WORDSWORTH.

Il existe peu de sensations plus tristes que celles que nous

éprouvons quand nous revoyons déserts et abandonnés des lieux qui

nous avaient offert autrefois des scènes de plaisir[145]. En me

rendant à Osbaldistone-Hall, je rencontrai les mêmes objets que

j'avais vus ce jour mémorable où j'étais revenu avec miss Vernon

d'Inglewood-Place. Son souvenir me tint compagnie pendant tout le

chemin. Quand je passai près de l'endroit où je l'avais vue la

première fois, je croyais presque encore entendre les cris des

chiens, le bruit des chevaux, le son des cors, et je portais

involontairement les yeux sur la colline d'où je l'avais vue

descendre, comme si je devais m'attendre à une nouvelle

apparition. Mais quand j'arrivai au château, le profond silence

qui y régnait, toutes les fenêtres fermées, l'herbe qui avait crû

dans les cours, tout m'offrait un contraste mélancolique avec la

gaieté bruyante dont j'avais tant de fois été témoin lors du

départ pour la chasse.

Un silence éternel semblait avoir succédé aux aboiements des

chiens impatients, au hennissement des chevaux, aux cris des

piqueurs et au gros rire du bon sir Hildebrand à la tête d'une

suite nombreuse.

En promenant mes regards sur cette scène déserte et muette, je ne

pus songer sans regret même à ceux à qui à cette époque il ne

m'avait pas été possible d'accorder mon attention. Il y avait

quelque chose de déchirant dans la pensée que toute cette famille

composée de fils robustes et bien constitués avait été en si peu

de temps précipitée dans le tombeau par différents genres de mort

violente et inattendue. C'était une bien faible consolation pour

moi que de me dire que je rentrais comme propriétaire dans un lieu

que j'avais quitté presque en fugitif. N'étant pas habitué à me

regarder comme le maître de tout ce qui m'entourait, je me

considérais presque comme un usurpateur, au moins comme un

étranger indiscret, et je pouvais à peine me défendre de l'idée

que l'ombre de quelqu'un de mes cousins allait apparaître, comme

un spectre gigantesque des romans, pour me disputer l'entrée du

château.

Tandis que ces pensées m'occupaient, André s'évertuait à frapper à

coups redoublés à toutes les portes, appelant en même temps d'un

ton assez haut pour faire sentir l'importance qu'il croyait avoir

en se présentant comme premier écuyer du nouveau seigneur du

domaine. Enfin Antoine Syddall, vieux sommelier et majordome de

mon oncle, se montra à une fenêtre basse garnie de barreaux de

fer, et nous demanda ce que nous désirions.

-- Nous venons vous relever de garde, dit André. Vous pouvez me

remettre vos clefs, mon vieil ami, chaque chien a son jour. Je

vous débarrasserai du soin de l'argenterie et de la cave. Il n'y a

point de fève qui n'ait son point noir, et l'on trouve une ortie

dans chaque sentier: ainsi vous pourrez prendre au bas bout de la

table la place qu'André avait autrefois.

Étant parvenu à imposer silence au bavard, j'expliquai à Syddall

la nature de mes droits, et lui dis de m'ouvrir le château, qui

était maintenant ma propriété. Le vieillard parut fort agité, et,

quoique d'une manière humble et soumise, montra beaucoup de

répugnance à m'obéir. J'en attribuai la cause à son attachement

pour ses anciens maîtres; ce sentiment l'excusait, et lui faisait

honneur à mes yeux.

J'insistai cependant pour qu'il m'ouvrît, et je lui dis que son

refus m'obligerait à recourir au warrant du juge Inglewood, et à

demander l'assistance d'un constable.

-- Nous étions ce matin chez M. Inglewood, dit André pour appuyer

sur ma menace, et nous avons rencontré en chemin Archie Rudledge

le constable. Le pays est maintenant soumis aux lois, M. Syddall;

les papistes et les rebelles n'y sont plus les maîtres comme

autrefois.

La menace de recourir à une autorité légale parut formidable à un

vieillard qui sentait que la religion qu'il professait et son

attachement à sir Hildebrand et à ses enfants pouvaient le rendre

suspect lui-même. Il ouvrit donc avec une sorte de tremblement une

porte garnie de verrous et de barres de fer, et me dit qu'il

espérait que je ne lui saurais pas mauvais gré de la fidélité avec

laquelle il cherchait à s'acquitter de ses devoirs. Je le

rassurai, et lui répondis qu'il n'en était que plus estimable à

mes yeux.

-- Je ne pense pas de même, dit André; Syddall est un vieux

routier. Il ne serait point pâle comme un linceul, Dieu me

préserve! et les dents qui lui restent ne claqueraient pas les

unes contre les autres s'il n'y en avait pas plus qu'il ne veut

nous en dire.

-- Que Dieu vous pardonne, M. Fairservice, reprit le vieux

sommelier, de parler ainsi d'un ancien camarade! Où voulez-vous

que j'allume du feu pour Votre Honneur? me dit-il du ton le plus

humble. Je crains que vous ne trouviez le château bien triste,

bien sombre. Mais peut-être retournerez-vous dîner à Inglewood-

Place?

-- Allumez-moi du feu dans la bibliothèque.

-- Dans la bibliothèque! Il y a bien longtemps que personne n'y

est entré... La cheminée fume... Les pigeons y ont fait leur nid

le printemps dernier; et je n'avais ici personne pour la faire

nettoyer.

-- Notre fumée vaut mieux que le feu des autres, dit André. Son

Honneur aime la bibliothèque. Ce n'est pas un de vos papistes qui

se complaisent dans l'aveugle ignorance, M. Syddall.

Le sommelier me conduisit à la bibliothèque d'un air qui annonçait

clairement qu'il agissait contre son gré. Il m'en ouvrit la porte,

et, contre mon attente, je trouvai cet appartement plus propre et

mieux en ordre que je ne l'avais jamais vu.

Un excellent feu brûlait dans la cheminée, sans la moindre

apparence de fumée. Syddall prit les pincettes pour arranger les

tisons, ou plutôt pour cacher sa confusion.

-- C'est singulier, dit-il, il brûle bien maintenant, et il a fumé

toute la matinée. Désirant être seul jusqu'à ce que j'eusse pu

maîtriser les diverses émotions que faisait naître en moi la vue

de tout ce qui m'entourait, je dis au vieux sommelier d'avertir la

personne chargée de recevoir le revenu des terres de venir me

parler. Sa demeure était à environ un demi-mille de distance, et

je remarquai encore qu'il ne se disposait à m'obéir qu'avec une

sorte de regret. J'ordonnai ensuite à André de chercher dans le

voisinage une couple de jeunes gens vigoureux sur qui il pût

compter, sachant à quelles extrémités était capable de se porter

Rashleigh, qui était dans les environs. André se chargea de cette

mission avec empressement et me dit qu'il me trouverait à Trinlay-

Knowe deux bons presbytériens comme lui, en état de faire face au

pape, au diable et au Prétendant. Je ne serai point fâché moi-

même, ajouta-t-il, d'avoir ici de la compagnie: car vous souvenez-

vous que je vous ai dit, le jour que nous sommes partis, que

j'avais été tourmenté par un esprit la nuit précédente? C'était

dans le jardin, au clair de lune. Vous n'avez pas voulu me croire:

eh bien, que le tonnerre tombe sur toutes les fleurs du jardin si

cet esprit ne ressemblait pas à ce portrait. -- Et il me montrait

un tableau qui représentait, à ce qu'on m'avait dit, l'aïeul de

miss Vernon. -- J'avais toujours pensé, continua-t-il, qu'il y

avait de la sorcellerie et de la diablerie parmi les papistes;

mais jusqu'alors je n'avais jamais vu d'esprit.

-- Allons, partez! amenez-moi les gens dont vous parlez, tâchez

qu'ils aient plus de bon sens que vous, et qu'ils n'aient point

peur de leur ombre.

-- Ah! dit André d'un air d'importance, tous les voisins savent

que je suis aussi brave qu'un autre; mais, Dieu me préserve! je ne

prétends pas me battre contre des esprits.

Il sortait à peine, que M. Wardlaw, qui remplissait les fonctions

d'agent du domaine, entra dans la bibliothèque.

C'était un homme plein d'honneur et de probité, et sans son

intégrité il aurait été difficile à mon oncle de se maintenir si

longtemps dans la possession d'Osbaldistone-Hall. Je lui montrai

le testament de sir Hildebrand, et il en reconnut la validité.

Pour tout autre que moi, cette succession aurait été peu

profitable, attendu le grand nombre de dettes et d'hypothèques

dont elle était grevée. Mais il ne faut pas oublier que mon père

avait déjà remboursé en mon nom une partie des créances, et qu'il

s'occupait d'en acheter le surplus.

Je causai d'affaires assez longtemps avec M. Wardlaw, et je le

retins à dîner. Je me fis servir dans la bibliothèque, malgré les

instances que me fit Syddall pour que je descendisse dans la salle

à manger, qu'il avait, me dit-il, préparée pour me recevoir.

Pendant que nous dînions, André arriva avec sa recrue de deux

vrais bleus.[146] Il m'en fit l'éloge dans les termes les plus

chauds, me les annonçant comme des hommes sobres, honnêtes, d'une

saine doctrine, et, par-dessus tout, braves comme des lions. Je

donnai ordre qu'on les fit dîner, et ils se retirèrent tous trois.

Le vieux Syddall branlait la tête en s'apprêtant à les suivre; je

lui dis de rester et de m'expliquer ce que signifiait le geste

qu'il venait de faire.

-- Je ne puis m'attendre, dit-il, que Votre Honneur ajoute foi à

ce que je vais lui dire, et cependant c'est la vérité de Dieu.

Antoine Wingfield est un honnête garçon, aussi honnête que

personne au monde; mais s'il y a un mauvais coquin dans les

environs, c'est son frère Lancy. Tout le pays sait qu'il sert

d'espion au clerc Jobson. Il lui a dénoncé bien des braves gens

qui se sont mis dans l'embarras dans ces derniers temps. Mais il

n'est pas catholique, et il n'en faut pas plus aujourd'hui.

