,

promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la

Couronne. 397

CROQUIS HOLLANDAIS

Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_

_Photographies de l'auteur._

I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.

-- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.

-- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons

aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits

enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410

II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un

déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421

III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --

La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la

Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq

jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur

l'eau. 423

IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --

Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le

fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu

des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes

filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --

Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --

Houille locale. 433

ABYDOS

dans les temps anciens et dans les temps modernes

Par _M. E. AMELINEAU_

Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les

dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur

spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445

VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES

Par _M. JULES BROCHEREL_

I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --

En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les

gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un

chef kirghize. 457

II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La

traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une

vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --

Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue

du Khan-Tengri. 469

III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La

vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef

kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.

-- Arrêtés par les rochers. 481

IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --

En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués

par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée

de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --

Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493

V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous

retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La

dispersion. 505

VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et

Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume

khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.

-- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507

L'ARCHIPEL DES FEROÉ

Par _Mlle ANNA SEE_

Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de

l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La

vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La

pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers

l'Archipel. 517

PONDICHÉRY

chef-lieu de l'Inde française

Par _M. G. VERSCHUUR_

Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et

ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels

de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;

les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --

L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La

fièvre de la politique. 529

UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO

Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_

I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --

Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541

II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --

Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --

Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la

parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La

poésie. 553

LA RÉGION DU BOU HEDMA

(sud tunisien)

Par _M. Ch. MAUMENÉ_

Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.

-- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --

Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements

indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La

plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir

Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.

-- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --

Sidi Abd el-Aziz. 565

DE TOLÈDE À GRENADE

Par _Mme JANE DIEULAFOY_

I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en

_transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La

Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine

hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux

palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --

Un souvenir de l'inondation du Tage. 577

II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --

Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre

du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --

Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses

transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.

-- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique

est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite

mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle

à la bataille de Toro. 589

III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les

chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa

Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les

portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --

Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil

couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601

IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son

architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de

l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa

mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de

Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.

-- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés

et dorés. 613

TOME IX, NOUVELLE SÉRIE.--32e LIV. Nº 32.--12 Août 1903.

[Illustration: La petite ville de Petrozeny n'est guère originale;

elle a de plus un aspect malpropre (page 375).--D'après une

photographie.]

EN ROUMANIE

Par M. TH. HEBBELYNCK.

I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La vallée

du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché de Targu

Jiu -- Le monastère de Tismana.

[Illustration: Paysan des environs de Petrozeny et son fils.--D'après

une photographie.]

Ces messieurs sont ingénieurs?--Pardon, Madame.--Inspecteurs des

forêts?--Pas davantage: nous sommes de simples voyageurs.--Des

voyageurs? Ici, en Roumanie, et sans que cela puisse rien vous

rapporter?--Rien que la satisfaction d'observer des moeurs

intéressantes, d'admirer un beau pays, d'en emporter d'agréables

souvenirs.

C'est dans ces termes que nous fûmes, un jour, interviewés par une

personne de distinction, femme d'un général roumain, en villégiature

dans une localité charmante, au coeur des montagnes de la Valachie.

Cette interview prouve assez que les excursionnistes n'ont guère

visité jusqu'ici la Roumanie, et que, ni le Club Alpin, ni les agences

Cook n'ont point encore pris possession de ces belles forêts des

Carpathes et de ces poétiques vallées qui en descendent vers le

Danube.

Notre voyage date du mois d'août 1901. Tout d'abord, nous avons

parcouru cette Roumanie, encore primitive, restée jusqu'en ces

derniers temps à peu près telle qu'elle était il y a vingt siècles, et

qu'on retrouve dans les régions montagneuses de la Valachie. Ensuite,

nous avons visité la Roumanie moderne, industrielle, née avec le

nouveau régime, et dont Bucharest est l'âme et le centre.

L'art en Roumanie n'a laissé à travers les âges que de bien faibles

traces. Tous les souvenirs anciens qu'on croirait devoir rencontrer

dans un pays colonisé par les Romains, ont été anéantis par le flot

barbare qui, se déversant dans ces provinces pendant douze siècles, a

tout balayé, tout emporté. Seuls, quelques monastères, construits au

moyen âge sous les princes ou voïvodes, et dont celui de Curtea de

Arges est le plus célèbre, attirent aujourd'hui l'attention. Mais le

grand attrait pour le voyageur consiste dans le paysage souvent

grandiose, toujours poétique, dans l'originalité des costumes et dans

les moeurs des habitants.

