Les jours passèrent, monotones, prévus et réglés à l'avance, coupés
seulement par quelques visites des tantes, qui m'apportaient des
nonnettes de Tours, ou du chocolat.
Je me maintenais facilement à la première place de ma classe et
j'avais toujours Catherine en face de moi. J'étudiais assez bien,
mais capricieusement et seulement les choses qui m'intéressaient. Je
m'étais passionnée pour un petit livre de classe, cartonné en beurre
frais, intitulé: _Connaissances utiles_, qui contenait des éléments de
géologie, d'astronomie et de physique. Au lieu d'apprendre la leçon
donnée, je l'avais lu, tout de suite, d'un bout à l'autre, puis relu,
et bientôt su par cœur. J'en aurais voulu un gros et plus détaillé,
mais ce n'était pas le moment, me répondit-on, et je dus perdre mon
temps à ne pas apprendre le calcul et la géographie, que j'avais
spécialement en grippe.
Le jour de la sainte Catherine, il y avait fête au couvent. On m'amena
ma sœur, afin qu'elle passât la journée avec moi et restât jusqu'au
lendemain, pour profiter de ces réjouissances. Mais elle se trouva
complètement dépaysée et effarée, au milieu de tous ces voiles noirs,
de cette foule d'enfants criant et jacassant; elle ne me laissait pas
m'éloigner d'un pas et se cramponnait à moi avec une peur extrême
d'être abandonnée et de se perdre dans cette cohue.
On avait permis à Catherine, pour qui c'était doublement fête, de
revêtir ce jour-là son beau costume national, cramoisi et or, qui
la faisait si belle. Moins timide maintenant, elle le portait avec
plus de grâce, mais c'était en novembre, et elle grelottait un peu.
Les réjouissances consistaient surtout à faire tout ce que l'on
voulait, à se promener partout et à manger une quantité de gâteaux
invraisemblable. Il y en avait à profusion, à discrétion et on ne
mangeait rien autre de toute la journée.
Quelques indigestions monstres attristèrent les lendemains!