Je fis peu d'attention à ce propos, que j'attribuai à l'esprit de

parti et aux différences d'opinions religieuses, et le vieillard,

ayant mis le vin sur la table, se retira d'un air peu satisfait.

M. Wardlaw resta avec moi jusqu'à ce que le jour commençât à

baisser. Alors, ramassant ses papiers, il prit congé de moi, et me

laissa dans cet état d'esprit où l'on ne sait trop si l'on

voudrait avoir de la compagnie ou rester dans la solitude. Au

surplus, je n'avais pas la liberté du choix, et je me trouvais

dans l'appartement du château le plus propre à m'inspirer des

réflexions mélancoliques. C'était là que j'avais passé tant de

moments heureux près de Diana, et je pensais avec amertume que je

ne la verrais plus.

Comme le jour commençait à disparaître, je vis la tête d'André se

montrer à la porte de la chambre, non pour me demander si je

voulais de la lumière, mais pour me conseiller d'en prendre par

mesure de précaution pour écarter les esprits. Je lui dis avec

assez d'humeur de se retirer, et, m'asseyant dans un fauteuil en

face de la grande cheminée gothique, je me mis machinalement à

tisonner le feu; et suivant des yeux le bois qui se changeait en

charbons et les charbons qui se réduisaient en cendres:

-- Voilà bien, m'écriai-je, voilà bien l'image et le résultat des

désirs de l'homme! un rien les allume, l'espoir les nourrit, et

bientôt l'homme, avec ses passions et ses espérances, n'est plus

qu'un vil amas de cendres.

Comme j'achevais de parler, j'entendis à l'autre bout de la

bibliothèque un soupir qui semblait répondre à mes réflexions. Je

me retournai précipitamment... Diana Vernon était devant mes yeux.

Elle s'appuyait sur le bras d'un homme si ressemblant au portrait

dont André m'avait parlé le matin que je jetai les yeux sur le

cadre, comme s'il avait dû être vide. Ma première idée fut que

l'agitation de mon esprit causait cette illusion, ou que je voyais

deux ombres sorties de la nuit du tombeau. Un second coup d'oeil

me convainquit pourtant que je n'étais pas hors de mes sens, et

que j'avais devant moi deux substances corporelle. C'était bien

Diana elle-même, quoique plus pâle et plus maigre que je ne

l'avais encore vue, et son compagnon n'était autre que le P.

Vaughan, ou, pour mieux dire, sir Frédéric Vernon, qui, par

hasard, portait un habit de même couleur et presque de même forme

que celui du personnage peint dans le portrait en question. Il fut

le premier qui rompit le silence: Diana avait les yeux baissés et

j'étais muet d'étonnement.

-- Vous voyez devant vous, M. Osbaldistone, me dit-il, des

suppliants qui vous demandent asile et protection, jusqu'à ce

qu'ils puissent continuer un voyage où je risque de trouver à

chaque pas des cachots et la mort.

-- Bien certainement, lui répondis-je en faisant un effort pour

recouvrer la parole, miss Vernon ne peut croire... vous ne pouvez

supposer, monsieur, que j'aie oublié les services que vous m'avez

rendus, ou que je sois capable de trahir qui que ce soit, et vous

moins que personne.

-- Je le sais, dit sir Frédéric, et cependant c'est avec une

répugnance inexprimable que je vous demande un service peut-être

désagréable, mais à coup sûr dangereux. Je voudrais pouvoir le

réclamer de tout autre. Mais le destin qui m'a conduit à travers

une vie agitée et pleine de dangers me presse tellement en cet

instant que je n'ai pas d'autre alternative.

En ce moment j'entendis du bruit sur l'escalier, et l'officieux

André, en ouvrant la porte, s'écria: -- Je vous apporte des

chandelles; vous les allumerez quand vous voudrez.

Je me précipitai vers la porte, espérant arriver à temps pour

l'empêcher de voir que je n'étais pas seul. Je le repoussai avec

violence, fermai la porte et poussai le verrou. Mais, me rappelant

aussitôt son bavardage habituel et les deux compagnons qu'il avait

dans la cuisine; me souvenant aussi de l'observation faite par

Syddall que l'un d'eux passait pour un espion de Jobson, je

descendis sur-le-champ, et les trouvai tous trois réunis. André

parlait très haut quand j'arrivai; mais il se tut dès qu'il

m'aperçut.

-- Qu'avez-vous donc, imbécile? lui dis-je; vous avez l'air effaré

comme si vous aviez vu un esprit.

-- Non, non, répondit-il: non, il n'y a pas d'esprit là-dedans.

Mais vous m'avez poussé bien rudement, Dieu me préserve!

-- Parce que vous m'avez dérangé d'un profond sommeil, idiot.

Syddall vient de me dire qu'il n'a pas de lits préparés pour ces

braves gens, et M. Wardlaw pense qu'il est inutile de les déranger

de leurs affaires. Tenez, mes amis, voici une demi-guinée pour

boire à ma santé. Je vous remercie de votre complaisance, et vous

pouvez vous retirer.

Ils me firent leurs remerciements, prirent l'argent, et s'en

allèrent sans montrer ni soupçons ni mécontentement; je restai

jusqu'à ce qu'ils fussent partis, afin d'être bien sûr qu'ils ne

pourraient avoir aucune autre communication avec l'honnête André.

Je l'avais suivi de si près que je croyais qu'il n'avait pas eu le

temps de leur dire deux mots avant mon arrivée; mais il ne faut

souvent que deux mots pour causer bien des malheurs, et l'on verra

qu'en cette occasion ils coûtèrent la vie à deux personnes.

Ayant fait cette expédition, je ne songeai plus qu'à prendre les

mesures nécessaires pour la sûreté de mes hôtes. Présumant bien,

d'après ce qui s'était passé, que Syddall n'était pas étranger à

leur séjour au château, je le chargeai de monter lui-même à la

bibliothèque chaque fois que je sonnerais, et j'y retournai

ensuite pour rendre compte aux deux fugitifs de tout ce que je

venais de faire.

Les yeux de Diana me remercièrent des précautions que j'avais

prises. -- Maintenant, me dit-elle, vous connaissez tous mes

mystères. Vous savez sans doute par quels liens étroits le sang et

la tendresse m'unissent à l'infortuné qui trouva ici une retraite,

et vous ne serez plus surpris que Rashleigh, ayant pénétré ce

secret, osât me gouverner avec une verge de fer.

Son père ajouta que leur intention était de m'être à charge le

moins longtemps possible.

Je les suppliai de ne songer qu'à ce qui pouvait contribuer le

plus à leur sûreté, et je les assurai que tous mes efforts

seraient dirigés vers le même but; ce qui conduisit sir Frédéric à

m'expliquer les circonstances où il se trouvait.

-- J'avais toujours eu des soupçons contre Rashleigh, me dit-il;

mais sa conduite à l'égard de ma fille, conduite dont elle ne me

fit l'aveu que par obéissance, et l'abus de confiance dont il se

rendit coupable à l'égard de votre père, m'inspirèrent pour lui de

l'aversion et du mépris. Dans notre dernière entrevue, je ne lui

cachai pas mes sentiments, quoique la prudence eût dû m'engager à

le faire. Il ajouta alors la trahison et l'apostasie à la somme de

ses crimes; mais j'espérais que sa défection n'aurait aucune suite

fâcheuse pour notre cause. Le comte de Marr était en Écosse à la

tête d'une armée pleine d'enthousiasme; lord Derwentwater,

Kenmore, Forster, Winterton et autres avaient pris les armes dans

le Northumberland: et je devais accompagner les Highlanders qui,

sous les ordres du brigadier-général Mac-Intosh de Borlum,

passèrent le Forth, traversèrent les Lowlands, et se réunirent aux

insurgés anglais. Ma fille partagea les dangers et les fatigues de

ce voyage...

-- Et jamais elle ne quittera un père tendrement aimé, s'écria

miss Vernon en s'appuyant sur son bras.

-- J'avais à peine rejoint mes amis que je désespérai du succès de

notre entreprise. Nos forces n'augmentaient point, notre parti

n'était composé que de ceux qui partageaient nos opinions

religieuses, et les tories protestants restaient dans

l'indécision, attendant pour se déclarer le résultat des premiers

événements. Enfin nous nous trouvâmes investis par une force

supérieure dans la petite ville de Preston. Nous nous défendîmes

avec courage le premier jour, mais dès le second les chefs

regardèrent toute résistance comme inutile et résolurent de se

rendre à discrétion. Consentir à de pareilles conditions c'eût été

porter ma tête sur l'échafaud. Une trentaine de braves gens

pensèrent comme moi qu'il valait mieux mourir que de se rendre.

Mac-Gregor, que vous connaissez, était de ce nombre. Nous montâmes

à cheval, nous plaçâmes au milieu de nous ma fille, qui ne voulut

pas consentir à me quitter, et mes compagnons, frappés

d'admiration pour son courage et pour sa piété filiale, jurèrent

de périr plutôt que de l'abandonner. Nous sortîmes en corps au

grand galop, par une rue nommée Fishergate; elle conduisait dans

un marais que l'ennemi n'avait pas occupé parce qu'il le jugeait

impraticable et qu'il était bordé par la rivière de Ribble sur

laquelle il n'existait aucun pont. Nous ne rencontrâmes donc qu'un

faible détachement des dragons d'Honeywood, qui soutint à peine

notre premier choc; et Mac-Gregor, qui connaissait un gué de la

rivière, nous y guida et nous la fit traverser sans danger.