Nous partons par Budapest, la superbe capitale de la Hongrie, qui,

depuis 1896, s'est mise au rang des plus belles villes de l'Europe.

Elle fêtait alors, par une brillante exposition et par l'inauguration

d'une série de monuments nouveaux (le Parlement entre autres), le

millénaire de la prise de possession de la Hongrie par les hordes

magyares, sous la conduite d'Arpad.

Au sortir de Budapest, le train nous emporte à travers les plaines

fertiles de la Hongrie, entre des champs de blond maïs, dont on

n'aperçoit pas la fin. D'immenses meules de blé sont groupées autour

des fermes, où fonctionnent des batteuses à vapeur et où s'agite tout

un peuple de travailleurs et de travailleuses, habillés de blanc. Plus

loin, d'innombrables troupeaux de boeufs, aux grandes cornes largement

écartées, puis des porcs aux longues soies frisées, très drôles sous

leur «toison panachée», et qu'à distance on prendrait pour des

moutons.

C'est dans ces plaines hongroises, aux environs d'Arad, que pour la

première fois nous voyons des buffles domestiques. Tandis que les

boeufs promènent leur mélancolie dans la prairie, les buffles se

baignent avec volupté dans les eaux tièdes de la rivière. Ces animaux

sont très recherchés en Hongrie et en Roumanie; leur lait est

excellent, ils sont durs à la fatigue, s'attellent, tout comme les

boeufs, aux chariots des paysans; mais ils sont également sensibles à

la chaleur et au froid, réclament beaucoup d'eau en été, et demandent

en hiver des étables spéciales. Aussi, en Transylvanie et en Roumanie,

où les hivers sont rigoureux, les loge-t-on sous les fermes, dans des

caves bien abritées.

Cette portion de la Hongrie, la «Puzsta», est fort peu habitée, mais

le sol est très fertile et bien cultivé; si les corps de ferme y sont

rares, ils sont généralement importants. C'est la grande culture, dans

toute l'acception du terme.

Mais nous voici aux confins de la plaine: nous approchons des forêts

de la Transylvanie. À Piski, où nous avons nos premières impressions

sur ces rudes montagnards que nous allons voir de près pendant

quelques jours, nous quittons la grande voie pour entrer

définitivement dans la montagne et gravir cette portion des Carpathes

du sud qui, dans toute son étendue, n'offre qu'une seule brèche

naturelle, celle de la Tour Rouge. Plus on s'élève, plus les fermes

prennent un aspect misérable. Ce ne sont que des habitations en

torchis, recouvertes de roseaux ou de tiges de maïs desséché, et

groupées autour de pauvres églises, entièrement en bois. Bientôt toute

trace d'habitation disparaît, et la route prend un aspect vraiment

grandiose. C'est un chaos qu'il nous faut traverser.

[Illustration: Carte de Roumanie pour suivre l'itinéraire de

l'auteur.]

Les tunnels succèdent aux tunnels, et des corniches hardies sont

accrochées au flanc des rochers. Il fait nuit lorsque nous nous

arrêtons à deux pas de la frontière roumaine, dans un centre houiller,

dominé par des rochers de 2 500 mètres: nous sommes à Petrozeny. La

ville est à quelque distance de la gare. À peine deux ou trois

fiacres, sitôt envahis, se trouvent-ils à la disposition des

voyageurs, et sans l'extrême obligeance d'un inconnu, qui, fort

gracieusement, nous cède son équipage, nous aurions dû faire la route

à pied.

Vingt minutes au trot rapide de nos chevaux, et nous voilà sur la

grande place, devant le principal hôtel de la localité, où un joyeux

concert rassemble l'élite des habitants.

Vers deux heures du matin, des clameurs, des cris de détresse, nous

réveillent en sursaut. Une flamme énorme s'élève de la grande place.

C'est une baraque tzigane, accolée à l'hôtel, qui flambe.

Déjà l'escalier de sortie de l'hôtel est menacé, et le personnel de la

maison, sans songer à réveiller les voyageurs, encombre les corridors

d'armoires, de matelas, de tapis. C'est à grand'peine que nous pouvons

nous frayer un passage pour gagner la cour intérieure, où, après

cette chaude alerte, nous sommes en lieu sûr.

[Illustration: Vendeuses au marché de Targu-Jiul (page 382).--D'après

une photographie.]

La population de Petrozeny est, en grande partie, roumaine. Cependant,

comme la ville est industrielle, une foule d'étrangers se mêle à la

population primitive; voilà pourquoi, à côté des frais et gracieux

costumes roumains, on trouve bon nombre de gens vêtus d'une façon

quelconque.

