[Note 335: Hyacinthe a l'habitude de copier, presque malgré
moi, mes lettres et celles qu'on m'adresse, parce qu'il
prétend avoir remarqué que j'étais souvent attaqué par des
personnes qui m'avaient écrit des admirations sans fin et qui
s'étaient adressées à moi pour des demandes de service. Quand
cela arrive, il fouille dans des liasses à lui seul connues,
et, comparant l'article injurieux avec l'épître louangeuse,
il me dit: «Voyez-vous, monsieur, que j'ai bien fait!» Je ne
trouve pas cela du tout: je n'attache ni la moindre foi ni la
moindre importance à l'opinion des hommes; je les prends pour
ce qu'ils sont et je les estime pour ce qu'ils valent. Jamais
je ne leur opposerai pour mon compte ce qu'ils ont dit
publiquement de moi et ce qu'ils m'ont dit en secret; mais
cela divertit Hyacinthe. Je n'avais point de copie de mes
lettres à Madame Récamier; elle a eu la bonté de me les
prêter. (Note de Paris, 1836.) CH.]
«Lyon, mercredi 18 mai 1831.
«Me voilà trop loin de vous. Je n'ai jamais fait de voyage si triste:
temps admirable, nature toute parée, rossignol chantant, nuit étoilée;
et tout cela, pour qui? Il faudra bien que je retourne où vous êtes, à
moins que vous ne veniez à mon secours.[336]»
[Note 336: Cette lettre à Madame Récamier et celles qui vont
suivre sont exactement conformes aux originaux. «Les lettres,
dit Mme Lenormant, que M. de Chateaubriand, pendant son
séjour en Suisse, écrivit à Madame Récamier, ont été
imprimées dans les _Mémoires d'Outre-tombe_. Nous les avons
collationnées sur les originaux, et, cette fois, nous les
trouvons reproduites avec une fidélité scrupuleuse.»
_Souvenirs et Correspondance tirés des papiers de Madame
Récamier_, t. II, p. 396.]