Tournant alors du côté de Liverpool, nous nous séparâmes; et

chacun de nous chercha une retraite. J'ignore ce que devinrent mes

compagnons. Quant à moi, je me rendis avec ma fille dans le pays

de Galles, où je connaissais beaucoup de personnes qui

partageaient mes opinions politiques et religieuses. J'espérais y

trouver les moyens de passer sur le continent, mais je fus trompé

dans mon attente, et les recherches que le gouvernement anglais

faisait faire dans le pays de Galles, où il soupçonnait plusieurs

chefs de l'insurrection de s'être retirés, me forcèrent à fuir de

nouveau vers le nord. Comme je savais qu'Osbaldistone-Hall était

inhabité en ce moment et qu'il ne s'y trouvait que le vieux

Syddall, de qui j'étais connu, et sur qui je pouvais compter, je

résolus de m'y rendre, et d'y rester jusqu'à ce qu'un ami sûr

m'eût fait équiper, dans un petit port du Solway, une chaloupe qui

doit me conduire en France pour toujours. Syddall n'hésita point à

nous recevoir, et nous attendions qu'on nous fit avertir que les

dispositions pour notre départ étaient terminées, quand votre

arrivée imprévue en ce château et le choix que vous avez fait de

cet appartement nous ont mis dans la nécessité de recourir à toute

votre générosité.

Ce fut ainsi que Sir Frédéric termina un récit que j'avais écouté

comme celui d'un rêve. J'avais peine à me figurer que c'était bien

sa fille que j'avais devant les yeux; le chagrin et les fatigues

lui avaient fait perdre quelques-uns de ses attraits. L'air

d'enjouement et de vivacité que je lui avais vu autrefois avait

fait place à un caractère de soumission mélancolique et de

résignation mêlée de fermeté. Quoique son père craignit l'effet

que pourraient produire sur mon esprit les louanges qu'il

donnerait à sa fille, il ne put résister à la tendresse paternelle

qui le portait à faire son éloge.

-- Elle a subi, me dit-il, des épreuves qui feraient honneur à la

constance d'un martyr. Elle a bravé tous les dangers, elle a vu de

près la mort sous tous les aspects. Elle a enduré des fatigues et

des privations qui auraient épuisé le courage des hommes les plus

déterminés. Elle a passé les journées dans les ténèbres et les

nuits dans les veilles, et n'a jamais fait entendre un murmure de

faiblesse. En un mot, M. Osbaldistone, ma fille est une offrande

digne du dieu auquel je vais la consacrer, comme tout ce qui reste

de plus cher et de plus précieux à Frédéric Vernon.

Il s'arrêta à ces mots, en jetant sur moi un regard que je ne

compris que trop bien: son but était de détruire toutes les

espérances que j'aurais pu concevoir, et il voulait, comme en

Écosse, prévenir toute nouvelle liaison entre sa fille et moi.

-- Maintenant, dit-il à sa fille, nous n'abuserons pas plus

longtemps des moments de M. Osbaldistone, puisque le voilà

instruit de la situation des infortunés qui réclament sa

protection.

Je les suppliai de rester, et leur offris de changer moi-même

d'appartement.

-- N'en faites rien, me dit-il, vous éveilleriez peut-être des

soupçons; d'ailleurs rien ne nous manque dans l'appartement secret

que nous occupons, et dont on ne peut soupçonner l'existence que

lorsqu'on en est instruit: nous aurions probablement pu y rester

sans que vous vous en doutassiez, si je n'avais regardé comme un

devoir de vous prouver ma confiance en votre honneur.

-- Vous m'avez rendu justice, sir Frédéric. Vous me connaissez

bien, mais je suis sûr que miss Vernon vous dira...

-- Je n'ai pas besoin du témoignage de ma fille, me dit-il d'un

air poli, mais de manière à m'empêcher de m'adresser directement à

elle; je suis très disposé à concevoir la meilleure opinion de

M. Frank Osbaldistone. Mais permettez-nous de nous retirer, le

repos nous est nécessaire, nous en jouissons rarement, et d'un

moment à l'autre nous pouvons être obligés de continuer un

dangereux voyage.

En parlant ainsi, il prit le bras de sa fille, et m'ayant salué,

sortit avec elle par la porte que cachait la tapisserie.

Chapitre XXXIX.

Mais la main du destin soulève le rideau,

Et sur la scène il porte le flambeau.

DRYDEN, _Don Sébastien_.

Je me sentis comme étourdi et glacé en les voyant se retirer.

Quand l'imagination nous représente un objet chéri dont nous

regrettons l'absence, elle le peint non seulement sous le jour qui

lui est le plus avantageux, mais avec les traits sous lesquels

nous désirons le voir. Avant l'apparition si surprenante de Diana,

j'étais plein de l'idée que les larmes qu'elle avait versées en me

faisant ses adieux en Écosse et la bague qu'elle m'avait fait

remettre par Hélène Mac-Gregor étaient une preuve qu'elle

emporterait mon souvenir dans son exil et jusque dans la solitude

du cloître: je venais de la voir, et son air froid et contraint,

ses yeux où je n'avais remarqué qu'une mélancolie tranquille

m'avaient trompé dans mes espérances, m'avaient presque offensé.

J'osai l'accuser d'indifférence et d'insensibilité; je reprochai à

son père son orgueil, son fanatisme, sa cruauté; j'oubliai qu'ils

sacrifiaient tous deux leurs intérêts, et Diana son inclination à

un devoir.

Sir Frédéric Vernon était un catholique rigide, qui croyait le

sentier du salut trop étroit pour qu'on pût y admettre un

hérétique. Et Diana, pour qui la sûreté de son père avait été

depuis quelques années l'unique mobile de toutes ses actions, le

seul but de ses pensées et de ses espérances, regardait comme un

devoir pour elle de se soumettre en tout à sa volonté et de lui

faire le sacrifice de ses plus chères affections. J'aurais pu dès

lors faire ces réflexions si j'avais été de sang-froid; mais dans

l'agitation que j'éprouvais, et au milieu du tumulte de mes

passions, il m'était impossible d'apprécier en ce moment ces

sentiments honorables.

_-- _Je suis donc méprisé! m'écriai-je; méprisé et jugé indigne

même d'avoir un court entretien avec elle! Soit, je n'en veillerai

pas moins à leur sûreté. Je me tiendrai dans cette chambre comme à

un poste avancé; et du moins, tant qu'ils resteront chez moi, nul

danger ne pourra les atteindre si le bras d'un homme déterminé

peut le détourner.

Je fis venir Syddall dans la bibliothèque; il y arriva suivi de

l'éternel André, qui, faisant des rêves brillants pour lui-même

d'après ma prise de possession du château et des terres qui en

dépendaient, semblait avoir juré de ne pas laisser échapper une

occasion de se mettre en évidence et de se rappeler à mon

souvenir. Aussi, comme cela arrive souvent à ceux qui n'agissent

que pas égoïsme, André allait-il au-delà du but qu'il se proposait

sans l'atteindre, et ne m'inspirait que le dégoût et l'ennui par

ses importunités.

Sa présence m'empêcha de parler librement à Syddall, comme je me

le proposais, et je n'osai le renvoyer, de peur d'augmenter les

soupçons qu'il pouvait déjà avoir conçus, d'après la manière

brusque dont je l'avais poussé hors de la bibliothèque une heure

auparavant. -- Syddall, lui dis-je, je passerai la nuit ici; j'ai

beaucoup à travailler, et je me reposerai quelques heures sur ce

canapé.

À la manière dont je le regardais, il parut comprendre que j'étais

instruit. Il m'offrit de me préparer un lit de camp dans la

bibliothèque, et il s'en occupa avec André. Les renvoyant ensuite,

je donnai ordre qu'on ne me troublât plus jusqu'au lendemain à

sept heures.

Lorsqu'ils se furent retirés, je me trouvai libre de me livrer à

mes réflexions, sans craindre que le cours en pût être interrompu,

jusqu'à ce que la nature fatiguée exigeât quelque repos.

Je travaillai pourtant à écarter de mon esprit le sujet pénible

qui m'occupait uniquement, mais tous mes efforts furent inutiles.

Les sentiments que j'avais combattus avec courage quand l'objet

qui les inspirait était éloigné de moi, renaissaient avec plus de

force que jamais, maintenant que je n'en étais séparé que par

quelques pas et que j'étais à la veille d'en être privé pour

toujours. Si je prenais un livre, le nom de Diana me semblait

écrit à chaque ligne; et, sur quelque sujet que je cherchasse à

fixer mes pensées, elles ne me présentaient jamais que son image.

Elles étaient comme cette esclave empressée du Salomon de Prior:

_Ma bouche à peine a prononcé son nom_

_Qu'Abra survient, toujours pleine de zèle:_

_C'est vainement une autre que j'appelle,_

_Abra toujours accourt et me répond._

Tour à tour je m'abandonnais à ces pensées, et je cherchais à m'en

défendre, tantôt cédant à une émotion et à une tristesse qui ne

m'étaient guère naturelles, tantôt appelant à mon secours ma

fierté blessée par un injuste outrage que je croyais avoir reçu.

Enfin, après avoir longtemps parcouru la bibliothèque à grands

pas, je me jetai tout habillé sur mon lit dans une sorte de délire

fiévreux. Mais ce fut en vain que je cherchai tous les moyens de

me livrer au sommeil, que je ne me permis pas plus de mouvement

que n'en aurait un corps privé de vie, que j'essayai de donner un

autre cours à mes idées, tantôt en récitant des vers de mémoire,

tantôt en m'occupant de la solution d'un problème d'algèbre; mes

artères battaient avec une force et une rapidité qui m'étonnaient,

et je croyais sentir un feu liquide circuler dans mes veines au

lieu de sang, et y produire des pulsations dont le son

retentissait à mon oreille comme le bruit régulier d'un moulin à

foulon que j'aurais entendu de loin.

Je me levai, j'ouvris la fenêtre, j'y restai quelques instants;

l'air de la nuit me rafraîchit un peu et calma en partie le

désordre de mes sens. Je me remis sur mon lit, et peu de temps

après le sommeil s'empara de moi; mais ce sommeil était loin

d'être paisible, et il fut troublé par des rêves épouvantables.

Il en est un entre autres que je me rappelle encore en ce moment.