La petite ville n'est guère originale. Des maisons en brique, en

torchis ou même en bois bordent les rues, et de chacune de ces

devantures sortent des perches où se balancent, ici une enseigne, là

des peaux de mouton, des casseroles, des saucissons, voire des

chemises. C'est un vrai concours d'étalages.

Petrozeny a un aspect malpropre. L'habitant n'y a que la coquetterie

du linge blanc. Chez l'homme, le pantalon et la chemise sont d'une

blancheur éclatante; chez la femme, la chemise et le voile sont

également irréprochables. Seul, le Tzigane se permet du linge de

nuance douteuse, et je crois volontiers qu'il ne quitte sa chemise que

lorsque celle-ci le quitte, c'est-à-dire lorsqu'elle tombe en

lambeaux. L'intérieur des habitations est dépourvu de tout confort.

Ces gens se contentent de si peu, qu'ils ne comprennent rien aux

légitimes exigences des rares voyageurs qui s'égarent au milieu d'eux.

La place du marché offre un genre d'animation tout particulier. On se

croirait dans la cour d'une ferme. Les oies, les porcs, y ont droit de

cité; ceux-ci présentent une variété infinie. Il y en a de blancs, de

noirs, de roux, de toute nuance et de toute dimension, suivant qu'ils

appartiennent à la race moldave, serbe, ou à la race des cochons de

marais, qu'on trouve surtout aux environs du Danube. Ces intéressants

animaux vivent en liberté et vont chercher des glands dans les

immenses forêts de chênes, qui couvrent les hauteurs voisines.

D'après les relevés statistiques du ministère des Finances, la

population de la Roumanie était, en 1894, de 5 millions d'habitants.

Mais les calculs de M. Stourdza, plus exacts, dit-on, en accusent

6 100 000 à la même époque[1].

[Note 1: Benger. _La Roumanie en 1900_, p. 2.]

L'histoire du peuple roumain est celle d'un peuple malheureux, auquel

l'oppression, les guerres, le servage, ont enlevé toute initiative;

d'un peuple dont l'intelligence et l'énergie ont été énervées par le

joug séculaire des Turcs.

La Roumanie actuelle, Valachie, Moldavie et Dobrudja, se compose de la

plus grande partie de la Dacie ancienne, conquise par Trajan à la fin

du Ier siècle de l'ère chrétienne. Comme le pays était fort dépeuplé

par les guerres, Trajan y établit des colons romains qui, se mêlant à

la population primitive, formèrent la race encore aujourd'hui

existante des Daco-Romains ou des Roumains. Bientôt les Goths, les

Huns, les Bulgares, les Hongrois, les Tartares, passent tour à tour

sur l'ancienne Dacie, qu'ils ravagent, et tandis que de nombreux

Daco-Romains franchissent les Carpathes et se retirent en

Transylvanie, l'autre partie de la jeune nation, après une lutte

désespérée, consent à partager un territoire qu'elle ne peut plus

disputer.

Au XIIIe siècle, les Tartares envahissent la Hongrie et la

Transylvanie. Fuyant ces hordes barbares, les Daco-Romains, qui

s'étaient réfugiés en Transylvanie, font un nouvel exode, et

retraversant les Carpathes, s'en retournent dans leur ancienne

patrie[2]. Radu-Negru, Rodolphe le Noir, chef de la colonie de

Fogaras, se fixe à Campolung et devient le premier voïvode de la

Valachie, tandis qu'un autre chef, du nom de Bogdan, se fait

reconnaître voïvode de la Moldavie. Voilà les deux principautés

roumaines indépendantes, mais cette indépendance n'est pas de longue

durée.

[Note 2: L'exode de Fogaras est cependant contesté par

plusieurs auteurs. Ils soutiennent que Radu-Negru n'est

qu'une figure légendaire. D'après eux, ce serait Tugomer

Bassarab qui fonda une dynastie en Valachie, et son fils

Alexandre Bassarab qui transforma en nation indépendante ce

peuple de pasteurs. (Voir A. de Bertha, _Magyars et Roumains

devant l'histoire_, 1899, livre II, p. 98 et 99.)]

En 1393 la Valachie, et en 1511 la Moldavie deviennent vassales de la

Porte. Tout d'abord, ces provinces sont gouvernées par des chefs

indigènes sous la suzeraineté des sultans de Byzance. Mais au XVIIIe

siècle, ceux-ci leur imposent des princes étrangers, qu'ils

choisissent parmi les gros financiers grecs établis au Phanar de

Constantinople. C'est l'époque dite Phanariote (1716 à 1822). À leur

avènement, les princes Phanariotes étaient tenus de fournir, outre le

tribut annuel, une somme importante à la Porte. Dès lors, les charges

les plus lourdes pèsent sur les populations et, tout en conservant

nominalement leur indépendance, elles sont rançonnées de la façon la

plus inhumaine.