Il me semblait que Diana et moi nous étions au pouvoir d'Hélène

Mac-Gregor, et qu'elle avait donné ordre de nous précipiter du

haut d'un rocher dans le lac. Le signal de notre supplice devait

être un coup de canon tiré par sir Frédéric Vernon qui présidait à

la cérémonie, revêtu du costume de cardinal. Je ne saurais peindre

l'impression que me fit éprouver cette scène imaginaire. Je

pourrais encore aujourd'hui retracer l'expression de courage et de

résignation que je voyais sur les traits de Diana; les figures

sauvages et hideuses qui nous environnaient et semblaient jouir

d'avance de notre supplice; enfin, le fanatisme rigide et

inflexible gravé sur la physionomie de sir Frédéric. Je le vis la

mèche allumée, j'entendis le signal de notre mort que les échos

répétèrent d'une manière effrayante. Je m'éveillai en sursaut, et,

me soulevant sur mon lit, l'esprit encore plein de ce rêve, il me

sembla entendre de nouveau la répétition de ce funeste signal.

Une minute me suffit pour me rappeler à moi-même, et j'entendis

distinctement frapper à grands coups à la porte. Saisi de crainte

pour mes hôtes, je me levai précipitamment, je pris mon épée sous

mon bras, et je me hâtai de descendre pour donner ordre de ne pas

ouvrir la porte. Malheureusement j'étais obligé de faire un

circuit, parce que la bibliothèque donnait sur un escalier dérobé

qu'il fallait parcourir pour regagner celui qui servait à l'usage

général de toute la maison. J'entendais cependant tout ce qui se

passait. Le vieux Syddall répondait d'une voix faible et timide

aux cris tumultueux des gens qui demandaient à entrer de par le

roi, d'après les ordres du juge Stradish, et qui faisaient au

vieux domestique les plus horribles menaces s'il n'obéissait à

l'instant même.

À mon grand déplaisir, j'entendis alors la voix aigre d'André

crier à Syddall de se retirer et de lui laisser ouvrir la porte.

-- S'ils viennent par ordre du roi George, disait-il, nous n'avons

rien à craindre. Nous avons versé notre sang et dépensé notre

argent pour lui. Nous n'avons pas besoin de nous cacher comme

certaines gens, M. Syddall. Nous ne sommes, Dieu me préserve! ni

papistes ni jacobites, que je sache.

J'entendis l'officieux coquin tirer verrou sur verrou, tout en

proclamant son affection et celle de son maître pour le roi

George, et je calculai qu'il m'était impossible d'arriver à temps

pour m'opposer à l'entrée des gens qui arrivaient. Dévouant au

bâton le dos de M. Fairservice, et me promettant de ne pas le

manquer dès que j'aurais le temps de lui payer mes dettes, je

courus me barricader dans la bibliothèque; je fermai la porte à

clef et au verrou, et frappant vite à la porte secrète qui

conduisait à l'appartement de mes hôtes, je demandai à entrer sur-

le-champ. Diana m'ouvrit elle-même: elle était tout habillée, et

son visage n'annonçait ni crainte ni émotion.

-- Le danger nous est si familier, me dit-elle, que nous y sommes

toujours préparés. Nous avons entendu tout ce bruit, et nous nous

sommes disposés à fuir. Nous allons descendre dans le jardin, nous

sortirons par la porte de derrière, dont Syddall nous a donné la

clef, à tout événement, et de là nous gagnerons le bois qui n'en

est qu'à deux pas. J'en connais tous les détours mieux que qui que

ce soit, et j'espère que nous pourrons leur échapper. Tâchez

seulement de les arrêter quelques instants. Adieu, cher Frank,

adieu encore une fois.

Elle disparut comme un météore, et elle avait à peine pu rejoindre

son père, quand j'entendis frapper à grands coups à la porte de

bibliothèque.

-- Vous êtes des voleurs, m'écriai-je, feignant de me méprendre

sur le motif de cette visite, et, si vous ne vous retirez à

l'instant, je n'ouvrirai que pour faire feu sur vous de ma

carabine.

-- Pas de folie! s'écria André, pas de folie! ce ne sont pas des

voleurs, Dieu me préserve! c'est M. le clerc Jobson qui vient avec

un mandat.

-- Pour chercher, saisir et appréhender, dit une voix que je

reconnus pour celle de ce détestable praticien, différentes

personnes dénommées au mandat dont je suis porteur, et accusées de

haute trahison, aux termes du chapitre III de la loi rendue dans

la treizième année du règne de Guillaume.

En même temps les coups à la porte redoublèrent avec une telle

violence que je vis qu'elle n'y résisterait pas longtemps.

-- Un instant, messieurs, un instant, leur dis-je pour tâcher de

gagner quelques minutes. Point de voies de fait. Laissez-moi le

temps de me lever, je vais vous ouvrir, et, si vous êtes porteur

d'un mandat légal, vous n'éprouverez aucune résistance.

-- Dieu conserve le grand George, notre digne roi! s'écria André:

je vous ai bien dit que vous ne trouveriez ici ni papistes ni

jacobites.

Quelques minutes s'écoulèrent en silence. Enfin, on recommença à

battre la porte, et je fus obligé de l'ouvrir de peur qu'elle ne

fût enfoncée.

M. Jobson entra suivi de plusieurs aides, parmi lesquels je

reconnus Lancy Wingfield, porteur sans doute de l'avis charitable

qui l'avait mis en mouvement. Il exhiba le mandat qu'il était

chargé d'exécuter contre Frédéric Vernon et Diana Vernon sa fille,

et m'en montra un second dirigé contre Frank Osbaldistone, comme

leur fauteur et complice. C'eût été une folie que de vouloir

résister. Je feignis de discuter encore quelques instants pour

gagner du temps, et me rendis ensuite prisonnier.

J'eus alors la mortification de voir Jobson marcher directement et

sans hésiter vers l'endroit qui conduisait à l'appartement secret,

lever la tapisserie, ouvrir la porte et y entrer. Il n'y resta

qu'un instant. Le gîte est encore chaud, dit-il en rentrant, mais

les lièvres sont partis. Au surplus, s'ils ont échappé aux

chasseurs, ils seront pris par les lévriers.

Des cris que j'entendis en ce moment dans le jardin me firent

penser que sa prophétie ne s'était que trop réalisée. Au bout de

quelques minutes, Rashleigh entra dans la bibliothèque, accompagné

de quelques satellites, et amenant sir Frédéric Vernon et sa

fille.

-- Le vieux renard connaissait son terrier, dit-il, mais il ne

pensait pas qu'un bon chasseur en gardait l'entrée. Je n'avais pas

oublié la porte du jardin, sir Frédéric Vernon, ou noble lord

Beauchamp.

-- Rashleigh, s'écria sir Frédéric, vous êtes un abominable

scélérat!

-- Je méritais ce nom, monsieur... ou milord, quand, sous la

direction d'un maître habile, je cherchais à déchirer par la

guerre civile le sein d'un pays paisible. Mais j'ai fait tous mes

efforts, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel, pour réparer mes

erreurs et mériter mon pardon.

Je ne pus garder le silence plus longtemps, malgré la résolution

que j'en avais formée. Il fallait parler ou étouffer.

-- Les traits les plus hideux que l'enfer puisse produire,

m'écriai-je, ce sont ceux de l'hypocrisie couvrant la

scélératesse.

-- Ah! c'est vous, mon aimable cousin, dit Rashleigh en approchant

de moi une lumière, et me regardant de la tête aux pieds. Soyez le

bienvenu à Osbaldistone-Hall. Je vous pardonne votre humeur. Il

est dur de perdre en une nuit une maîtresse et un beau domaine;

car nous allons prendre possession de ce château au nom de

l'héritier légitime, sir Rashleigh Osbaldistone.

Tandis qu'il me parlait de ce ton ironique, je voyais l'effort

qu'il faisait pour cacher la honte et la colère qui l'agitaient

tour à tour. Mais il y réussit moins bien quand Diana lui adressa

la parole.

-- Rashleigh, lui dit-elle, j'ai pitié de vous, car malgré tout le

mal que vous avez voulu me faire et que vous m'avez fait, je ne

puis encore vous haïr autant que je vous méprise. Ce que vous

venez de faire est peut-être l'ouvrage d'une heure, mais vous y

trouverez de quoi réfléchir pendant toute votre vie. -- De quelle

nature seront ces réflexions? C'est ce que votre conscience vous

dira. Vous entendrez sans doute son cri quelque jour.

Rashleigh ne lui répondit point; il fit deux ou trois tours dans

la chambre, s'approcha d'une table sur laquelle il était resté la

veille un flacon de vin, s'en versa un grand verre bord à bord,

d'une main tremblante, et quand il vit que son tremblement ne nous

avait pas échappé, il fixa les yeux sur nous d'un air calme, et

faisant un violent effort sur lui-même il vida le verre sans en

répandre une seule goutte.

-- C'est, ma foi, du vieux bourgogne de mon père! s'écria-t-il. Je

suis charmé qu'il en reste encore. Lancy, restez dans le château

pour en prendre soin en mon nom, tandis que Jobson et moi nous

allons conduire tous ces braves gens en lieu de sûreté. Quant à ce

vieux fou, et à cette espèce d'imbécile, ajouta-t-il en montrant

Syddall et André, il ne s'agit que de les mettre à la porte.

Maintenant, partons, dit-il en se tournant vers nous. J'ai fait

préparer le vieux carrosse de famille pour vous conduire, quoique

je n'ignore pas que cette jeune dame pourrait braver le serein de

la nuit à pied et à cheval, si le voyage était de son goût.

André se tordait les mains de désespoir. -- J'ai seulement dit,

s'écriait-il, que mon maître parlait sûrement à quelque esprit

dans la bibliothèque. Ce misérable Lancy! trahir un ancien ami

qui, pendant vingt ans, a chanté avec lui les mêmes psaumes dans

le même livre!

On le chassa de la maison ainsi que Syddall, sans lui laisser le

temps de finir ses lamentations. Son expulsion eut pourtant des

suites assez extraordinaires, comme je l'appris ensuite, mais je

dois en parler ici pour ne pas interrompre l'ordre et

l'enchaînement des faits.