[Illustration: La nouvelle route de Valachie traverse les carpathes et

aboutit à Targu Jiul (page 377).--D'après une photographie.]

En 1820, toutefois, le Roumain, fatigué du joug, sort de sa torpeur,

se soulève contre le sultan et réclame, avec une énergie dont on ne

l'aurait pas cru capable, ses princes indigènes qui lui sont rendus.

Ceux-ci relèvent le sentiment national et, après la guerre de Crimée,

obtiennent pour les provinces roumaines une semi-indépendance,

garantie par les puissances signataires du traité de Paris (1856).

L'union des provinces est proclamée en 1861, et le colonel Couza est

élu prince sous le nom d'Alexandre-Jean Ier. D'accord avec son

gouvernement, il décrète à la fois la sécularisation des monastères,

qui possédaient le quart du territoire, et l'émancipation des paysans.

Mais en 1866, il est forcé d'abdiquer, et les Chambres, après une

démarche infructueuse auprès de S. A. R. le Comte de Flandre,

proclament le prince Charles de Hohenzollern, prince de Roumanie.

À son avènement tout était à créer. Les villes présentaient un aspect

de pauvreté absolue. Partout régnaient la corruption et le vol. Aussi

le prince s'occupe-t-il immédiatement de la réorganisation des divers

services de l'État, et en 1877, lors de la guerre turco-russe, la

Roumanie qui s'est avancée à grands pas est de taille à fournir un

puissant appoint à la Russie.

[Illustration: C'est aux environs d'Arad que pour la première fois

nous voyons des buffles domestiques (page 374).--D'après une

photographie.]

Elle ne fut que médiocrement récompensée de son généreux concours. On

lui donna la Dobroudja avec le port de Constanza; mais, en échange,

elle dut céder la partie de la Bessarabie acquise en 1856, et que la

Russie convoitait depuis longtemps. Il est vrai que l'indépendance

complète de la Roumanie fut reconnue par les divers États de l'Europe,

et en 1881, le prince Charles de Hohenzollen obtint le titre de roi de

Roumanie.

Nous pénétrons en Valachie par la nouvelle route qui traverse les

Carpathes et aboutit à Targu Jiul. Puis, après nous être arrêtés

successivement aux monastères de Tismana, d'Horezu, de Curtea de

Arges, de Campolung, nous nous dirigeons vers Bucharest, capitale de

la Roumanie, d'où nous visiterons la contrée pétrolifère de Doftana et

les mines de sel gemme de Slanic. Nous terminerons par Sinaïa, la

poétique résidence des souverains de Roumanie.

Actuellement, on ne voyage en Roumanie qu'en victoria, avec deux,

trois ou quatre chevaux attelés de front. Sous la capote, se trouve un

grand râtelier où l'on emmagasine le fourrage de la journée, et auquel

on attache le seau destiné à faire boire les chevaux, toutes choses

qu'on ne trouverait pas en route. Le sac contenant le maïs, qui se

donne au lieu d'avoine, se place à côté du cocher, qui, après s'être

pourvu d'amples munitions, daignera enfin s'occuper de caler vos

bagages.

Les chevaux sont très fringants et très résistants à la fatigue. Ils

font 80, voire 100 kilomètres par jour, à raison de 10 kilomètres à

l'heure. Les cochers ont une manière spéciale de les stimuler, en

accompagnant leurs coups de fouet de cris sauvages, très particuliers.

Il y a vingt-cinq ans, la victoria était inconnue dans le pays, et

l'on ne voyageait qu'en birdj, la voiture nationale, encore utilisée

aujourd'hui par les paysans. Le birdj est une caisse en bois, à

claire-voie et sans ressorts, supportée par quatre roues avec, à

l'arrière, l'inévitable râtelier à fourrage et, au-dessus, une grande

bâche, soutenue par de larges cerceaux. On y entre par une ouverture

étroite et basse, ménagée entre les roues, et l'on trouve à

l'intérieur comme banquette ses colis ou une botte de foin.

La vallée du Jiul, qui s'ouvre devant nous au départ de Petrozeny, a

été longtemps réputée impraticable, et il fallait qu'elle fût bien

mauvaise, car les montagnards eux-mêmes la regardaient comme

infranchissable, et pour traverser cette portion des Carpathes, ils

préféraient encore, au milieu des obstacles de toute nature, gravir le

rude sentier qui traverse le col du Vulcan. Mais grâce à de superbes

travaux, dus en grande partie à des ingénieurs belges, elle est

aujourd'hui traversée par une des routes les plus majestueuses et les

plus sûres qu'on trouve dans les Carpathes du sud. On s'enfonce dans

une étroite crevasse dominée de chaque côté par des pics élevés,

absolument nus dans le haut, et couverts dans le bas d'admirables

forêts inexploitées, qui leur font une superbe et sombre parure. Tout

au fond de la crevasse le Jiul hongrois, grossi du Jiul roumain, roule

ses eaux tumultueuses au milieu de tous les obstacles qui encombrent

son lit de rochers. Tantôt étranglé entre les parois rocheuses, il

écume et bondit, tantôt il s'étale calme et tranquille au milieu des

flots de verdure qui s'abaissent jusque dans ses eaux.

Parfois la rivière est si furieuse qu'elle emporte avec elle une

partie de la route nouvelle construite à grands frais. On ne peut dans

nos pays se faire une idée de ces crues subites des rivières. Elles se

produisent non seulement au printemps, lors de la fonte des neiges sur

les hauts sommets, mais encore au plein coeur de l'été.

Cette route n'est certes pas comparable aux merveilleux défilés de la

Suisse; mais elle rappelle, avec un caractère plus sauvage et plus

grandiose, les plus belles vallées de la Forêt-Noire et du Jura.

Presque à la sortie de la passe, au fond d'un enclos, se trouve blotti

le modeste monastère de Naïch. Ce petit monastère, tout blanc, dont la

curieuse église, aux fenêtres trilobées, est décorée, sur tout le

pourtour, de jolies fresques, est encore occupé aujourd'hui par

quelques moines.

[Illustration: Montagnard roumain endimanché.--Cliché Anerlich.]

Bientôt, les montagnes s'abaissent et s'écartent. Le Jiul, débarrassé

de ses entraves de pierre, coule dans un lit dix fois trop large pour

ses eaux, et les forêts disparaissent pour faire place à de modestes

cultures. Ce n'est qu'après avoir parcouru 30 kilomètres que nous

rencontrons quelques maisonnettes de bois, avec des toits pointus à la

turque, et recouvertes de planchettes de bouleau. Si pauvres qu'elles

soient, toutes sont séparées les unes des autres et entourées d'une

clôture. En Roumanie, comme dans la plupart des pays d'Orient, les

haies vives sont inconnues. On se clôture au moyen de planches, de

pieux, de branches mortes ou de clayonnage. Ces petites fermes, en

dépit de leur aspect misérable, constituent, du reste, une réelle

amélioration dans le sort du Roumain. Il a aujourd'hui son habitation

à lui, ses étables, son grenier à maïs, sa porcherie, alors que,

pendant des siècles, sous la domination des boyards, il a vécu dans de

véritables tanières creusées à 2 mètres de profondeur dans le sol, et

sous un toit de clayonnage couvert de mottes de terre. Devant chacune

de ces demeures s'ouvre une véranda, où la famille dort en été, alors

que les fortes chaleurs rendent l'intérieur inhabitable. Le soir on y

place matelas et couvertures, que l'on a soin de faire disparaître au

matin.

Autrefois, une coutume pieuse voulait que chaque paysan plaçât devant

la porte de sa demeure une écuelle d'eau, à l'usage des passants et

des voyageurs; aujourd'hui, devant chaque ferme, on voit se dresser,

comme d'énormes potences, des pompes à levier, et chacun peut à loisir

y étancher sa soif.

La porte monumentale, qui ferme les enclos, est un des ornements de

l'habitation roumaine; on la trouve partout, dans les grandes fermes

comme dans les plus petites, dans les villas comme dans les

monastères. Ces portes sont très curieusement et parfois artistement

découpées.

La boyarie ne fut réellement établie dans le pays qu'à la fin du XIVe

siècle. Radu ou Rodolphe XIV, aidé par le patriarche grec Niphon,

conçut l'idée de créer une noblesse, sur le modèle de la noblesse

byzantine, et transforma en titres nobiliaires les offices de la

Cour[3]. Ce fut l'origine de la boyarie. Plus tard, sous les

Phanariotes, une foule d'aventuriers grecs envahit le pays à la suite

des princes qui, de préférence, les élevaient aux honneurs. Il se créa

ainsi au sein du pays une aristocratie étrangère, avilie, corrompue,

âpre au gain, pressurant les indigènes et les pillant sans vergogne.