Ayant résolu d'aller passer le reste de la nuit chez une ancienne

connaissance qui demeurait à environ un mille, il venait de sortir

de l'avenue du château, et se trouvait dans un endroit qu'on

nommait encore le vieux bois, quoiqu'il servît de pâturage et

qu'il ne s'y trouvât plus que quelques arbres. Il y rencontra un

troupeau de boeufs d'Écosse qui y étaient couchés et qui

paraissaient y avoir passé la nuit. Il n'en fut nullement surpris.

Il savait que la coutume de ses compatriotes, en conduisant des

bestiaux, était de choisir à la fin de chaque journée quelque bon

pâturage où leurs boeufs pussent faire un bon souper à peu de

frais, et d'en partir avant le lever du soleil pour éviter toute

querelle avec le propriétaire de la prairie. Il passait

tranquillement au milieu du troupeau; mais il fut saisi d'une peur

soudaine lorsqu'un Highlander, se levant, l'accusa de troubler ses

bêtes et refusa de le laisser passer avant de l'avoir amené à son

maître. Le montagnard conduisit André vers un buisson, derrière

lequel il trouva quatre ou cinq autres de ses compatriotes. Je

m'aperçus bien vite, me dit André en me racontant cette aventure,

qu'ils étaient en plus grand nombre qu'il n'est nécessaire pour

conduire un troupeau de bétail, et je me doutai bien qu'ils

avaient d'autre chanvre à leur quenouille.

Ils le questionnèrent sur tout ce qui s'était passé à

Osbaldistone-Hall, et parurent écouter ses réponses avec surprise

et intérêt.

-- Vous jugez bien, me dit André, que je leur dis tout ce que je

savais: car il n'est point de réponse au monde que je refuse de

faire à des dirks et à des pistolets.

Ils conférèrent ensemble à voix basse, et enfin réunirent leurs

boeufs qu'ils firent marcher vers le bout de l'avenue, qui avait

environ un demi-mille de longueur. Là ils se mirent à traîner

quelques troncs d'arbres coupés dans le voisinage, qu'ils

disposèrent de façon à former une sorte de barricade en travers de

la route, à quinze toises environ plus loin que l'avenue. Le jour

commençait à poindre, et aux dernières clartés de la lune se

mêlait un pâle rayon de l'aube matinale qui permettait de

distinguer assez bien les objets. On entendit le bruit sourd d'une

voiture à quatre chevaux qui roulait dans l'avenue, escortée par

six hommes à cheval. Les Highlanders écoutèrent attentivement. La

voiture contenait M. Jobson et ses malheureux prisonniers.

L'escorte se composait de Rashleigh, des officiers de paix et des

agents de police à cheval.

À peine eûmes-nous franchi la porte qu'elle fut fermée derrière la

cavalcade par un Highlander posté là à dessein. Au même instant la

voiture fut arrêtée par les boeufs à droite et à gauche, et par la

barricade. Deux hommes de l'escorte mirent pied à terre pour

pousser de côté les troncs d'arbres qu'ils pouvaient croire

laissés là par hasard ou négligence. Les autres commencèrent à

fouetter les boeufs pour les éloigner de la route.

-- Qui ose frapper nos bêtes? s'écria une voix forte. Feu sur lui,

Angus!

Rashleigh s'écria à l'instant: -- Au secours! au secours! et il

blessa d'un coup de pistolet celui qui avait parlé.

-- _Claymore! _cria le chef des Highlanders, et un combat

s'engagea. Les officiers de justice, surpris de cette soudaine

attaque, et qui ne sont pas ordinairement doués d'une grande

bravoure, ne firent qu'une faible défense eu égard à la

supériorité de leur nombre; quelques-uns voulurent retourner au

château, mais un coup de pistolet tiré de derrière la porte leur

fit croire qu'ils étaient entourés, et ils finirent par s'enfuir

de différents côtés. Rashleigh cependant était descendu de cheval

et soutenait à pied, corps à corps, un combat désespéré contre le

chef des assaillants, que je pouvais voir de la portière de la

voiture. Enfin Rashleigh tomba.

-- Demandez-vous pardon, pour l'amour de Dieu, du roi Jacques et

de notre ancienne liaison? lui cria une voix que je reconnus bien.

-- Non, jamais! répondit Rashleigh avec fermeté.

-- Eh bien, meurs donc, traître! s'écria Mac-Gregor: et il lui

passa son épée au travers du corps.

Au même instant il ouvrit la portière de la voiture, offrit la

main à miss Vernon, nous aida, sir Frédéric Vernon et moi, à en

descendre, et en arrachant Jobson qui y restait blotti dans un

coin, il le précipita sous les roues.

-- M. Osbaldistone, me dit-il tout bas, vous pouvez rester, vous

n'avez rien à craindre; mais il faut que je songe à ceux qui ne

seraient pas en sûreté ici. Soyez tranquille pour vos amis. Adieu.

N'oubliez pas Mac-Gregor.

Il fit entendre un coup de sifflet, toute sa troupe se rassembla à

l'instant autour de lui. Il fit placer au centre sir Frédéric et

sa fille, et je les vis s'enfoncer dans la forêt. Le cocher et le

postillon avaient abandonné leurs chevaux au premier feu; mais ces

animaux, arrêtés par les barricades, étaient restés immobiles,

fort heureusement pour Jobson qui aurait été écrasé sous les roues

de la voiture si elle avait fait le moindre mouvement. Mon premier

soin fut de le tirer de cette situation dangereuse, et c'était un

service important, car le coquin était tellement anéanti par la

frayeur qu'il serait mort plutôt que de se relever sans aide. Je

lui recommandai de faire attention que je n'avais eu aucune part à

ce qui venait de se passer, que je n'en profitais pas pour

m'échapper, et j'ajoutai que je me regardais toujours comme son

prisonnier. Je lui conseillai de retourner au château et de faire

venir Lancy et quelques-uns de ses gens qui étaient restés avec

lui, et qui nous étaient nécessaires pour donner du secours aux

blessés. Mais il était paralysé par la terreur, il ne pouvait se

soutenir sur ses jambes, et à peine eut-il la force de me conjurer

d'y aller moi-même. Je me déterminai à m'y rendre, mais à quelques

pas je trébuchai contre un corps que je pris pour un cadavre. Le

prétendu mort se leva pourtant sur ses jambes en parfaite santé,

et je reconnus André Fairservice, qui avait pris cette posture

pour mieux se garantir des coups de claymore et des balles qui,

pendant un moment, avaient sifflé de toutes parts. Je fus si

charmé de le trouver en ce moment que je ne m'arrêtai pas à lui

demander par quel hasard il y était, et je lui ordonnai de me

suivre.

Je m'occupai d'abord de Rashleigh. Il poussa, lorsque je

m'approchai de lui, une espèce de gémissement qui semblait autant

un cri de rage qu'une exclamation de douleur, et il ferma les

yeux, comme si, semblable à Iago[147], il était résolu à ne plus

dire une parole. Il se laissa porter dans la voiture, et nous

rendîmes le même service à deux autres blessés étendus sur le

champ de bataille; je fis comprendre à Jobson, non sans peine,

qu'il fallait qu'il y montât aussi pour soutenir sir Rashleigh

pendant la route. Il m'obéit de l'air d'un homme qui ne conçoit

qu'à moitié ce qu'on lui dit. André ouvrit la porte de l'avenue,

fit tourner les chevaux, et les conduisit au pas par la bride

jusqu'à Osbaldistone-Hall.

Quelques-uns des fuyards y étaient déjà arrivés par différents

détours et y avaient répandu l'alarme, en disant que sir

Rashleigh, le greffier Jobson et toute l'escorte, excepté eux qui

en apportaient la nouvelle, avaient été attaqués et taillés en

pièces par un régiment de féroces Highlanders. Aussi, lorsque nous

y arrivâmes, entendîmes-nous un bruit semblable au bourdonnement

d'une ruche quand elle se prépare au combat. M. Jobson, qui

commençait à reprendre ses sens, trouva pourtant assez de force

dans ses poumons pour appeler de façon à se faire reconnaître. Il

était d'autant plus empressé de sortir de la voiture qu'il était

écrasé sous le poids d'un de ses compagnons de voyage qui avait

rendu le dernier soupir pendant ce court trajet, et que le

voisinage d'un cadavre ajoutait encore à sa terreur.

Sir Rashleigh Osbaldistone vivait encore, mais il avait reçu une

blessure si terrible que le fond de la voiture était littéralement

rempli de son sang, et qu'on en pouvait suivre la trace depuis le

péristyle jusqu'à la salle où on le plaça dans un grand fauteuil,

tandis que les uns s'efforçaient d'arrêter l'hémorragie par des

bandages, que les autres criaient qu'il fallait faire venir un

chirurgien, et que personne ne bougeait pour l'aller chercher.

-- Qu'on ne me tourmente point! dit le blessé. Je sens qu'aucun

secours ne peut me sauver. Je suis un homme mort.

Il se releva dans le fauteuil, se tourna vers moi, et quoique la

pâleur du trépas fût déjà répandue sur son visage, il me dit avec

une fermeté qui semblait au-dessus des forces qui devaient lui

rester: -- Cousin Francis, approchez-vous.

Je m'approchai.

-- Je ne veux que vous dire que les approches de la mort ne

changent rien à mes sentiments pour vous. Je vous hais maintenant

que je meurs devant vous, je vous hais autant que je le ferais si

vous étiez à ma place, et que j'eusse le pied sur votre poitrine.

Tandis qu'il parlait ainsi, on voyait encore la rage étinceler

dans ses yeux qui bientôt allaient se fermer pour toujours.

-- Je ne vous ai jamais donné aucun sujet de me haïr, monsieur, et

je désirerais pour vous qu'en un pareil moment...

-- Vous ne m'en avez donné que trop de sujets. En amour, en

intérêt, en ambition, partout je vous ai trouvé sur mon chemin.

J'étais né pour être l'honneur de la maison de mon père. J'en ai

été l'opprobre, et vous seul en êtes cause. Mon patrimoine est

devenu le vôtre. Jouissez-en. Puisse la malédiction d'un homme

mourant s'y attacher!

Un moment après avoir proféré cette terrible imprécation, il

retomba dans le fauteuil, ses yeux devinrent ternes et vitreux,

ses membres se raidirent, mais la sinistre expression de la haine

survécut encore dans ses traits à son dernier soupir[148].

Je ne m'appesantirai pas plus longtemps sur ce tableau hideux. Il

me suffira de dire que le mort de Rashleigh me laissa en

possession paisible de la succession de mon oncle. Jobson lui-même

se vit forcé de convenir que le ridicule mandat décerné contre moi

comme coupable de haute trahison n'avait été tracé que pour

favoriser Rashleigh dans ses vues et m'écarter d'Osbaldistone-

Hall. Le nom du coquin fut effacé du tableau des procureurs, et il

mourut réduit à l'indigence et au mépris.

Après avoir mis en ordre mes affaires à Osbaldistone-Hall, où je

rétablis le vieux Syddall dans sa place et M. Fairservice dans son

jardin, je repartis pour Londres, heureux de quitter un séjour qui

ne m'offrait que des souvenirs pénibles. Je désirais vivement

avoir des nouvelles de Diana et de son père. Environ deux mois

après, un Français, qui était venu en Angleterre pour affaires de

commerce, m'apporta une lettre de miss Vernon qui mit fin à mes

inquiétudes en m'apprenant qu'ils étaient tous deux en sûreté.

Elle m'expliquait dans cette lettre que ce n'était pas le hasard

qui avait fait paraître si à propos Mac-Gregor et sa troupe. La

noblesse d'Écosse qui avait pris une part plus ou moins directe à

la dernier insurrection désirait vivement favoriser la fuite de

sir Frédéric Vernon, parce qu'en sa qualité d'agent confidentiel

de la maison de Stuart il pouvait être nanti de pièces capables de

compromettre la sûreté de la moitié des grandes familles d'Écosse;

et pour favoriser son évasion on avait jeté les yeux sur Rob-Roy,

dont on connaissait le courage et l'adresse. Le rendez-vous était

fixé à Osbaldistone-Hall. Vous avez vu comme son plan avait failli

être déconcerté par le malheureux Rashleigh: il réussit cependant;

car, lorsque sir Frédéric et sa fille furent délivrés, ils

trouvèrent des chevaux préparés pour eux, et Rob-Roy, à qui tous

les chemins du nord de l'Angleterre étaient familiers, les

conduisit à la côte occidentale, où ils parvinrent à s'embarquer

pour la France.

Le même Français m'apprit que sir Frédéric ne pouvait survivre

longtemps à une maladie de langueur, suite des privations et des

fatigues multipliées qu'il avait subies dernièrement encore; sa

fille était dans un couvent, et c'était toujours l'intention de

son père qu'elle prît le voile.

Je me décidai aussitôt à faire connaître franchement à mon père

les secrets sentiments de mon coeur. Il parut d'abord un peu

effrayé de l'idée de me voir épouser une catholique romaine; mais

il désirait me voir établi dans le monde comme il le disait. Il

sentait qu'en m'occupant uniquement de ses affaires de commerce,

comme je l'avais fait depuis près d'un an, je lui avais sacrifié

mes inclinations et mes goûts. Après avoir hésité, après m'avoir

fait quelques questions auxquelles mes réponses lui parurent

satisfaisantes, il finit par me dire: -- Je n'aurais guère pensé

que mon fils pût jamais devenir le seigneur du domaine

d'Osbaldistone; encore moins qu'il allât chercher une épouse dans

un couvent de France: mais celle qui a été fille si soumise doit

être bonne épouse. Vous avez _consulté _mes goûts en travaillant

au comptoir, Frank; il est juste que vous consultiez le vôtre pour

vous marier.

Je n'ai pas besoin de vous dire, Will Tresham, comme j'allai vite

en affaire d'amour. Vous savez aussi combien j'ai longtemps vécu

heureux avec Diana, vous savez combien je l'ai pleurée; -- mais

vous ne savez pas, vous ne pouvez pas savoir combien elle était

digne des regrets de son époux.

Il ne me reste plus d'aventures romanesques à vous raconter; je

n'ai même plus rien à vous apprendre, vous connaissez mieux que

personne le peu d'incidents qui ont marqué ma vie: comme celle des

autres hommes, elle a été semée de plaisirs et de chagrins, et

vous les avez tous partagés avec moi. J'ai fait plusieurs voyages

en Écosse; mais je n'ai jamais revu l'intrépide Highlander qui a

eu tant d'influence sur les événements de la partie de mes

aventures dont je viens de vous tracer le récit. J'ai appris de

temps en temps qu'il continuait à se maintenir dans les montagnes

voisines du lac Lomond, en dépit de tous ses ennemis; que même le

gouvernement avait fini par fermer les yeux sur l'audace avec

laquelle il s'était érigé en protecteur du comté de Lennox, et

qu'en conséquence il y levait toujours son _black-mail, _avec

autant de régularité qu'un propriétaire exige le paiement de ses

fermages. On aurait cru impossible qu'il ne terminât pas ses jours

d'une manière violente; il mourut pourtant paisiblement vers l'an

1736, mais son souvenir vit encore dans tous les environs de ses

montagnes, comme celui de Robin-Hood en Angleterre, surnommé la

terreur du riche et l'ami du pauvre. Il est certain qu'il

possédait des qualités de coeur et d'esprit qui auraient fait

honneur à une profession moins équivoque que celle à laquelle son

destin semblait l'avoir condamné.

Le vieux André Fairservice, que vous devez vous rappeler avoir vu

comme jardinier à Osbaldistone-Hall, disait souvent qu'il y avait

maintes choses extrêmes dans le bien et extrêmes dans le mal,

telles que ROB-ROY.

(Ici finit brusquement le manuscrit. J'ai quelque raison de penser

que ce qui suivait avait rapport à des affaires particulières.)[149]

[1] Personnage de _Beaucoup de bruit pour rien_ de

Shakespeare. Un stratagème comique parvient à décider

Benedict au mariage.

[2] C'en est fait de. - Tr.

[3] Celle de 1688. - Éd.

[4] Ces divers noms indiquent sans doute des variétés de

morue dont le nom français ne nous est pas connu. - Éd.

[5] Phrase proverbiale pour remercier les acteurs des

_masques _de Noël. Les officiers inférieurs de l'Église

venaient aussi demander l'aumône avec des rimes. - Éd.

[6] Westminster et Eton sont ce que nous appelons en

France des pensions et des collèges; les collèges des

universités ne sont fréquentés que par des jeunes gens qui ont

fini leurs classes à Eton et à Westminster. - Lilly, auteur d'un

rudiment. - Éd.

[7] C'est-à-dire au moins cent mille liv. sterling. - Éd.

[8] Allusion à l'histoire du lord-maire Whittington. - Éd.

[9] Dans cet opéra, comme on sait, Gray a pris pour ses

héros des _mauvais sujets_ de toutes les écoles. - Éd.

[10] Un de ces hôtels de Londres surnommés _enfers_

(maisons de jeu _décentes_). - Éd.

[11] Antoine Wood, auteur d'_Athenae oxonienses_,

antiquaire d'Oxford. - Éd.

[12] _The Beaux's stratagem,_ comédie de G. Farquhar.

- Éd.

[13] Stock-Alley ou Exchange-Alley est le quartier de la

_Bourse_, et signifie la _Bourse_ elle-même. - _Bear _et

_bull_, ours et taureau, sont des termes de l'argot des

agioteurs. On appelle l'Ours celui qui, sans rien posséder dans

les fonds, s'engage à livrer une quantité de rentes à un taux

convenu et à une époque fixée, comme la fin du mois par

exemple. Le Taureau est celui qui achète ces mêmes rentes,

quoiqu'il n'ait pas d'argent pour les payer. Au terme arrivé,

l'un ou l'autre paie la différence, suivant la hausse ou la baisse.

On dit de celui qui ne peut payer qu'il devient un canard

boiteux, et qu'il sort en canard de la Bourse. Peut-être le mot

d'ours fait-il allusion à la fable des chasseurs qui vendaient la

peau de l'ours avant de l'avoir tué. - Éd.

[14] C'est en Angleterre qu'on reçoit dans les universités

le diplôme de docteur en musique. Les Italiens disent

simplement _il maestro_. - Éd.

[15] Il y a dans le texte _year old hogs;_ ce que nous

remarquons pour avertir ceux qui lisent l'anglais de sir Walter

Scott que _hog_, dans le dialecte du nord, ne veut pas dire

_pourceau_, mais _agneau_. D'où l'on a remarqué que le

berger-poète _Hog _avait un nom qui lui allait à merveille.

Nous avons déjà dit dans les notes de _Waverley_ que les

_pourceaux_ avaient longtemps été rares en Écosse. - Éd.

[16] Ce passage semble avoir été écrit du temps de

_Wilkes et la liberté! _(Cette note de l'auteur nous désigne

l'époque de 1761, où le ministère de lord Bute mit en jeu toute

l'antipathie des Anglais contre les Écossais. - Éd.)

[17] Surnom anglais du renard, dont le nom commun est

_fox_. - Éd.

[18] _La salle du bruit:_ sans doute à cause du tumulte

et des joyeuses orgies dont nous allons être témoins. - Éd.

[19] L'action du vieux poème-ballade de _Chevy-Chase_

se passe sur cette partie des frontières anglaises (_English

border_). - Éd.

[20] Pièce qu'on joue aujourd'hui sous le titre de _Don

Juan._ (Nous remarquerons qu'en citant le titre de la pièce

française, Francis met _pierre_ sans capitale, conformément

à la vraie étymologie espagnole, le Convié de pierre, ou la

Statue conviée (_Il conbitado de piedra_). - Éd.

[21] Hounslow est situé à environ dix milles de Londres.

Il y a des traces d'un camp plus ancien que celui de 1686,

auquel il est ici fait allusion. Le camp d'Hounslow avait pour

objet de rassembler une armée contre le duc de Monmouth. -

Éd.