Cette nouvelle noblesse était héréditaire jusqu'à la seconde

génération.

[Note 3: Ubicini (_Provinces Danubiennes et Roumaines_).]

[Illustration: Derrière une haie de bois blanc s'élève l'habitation

modeste.--D'après une photographie.]

[Illustration: Nous croisons des paysans roumains (page

382).--D'après une photographie.]

Chaque titre de boyard donnait droit à un certain nombre de paysans,

redevables uniquement à leur seigneur. Soixante mille familles furent

ainsi mises au service des boyards. Ces malheureux cultivateurs, sans

être précisément attachés à la glèbe, n'avaient pas le droit de

changer de maître, et ne pouvaient quitter leur terre qu'avec

l'autorisation du propriétaire. «Encore en 1856, nous dit Elisée

Reclus[4], les maîtres du sol et de ses habitants étaient environ 5 à

6 000 boyards. Mais parmi eux existait une grande inégalité; la

plupart n'étaient que de petits propriétaires, tandis que 70

feudataires en Valachie et 300 en Moldavie, se partageaient, avec les

monastères, la possession du territoire presque tout entier.»

[Note 4: _Nouvelle Géographie Universelle._]

En 1864, lors de la sécularisation des monastères, le servage des

paysans prend fin. Chaque famille reçoit un lot de terre variant de 3

à 6 hectares, suivant qu'elle a une vache, deux boeufs et une vache,

ou quatre boeufs et une vache. L'hectare s'acquiert au prix de 120

francs payables à l'État par quinze annuités.

Le nombre de paysans, devenus propriétaires de cette manière, s'élève

au début à 450 000; mais en 1880, lors d'une nouvelle distribution de

terres par l'État, il s'accroît encore de 100 000.

Malgré cette réforme, les grandes sources de richesse appartiennent

encore à l'État et aux anciens boyards. L'État, en effet, exploite

lui-même les mines inépuisables de sel gemme, il est maître des

terrains pétrolifères, maître en grande partie des forêts qui couvrent

le cinquième du territoire. Quant aux boyards, ils ont entre les mains

d'immenses propriétés que les voïvodes leur ont cédées, et dont

l'étendue varie de 4 000 à 8 000 hectares.

Ces propriétés ne peuvent être vendues ou aliénées en bloc; la loi en

défend le morcellement. Au reste, en vertu de l'article 7 de la

Constitution, l'acquisition de la propriété immobilière est interdite

aux étrangers. Toutefois, ils peuvent hériter d'un Roumain; mais, dans

ce cas, l'État est en droit de les obliger à vendre leurs propriétés,

à moins qu'ils n'obtiennent la naturalisation. Celle-ci s'acquiert à

la suite d'un vote du Parlement et après dix années de séjour. Il

existe encore d'autres tempéraments à la règle qui vise les étrangers.

Ils peuvent notamment avoir des maisons en ville, et des projets de

réforme, dit M. Benger[5], tendent à rendre possible l'acquisition des

propriétés immobilières aux sociétés étrangères, dans le cas où la

majorité des associés se compose de citoyens roumains.

[Note 5: _La Roumanie en 1900_, p. 30, note.]

[Illustration: Costume national de gala roumain.--Cliché Cavallar.]

La manière dont on exploite ces grands domaines est assez originale. À

jour fixe, le maïeur convoque les familles de son village et répartit

entre elles, moyennant un salaire souvent dérisoire, les terres que

chacune d'elles pourra cultiver. Ce salaire est payé d'avance, mais la

récolte entière revient au propriétaire. Dois-je le dire, ces

malheureux paysans, si maltraités autrefois, le sont encore

aujourd'hui, et en maintes circonstances on ne se fait pas faute de

les brutaliser et de les frapper.

Beaucoup d'anciens boyards, spécialement en Moldavie, dirigent

eux-mêmes leurs exploitations agricoles, et occupent de vastes corps

de ferme, où ils séjournent pendant dix mois de l'année. Mais au coeur

de l'hiver ils voyagent, et vont dépenser leurs revenus à Bucharest,

Vienne et Paris.

Sur la route de Targu Jiul, nous croisons de grands attelages. Sept à

huit couples de boeufs, les uns derrière les autres et dirigés par des

paysans tout habillés de blanc, traînent des machines agricoles et de

lourds chariots remplis d'articles perfectionnés ayant trait à

l'agriculture. Autrefois le battage se faisait en Roumanie à l'aide de

boeufs qui foulaient le blé sur l'aire. Aujourd'hui la machinerie

agricole a pénétré partout et les petits propriétaires s'associent

dans le but de faire l'acquisition de batteuses à vapeur.