[22] Le monument de Stone-Henge est dans la plaine de

Salisbury (Wiltshire). Il consiste en quatre pierres énormes,

placées les unes dans les autres: les deux extérieures sont

circulaires, et les inférieures ovales. On n'a pas encore décidé

si c'était un monument druidique. - Éd.

[23] _Le Spectateur_ d'Addison. - Éd.

[24] C'est un troisième service, qui, avec la salade,

précède immédiatement le dessert en Angleterre. - Éd.

[25] _Scoth bonnet_, le béret ou toque bleue, avec

bordure ou bandes bariolées. - Éd.

[26] Sans doute du français _justaucorps_. - Éd.

[27] Le _Bélisaire_ venait en effet de paraître à l'époque

supposée. - Éd.

[28] Prologue de Gil Blas. - Éd.

[29] Qu'il chante. - Tr.

[30] Nous avons donné dans les notes de _Guy

Mannering _une note détaillée sur les juges de paix du

_Quorum_, c'est-à-dire ceux qu'une ordonnance spéciale

investit de certains pouvoirs plus étendus. _Custos

Rotulorum_, garde des archives, est le titre du chef de la

commission des juges de paix. - Éd.

[31] Jurisconsulte qui a laissé des commentaires estimés.

- Éd.

[32] C'est-à-dire des partisans écossais des Stuarts,

indigents et avides. On appelle vulgairement une bassinoire

d'Écosse une femme d'Écosse, parce qu'on prétend que dans

les maisons où un hôte avait besoin de faire chauffer son lit, la

servante ou même la maîtresse de la maison allait s'y coucher

pendant le temps nécessaire pour suppléer au manque de

bassinoire, ustensile inconnu en Écosse. - Éd.

[33] Sans doute à cause des deux sens que présente cette

devise latine:

_Vernon semper viret,_

Vernon est toujours vert (ou toujours fort);

et

_Ver non semper viret,_

Le printemps n'est pas toujours vert.

On aimait dans le blason les jeux de mots de ce genre. -

Éd.

[34] Le mot _figure_ seul en anglais signifie _chiffre_. -

Éd.

[35] C'est notre jeu du _bouchon._ On place des pièces

de monnaie sur un liège ou une espèce de quille, que l'on vise

avec des palets ou des sous, et qu'on renverse. Chacun gagne

les pièces qui sont le plus près de son palet ou de son sou. -

Éd.

[36] Qui est le président de la chambre des lords. - Éd.

[37] Personnage de la tragédie d'_Othello_. - Éd.

[38] Les nouveaux navets sont peut-être un trope comme

les rats; car on appelle rats au figuré les convertis politiques

peu sincères dans leur nouvelle croyance. - Éd.

[39] Abréviation de Rasleigh. - Tr.

[40] Othello. - Éd.

[41] Le narrateur nous a déjà appris que Rasleigh avait

été élevé à Saint-Omer chez les Jésuites. - Éd.

[42] Le traducteur laisse ici ces mots du texte pour faire

sentir la difficulté de traduire ce patois d'Écosse, que le héros

du roman est obligé lui-même de se faire expliquer. Francis

croit que ces mots _clean wud_ signifient _bois clair_, et

Fairservice veut dire que les gens de Londres ont perdu la tête.

Le reste du dialogue n'est pas moins difficile pour les Anglais

eux-mêmes. - Éd.

[43] Fairservice aime à exagérer l'importance de son

pays. - Éd.

[44] Édifice où se tenaient les séances du parlement

d'Écosse. - Éd.

[45] Il y a dans le texte un calembourg intraduisible sur

_robbed_ et _rabbit, _volé et lapin. C'est ici qu'on peut

pardonner à la traduction quelques équivalents. - Éd.

[46] 1 2400 fr. - Éd.

[47] Un de ces livres mystiques sortis du cerveau malade

des presbytériens fanatiques. - Éd.

[48] L'auteur se sert du vieux mot _over-crawed_. - Éd.

[49] Pied léger. - Éd.

[50] Les frontières les plus centrales.

[51] _Le bouillant André_. Hostpur, personnage

historique de Shakespeare, dont le nom peut se traduire par

_éperon chaud_. - Éd.

[52] 1 240 fr.

[53] C'est à ce saint que les chroniques attribuent la

civilisation des premiers habitants du Strathclyde. Son nom

était Kentigern, fils d'Owain, surnommé _Mungo_, c'est-à-

dire le Courtois. La cathédrale lui était dédiée avant la

réforme. - Éd.

[54] C'est notre mot hôtelière. - Éd.

[55] On comprend par ce mot, que nous traduisons le

plus chastement possible, combien le bon presbytérien en veut

à la _Prostituée_ de Rome, dont il parle dans le style des

prédicateurs du temps. - Éd.

[56] Ruisseau qui passe à Glascow. - Éd.

[57] André, espèce de Sancho Pança presbytérien,

prodigue dans son discours la conjonction copulative _et_

pour singer les saintes écritures. - Éd.

[58] La rue (_ruta_) est une plante qui dans sa verdeur a

une saveur amère et âcre. - Éd.

[59] J'ai vainement cherché le nom de cet ecclésiastique.

Je ne désespère pas cependant de voir ce point, et quelques

autres qui échappent à ma sagacité, éclairés par une des

publications périodiques qui ont consacré leurs pages à

commenter ces volumes, et dont les recherches et les bonnes

intentions méritent ma gratitude particulière, comme ayant

découvert plusieurs personnes et plusieurs faits liés à mes

récits, et auxquels je n'avais même pas songé*.

*L'auteur cherche ici querelle à ceux qui ont voulu

donner la clef de ses personnages: nous prendrons notre part

du reproche pour nos notes et notre notice. - Éd.

[60] Carton qu'on admire encore à Hampton-court. - Éd.

[61] Par quel _mandat judiciaire, mandat d'arrêt?_ -

Éd.

[62] Un huissier. - Éd.

[63] C'est une locution toute particulière aux Highlands

que cet _elle_ qu'emploie Dougal en parlant de _lui_-même.

Le mot créature est _sous-entendu_, comme on dirait en style

de syntaxe. - Éd.

[64] M. _Châtiebien_, en estropiant le nom de Dougal. -

Éd.

[65] Quartier marchand de Londres dans la Cité, comme

est notre rue Saint-Denis. - Éd.

[66] Le même usage existe en Angleterre en certains cas.

- Tr.

[67] Un liard. - Tr.

[68] Il y a dans tout ce langage entrecoupé des

exclamations écossaises intraduisibles. _O hon-a-ri_ signifie

_hélas, mon chef! _- Éd.

[69] _Old Nick_, nom familier que les Anglais donnent

au diable: _le vieux Nick._

[70] Il est bon que le lecteur sache que ce titre ajouté si

volontiers par le bailli au nom de son père, n'est nullement le

titre d'une dignité ecclésiastique. Un _diacre_ à Glascow est

un chef de la corporation des métiers. La ville est administrée

par un _lord-prevôt_, trois _baillis-marchands_, deux

_baillis des métiers_, le _doyen des marchands (dean of the

guild), _le _diacre convocateur (deacon-convener)_ avec les

_conseillers_ (municipaux). - Éd.

[71] Pillard des Highlands. - Éd.

[72] Tolbooth, prison. - Éd.

[73] On appelle en Écosse Stentmasters les agents du fisc

chargés d'établir la quotité de l'impôt personnel, ou

capitation. - Éd.

[74] Proverbe écossais pour dire que le sang des proches

est un sang précieux. - Éd.

[75] La poche du philibeg, dans le costume des

Highlanders. - Éd.

[76] Le _theft-boot _est le recélage d'un vol; le

_blachmail_, l'impôt des catérans des Highlands; le

_spreagh_, une excursion de maraudeur; le _gill-ravaging_,

le vol des bestiaux, etc. - Éd.

[77] Highlander armé pour une incursion. - Éd.

[78] _Kernes_, soldats; ancien mot celte. - Éd.

[79] _Brochan_, bouillie de farine d'avoine. - Le bailli

désigne ironiquement les soldats de Macbeth (les

Highlanders) par leur costume de guerre; - les brogues sont

les brodequins des montagnards. - Éd.

[80] Dans un sens figuré, le brogue, chaussure des Celtes

irlandais et des Highlanders, désigne aussi leur accent

national. - Éd.

[81] Les bandes roulées autour de la jambe nue dans le

costume des Highlanders. - Éd.

[82] Nom que les montagnards donnent à leurs villages.

- Éd.

[83] Nous dirions en français: _Voilà ma main pour

gage._

[84] Les Highlanders étaient-ils ainsi appelés à cause des

bandes rouges dont nous parlions dans une des deux notes

précédentes, ou simplement à cause de leur nudité?

L'étymologie est douteuse: on dit aussi que _red-shanks_ est

un mot corrompu de _raugh shanks, _jambes rudes, jambes

fortes. Enfin d'autres appliquent l'épithète à leur chaussure

faite dans l'origine de peau non tannée. - Éd.

[85] Pendu, supplicié. - Éd.

[86] Nous dirions jusqu'au dernier liard. - Éd.

[87] Une des îles du Loch Lomond où les Mac-Gregors

avaient leur sépulture. - Éd.

[88] Sur la route de Glascow à Aberfoil. - Éd.

[89] Le jardin ou parc de l'université. - Éd.

[90] Proverbe écossais dont nous ignorons l'origine. -

Éd.

[91] _Dourlach, _mot gaélique qui signifie faisceau,

fagot; soit qu'ici par dourlach le bailli entende un bâton

comme arme, ou un fagot pour mettre le feu. - Éd.

[92] Domestiques. - Éd.

[93] Nous avons donné dans _Waverley_ l'étymologie de

ce mot, qui signifie l'impôt du déprédateur, etc. - Éd.

[94] D'Écossais montagnards. - Éd.

[95] _En confidence._

[96] 1689. Ce fut le dernier combat de Dundee. - Éd.

[97] Poche. - Éd.

[98] _Peat-bogs_, fondrières à tourbes. - Éd.

[99] La ménagère. - Éd.

[100] Le mari. - Éd.

[101] À deux sous. - Tr.

[102] Hameau entre Drymen et Aberfoil. - Éd.