Des hommes, des femmes à cheval se dirigent vers la ville, des enfants

absolument nus s'enfuient à notre approche. Les villages deviennent

plus importants, les maisons plus soignées, et sur les pieux des

clôtures, de curieux vases, de formes variées et d'une décoration

toute particulière, sont retournés pour égoutter et pour sécher. La

poterie est en effet une des branches les plus intéressantes de la

petite industrie roumaine. Il se tient même des foires de poterie, et

l'on se demande vraiment comment les Roumains peuvent utiliser cette

infinie variété d'ustensiles.

[Illustration: Dans les vicissitudes de leur triste existence,

les tziganes ont conservé leur type et leurs moeurs (page

383).--Photographie Anerlich.]

À l'entrée de la ville, des familles entières prennent le frais au

dehors. Elles sont là, au bord du chemin, accroupies en cercle, dans

le plus grand laisser-aller. La modestie n'est certes pas la vertu par

excellence des Roumaines campagnardes. Peut-être ont-elles à ce sujet

des notions différentes des nôtres. Il est vrai que plus on s'approche

de l'Orient, plus le déshabillé est toléré.

Nous voici à Targu Jiul, la première localité importante de la

Roumanie. C'est une grosse bourgade de trois mille habitants, dont le

principal monument est une école en construction, signalée comme une

école-modèle.

L'hôtel où nous descendons est très bien tenu, et, surprise fort

agréable, le propriétaire parle le français. Mais il nous faut faire

connaissance avec la cuisine roumaine. Oh! la cuisine roumaine! Des

potages acides, dans lesquels nagent une demi-douzaine de sardines.

N'est-ce pas à vous enlever du coup le plus bel appétit?... Ni

roastbeef, ni beefsteak.... On ne tue pas les boeufs, ils servent

uniquement de bêtes de trait. Les porcs, ils courent les rues, mais on

ne les tue pas davantage en été, sous prétexte que la viande ne se

conserve que deux ou trois jours. Des poulets on en a à satiété, mais

ceux qu'on nous présente à table sont des poussins étiques, grillés à

tel point qu'ils sont presque desséchés. Le mouton au paprika, le

koukouroute, grappes de maïs bouillies, sont les plats les plus

recommandables du menu.

Dans les hôtels, on dîne au son de la musique. Si vous avez

l'orchestre tzigane, la musique sera sauvage, ardente, passionnée; si

vous avez l'orchestre roumain, l'ardeur, la fougue disparaissent pour

faire place à la complainte et à la mélancolie. C'est triste à faire

pleurer, c'est la douleur mise en musique.

Au milieu de la nuit, nous sommes réveillés par un orage furieux,

comme on n'en connaît guère dans nos pays. C'est une succession de

longs éclairs blafards, partant à la fois de tous les points de

l'horizon, et illuminant, sans discontinuer, la place et les rues de

la ville. En même temps, toutes les cataractes du ciel se déversent

sur la terre, et les rues se transforment en vrais torrents. Au matin,

les rues sont sèches, l'air est pur et embaumé.

Malgré l'orage de la nuit, dès quatre heures le marché, qui se tient

en face de notre hôtel, offre une animation extraordinaire. Rien de

plus gracieux, de plus pittoresque que ces marchés qui réunissent les

habitants des vallées voisines. Ceux-ci arrivent à la ville en

charrette attelée d'une paire de boeufs, ou à dos de mulet, les femmes

à califourchon, tout comme les hommes, tenant une enfilade d'une

quinzaine de poulets liés les uns aux autres par les pattes, et

qu'elles présentent dans le plus piteux état. Quelques femmes arrivent

au marché les mains vides, mais le corsage fort rebondi. À peine en

place, elles plongent la main dans leur chemise entr'ouverte sur le

devant, et qui d'ailleurs leur tient toujours lieu de poche, et en

retirent qui un poulet, qui un canard: j'en ai même vu qui en

retiraient un petit cochon de lait qu'elles portaient ensuite

maternellement dans les bras. Mais les plus originales sont celles qui

s'en retournent de la ville avec les provisions les plus disparates

dans leur poche improvisée. Celle-ci s'allonge alors d'une façon

démesurée et pend en sac sur le tablier, sonnant à chaque pas d'un

bruit de vaisselle ou résonnant du chant triomphant d'un coq qui a

trouvé preneur. Au marché, les femmes, debout ou accroupies, sont

rangées le long des trottoirs, leurs marchandises étalées devant

elles. La vente de ces produits n'est guère rémunératrice. On leur

paie un poulet 30 centimes, quatre oeufs 10 centimes et 4 litres de

vin 15 centimes. Cependant elles n'ont nullement l'air de souffrir de

la misère. Elles sont gaies et aimables et viennent au marché comme à

une véritable fête.

Leur costume, d'une propreté irréprochable, ne manque pas d'élégance.

Elles portent une chemise de toile très ample, ornée de broderies de

laine bleue ou rouge. Devant et derrière flotte un tablier, la

«catrinza» en laine, à larges rayures. Dans d'autres localités, elles

s'enveloppent en guise de jupe d'une pièce d'étoffe en tissu très

raide et décorée de riches motifs en couleur. Les jeunes filles vont

toujours nu-tête, la tresse tombant sur le dos. Seules, les femmes

mariées se couvrent la tête et les épaules d'un voile de tissu très

léger, et dans certaines localités elles ont adopté le chapeau

d'homme, ce qui n'est pas d'un effet fort gracieux.

Les vêtements des hommes rappellent l'ancien costume des Daces,

reproduit sur la colonne Trajane. Il se compose d'une chemise en

grossière toile de chanvre, fixée à la taille par une large ceinture

de cuir qui tient lieu de poche. Sous la chemise, le pantalon de

toile, serré généralement du genou à la cheville.

Le Roumain de la plaine, et surtout le Valaque, a les yeux noirs, le

teint basané, la physionomie douce et expressive. De nos jours encore,

il porte l'empreinte de la triste condition à laquelle il fut si

longtemps réduit. Il est à la fois timide, patient, superstitieux et

fataliste.

De grand matin, notre victoria attelée de trois chevaux nous attend à

la porte de l'hôtel, et après nous être munis de provisions pour la

journée, nous nous mettons en route pour Tismana.

[Illustration: On rencontre près de Padavag d'immenses troupeaux de

boeufs.--D'après une photographie.]

Le pays que nous traversons est très pittoresque. Aux bosquets touffus

de haut taillis de chêne succèdent des forêts immenses, des futaies

magnifiques, où les arbres atteignent des dimensions superbes. Ces

forêts qui seraient une source de richesse si on les exploitait

normalement, sont abandonnées. Les villages sont misérables, pauvres

et sales, et l'on éprouve une impression pénible, lorsqu'on parcourt

ces fertiles vallées des Carpathes, en constatant que l'activité y

fait totalement défaut. Mais le pauvre, dans ce pays, n'a guère de

besoins: il a dans sa maison du maïs, des oignons, du pain, un bloc de

sel, du fromage, et cela lui suffit. La forêt lui fournit le bois, et

ses vêtements sont filés, tissés et confectionnés chez lui par les

femmes[6]. Chaque habitation a, en effet, son métier à tisser. Le

chanvre fournit la toile grossière qui est l'élément principal de tout

costume féminin ou masculin. La laine filée s'emploie à la fabrication

des manteaux de drap grossier du paysan et des couvertures du ménage.

Teinte à la garance ou au tournesol, cette laine sert aussi à tisser

ces tabliers multicolores dont s'ornent les femmes, et à décorer le

haut des chemises de broderies curieuses et artistiques.

[Note 6: Jusqu'en ces dernières années cet usage s'étendait

même à la classe des boyards, et les dames nobles tissaient

et brodaient de leurs propres mains les vêtements de leur

famille.]

J'ajouterai que jusqu'à l'âge de six à sept ans, la plupart des

enfants courent absolument nus, ce qui est éminemment économique. Le

soir seulement, on leur passe une chemise, pour les préserver de la

fraîcheur des nuits.

Tout près de Tismana, nous rencontrons de nombreux groupes

nonchalamment couchés sur le seuil de leur porte. Instinctivement, en

nous voyant approcher, ils se lèvent et se tiennent debout en signe de

respect jusqu'après notre passage. Ces groupes sont pour la plupart

des Tziganes.

[Illustration: Les femmes de Targu Jiul ont des traits rudes et

sévères sous le linge blanc.--D'après une photographie.]

L'origine de cette race singulière a été longtemps contestée. Il

semble établi aujourd'hui qu'ils viennent de l'Hindoustan. De vieilles

chartes retrouvées à Tismana signalent, au XIVe siècle, les Tziganes

réduits en esclavage en Valachie.

Le Tour du Monde; En Roumanie Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 1 / 8 段