[103] L'auteur s'accuse lui-même dans sa préface d'avoir

mis ce pont sur le Forth trente ans trop tôt.

_Pictoribus atque peetis_

_Hanc veniam plerumque damus petimusque vicissim._

[104] Le _Whiskey_, eau-de-vie de grain. - Éd.

[105] C'est-à-dire: Je ne sais pas l'anglais. - Éd.

[106] Un demi-_penny_ anglais, ou un sou de notre livre

tournois; du français _basse-pièce_ selon les étymologistes. -

Éd.

[107] Proverbe expliqué par la phrase précédente. - Éd.

[108] Gentilhomme. Les notes de _Waverley_ nous

dispensent d'expliquer ici plus longuement ce mot et quelques

autres de l'idiome des Highlands, avec lesquels le lecteur de

Walter Scott doit déjà être familier. - Éd.

[109] Dame censure, indulgente aux corbeaux,

Vexe à plaisir les pauvres tourtereaux. - Éd.

[110] Expression familière qui revient à notre mot de

rapière ou flamberge. - Éd.

[111] _Poker_, fer à tisonner. - Éd.

[112] Un _trot-cosey_ est une espèce de grand collet de

drap de laine; un _joseph_ est une redingote de voyage, et

quelquefois une _amazone_ pour les dames qui montent à

cheval. - Éd.

[113] Tradition populaire sur un lutin domestique de la

famille du joli Trilby de Charles Nodier, mais moins amoureux

que malicieux. - Éd.

[114] Les enfants de Diarmid ou le clan de Diarmid, fils

de Duina, était un titre du clan Campbell, qui faisait remonter

son origine à Diarmid, un des héros Fingaliens. - Éd.

[115] _Limphades:_ la galère que la famille d'Argyle et

les autres familles du clan Campbell portent dans leurs armes.

- Tr.

[116] Lochow et les cantons adjacents formaient l'ancien

patrimoine des Campbells. L'expression _far cry to Lochow_

était proverbiale: c'était une allusion à un combat qui eut lieu

entre le clan Gordon et le clan Campbell dans le comté

d'Aberdeen, où il était difficile que les Campbells appelassent

les leurs au secours. - Éd.

[117] On appelle ainsi en écossais (_maiden_) un

instrument qui a une grande ressemblance avec le couteau de

notre guillotine. - Éd.

[118] Nous avons déjà fait remarquer ce pronom féminin

substitué au pronom masculin dans la conversation écossaise.

- Éd.

[119] Nous avons vu que c'était d'un vieux soc que le

bailli s'était armé. - Tr.

[120] Ce sont des citations locales dont le sens est fort

clair, mais difficiles à commenter. - Éd.

[121] Une Tête-Ronde. - Éd.

[122] J'ignore comment les choses pouvaient être du

temps de M. Osbaldistone; mais je puis assurer au lecteur

que la curiosité pourrait amener sur le théâtre de ces

aventures romanesques, que le clachan d'Aberfoil offre

aujourd'hui une petite auberge très confortable. S'il est

antiquaire écossais, il apprendra avec d'autant plus de plaisir

qu'il s'y trouvera dans le voisinage du révérend docteur

Grahame, ministre de l'Évangile à Aberfoil, dont l'obligeance

aimable pour communiquer ses recherches sur les antiquités

nationales, n'est guère moins inépuisable que ses trésors en ce

genre*. _(Note de l'auteur.)_

* Qu'il soit permis à l'éditeur de joindre sa note à celle-ci,

pour payer aussi son tribut au révérend docteur Grahame,

auteur d'un excellent commentaire descriptif sur _la Dame du

Lac_. C'est sous ses auspices que nous avons herborisé sur les

bords élyséens du Loch-Ard. - Éd.

[123] _Induced to an unsophisticated state; réduit à

l'état le plus dénué d'ornement;_ car l'épithète un peu

affectée de cette phrase motive seule la parenthèse. - Éd.

[124] De peur que quelques-uns de nos lecteurs soient

moins familiers avec la Bible que les lecteurs écossais, nous

ajouterons qu'il est ici question du meurtre de Sisara par Jael,

qui lui enfonça un clou dans la tête pendant son sommeil. -

Éd.

[125] _Chieftainess_, la commandante, la femme-chef. -

Éd.

[126] Le _jaugeur_, le rat-de-cave. - Éd.

[127] _And the unit of that life for which he had pleade

so strongly, was for ever withdrawn from the sum of human

existence._ Le traducteur a compris parfaitement que le goût

français se révolterait contre la traduction littérale de cette

phrase figurée qui termine un passage si tragique d'ailleurs

par son éloquente simplicité. Mais la langue anglaise est plus

librement figurée que la nôtre, et le texte n'a point choqué ici

les critiques qui ont cité ce chapitre dans les _Revues

littéraires_. Voici la phrase traduite littéralement: -

« _L'unité_ de cette vie, qu'il avait demandée avec tant

d'instances, fut à jamais soustraite de la _somme_ de

l'existence humaine. » Cette phrase revient à celle que nos

auteurs emploient fréquemment dans le style le plus familier:

être _rayé_ du livre de vie, - ou du _nombre_ des humains.

L'habitude ôte à tous ces tropes leur étrangeté; la langue

latine a une foule de ces figures _romantiques_, qui passent

inaperçues, et que nos classiques traducteurs éludent à

merveille en prose comme en vers. - Éd.

[128] Ici le trope est entièrement dans le caractère et le

langage du bailli, véritable industriel de son époque. - Éd.

[129] Le duc, que l'auteur ne nomme pas, était le duc de

Montrose. - Éd.

[130] Le marquis de Montrose. - Éd.

[131] On comprend aisément les allusions jacobites de

cette phrase. - Éd.

[132] Aux quatre coins. - Éd.

[133] C'est à ce personnage de l'_Henry V_ de

Shakespeare que Diana emprunte sa citation. - Éd.

[134] The_ historica passio_ of poor Lear. Les mots

latins sont empruntés à Shakespeare. - Éd.

[135] Personnage de Shakespeare dans _la Soirée des

rois_. - Éd.

[136] _The Children of the Myst_, que nous retrouverons

dans la légende de Montrose. - Éd.

[137] On appelle _cairns_ ces monuments grossiers qui

s'offrent souvent aux regards du voyageur dans les montagnes

d'Écosse, et qui consistent en pierres amoncelées sous une

forme conique. On croit que ce sont des monuments funèbres

formées par les passants, qui, en signe de respect pour la

mort, ramassaient une pierre et l'ajoutaient aux autres. Un

proverbe gaélique dit: - Malheur à qui passe devant un cairn

sans y déposer la pierre du dernier salut. - Éd.

[138] Barde du clan de Mac-Leod, dont le chant a été

imité par sir Walter Scott dans les ballades. - Éd.

[139] Cette complainte est venue jusqu'à nous, ce qui

doit servir à donner une certaine authenticité à ces mémoires.

(_Note de l'éditeur écossais*._)

* Sir Walter Scott a aussi composé pour l'anthologie

écossaise le chant de guerre de Rob-Roy sur un air de

tradition dont les paroles étaient perdues. - Éd.

[140] Sonnez, cornemuses! - Éd.

[141] Le lecteur a déjà remarqué sans doute comme nous

qu'en plaçant ses héros dans la même contrée où sir Walter

Scott avait déjà placé la _Dame du Lac, _l'auteur de _Rob-

Roy _reproduit malgré lui dans sa prose la couleur du style et

quelquefois les pensées légèrement modifiées du poète. - Éd.

[142] L'auteur mystique du _Voyage du pèlerin_. - Éd.

[143] L'auteur oublie ici par distraction que Francis

Osbaldistone est censé ne s'adresser qu'à Tresham. - Éd.

[144] Nom donné aux Torys. - Tr.

[145] C'est l'idée des deux vers du Dante:

_Nessum maggior dolore che ricordarsi_

_Del tempo felice nella miseria._

INFERNO. - Éd.

[146] _True-bleue_, deux vrais ennemis des jacobites. -

Éd.

[147] _Othello_, acte V. - Éd.

[148] Le Giaour, parlant de son ennemi mort:

_Each feature of the sullen corse_

_Betray'd his rage, but no remorse._

"Chaque trait de ce sombre cadavre exprimait sa rage,

mais aucun remords."

Il est plusieurs autres passage de _Rob-Roy_ qui

semblent inspirés par l'énergique pensée de lord Byron. Voyez

la Notice. - Éd.

[149] Rob-Roy Mac-Gregor est un des héros dont le nom

est le plus souvent cité par le peuple d'Écosse. La tradition

conserve fidèlement les détails de la guerre de partisan qu'il fit

si longtemps et avec tant d'audace, au duc de Montrose.

Chaque habitant des environs du Loch-Lomond a sa petite

anecdote à vous raconter sur les exploits et les ruses de ce

redoutable proscrit. Nous nous contenterons d'indiquer au

lecteur les pages que le colonel Hewart lui a consacrées dans

son ouvrage un peu diffus sur les Highlanders, et

principalement sur les régiments réguliers d'Écosse.

Le Rob-Roy de Walter Scott est fidèle au portrait qu'en

ont laissé tous ceux qui l'avaient connu; mais on admire

surtout en Écosse cet ouvrage comme un second point de vue

du tableau des Highlands, si admirable dans _Waverley_. La

_Légende de Montrose_ achève de nous familiariser avec ces

contrées, également pittoresques sous le rapport du paysage

comme sous celui des moeurs et des coutumes locales.

Il y a aussi une opposition très heureuse entre le

caractère sauvage, mais poétique, de Rob-Roy, et

l'_industrialisme_ tout positif, mais singulièrement original,

de son prosaïque cousin le bailli Nicol Jarvie. Ce personnage

constamment comique, qui est tout d'invention, a reçu une

sorte d'existence réalisée par le talent d'un acteur

d'Edimbourg, nommé Mackray. On a vu plus d'une fois sir

Walter Scott, à couvert sous son incognito, rire aux larmes des

lazzis du FILS _de mon père le diacre_. - Éd.

Rob-Roy · 第 29 / 29 题