«Rome, 17 février 1829.
«Monsieur le comte,
«J'ignore s'il plaira au roi d'envoyer un ambassadeur extraordinaire à
Rome ou s'il lui conviendra de m'accréditer auprès du Sacré Collège.
Dans ce dernier cas, j'aurai l'honneur de vous faire observer que
j'allouai à M. le duc de Laval, pour frais de service extraordinaire en
pareille circonstance, en 1823, une somme qui s'élevait, autant que je
m'en puis souvenir, de 40 à 50,000 francs. L'ambassadeur d'Autriche, M.
le comte d'Appony, reçut d'abord de sa cour une somme de 36,000 francs
pour les premiers besoins, un supplément de 7,200 francs par mois à son
traitement ordinaire pendant la durée du conclave, et pour frais de
cadeaux, chancellerie, etc., 10,000 francs. Je n'ai point, monsieur le
comte, la prétention de lutter de magnificence avec M. l'ambassadeur
d'Autriche, comme le fit M. le duc de Laval; je ne louerai ni chevaux,
ni voitures, ni livrées pour éblouir la populace de Rome; le roi de
France est un assez grand seigneur pour payer la pompe de ses
ambassadeurs, s'il en veut une: magnificence d'emprunt, c'est misère.
J'irai donc modestement au conclave avec mes gens et mes voitures
ordinaires. Reste seulement à savoir si Sa Majesté ne pensera pas que,
pendant la durée du conclave, je serai obligé à une représentation à
laquelle mon traitement ordinaire ne pourra suffire. Je ne demande rien,
je soumets simplement une question à votre jugement et à la décision
royale.
«J'ai l'honneur, etc.»
«Rome, ce 19 février 1829.
«Monsieur le comte,
«J'ai eu l'honneur d'être présenté hier au Sacré Collège et de prononcer
le petit discours[132] dont je vous ai d'avance envoyé copie dans ma
dépêche nº 17, partie mardi, 17 de ce mois, par un courrier
extraordinaire. J'ai été écouté avec des marques de satisfaction du
meilleur augure, et le cardinal doyen, le vénérable Della Somaglia, m'a
répondu dans les termes les plus affectueux pour le roi et pour la
France.
[Note 132: Voir le texte de ce discours à l'_Appendice_ nº
II: _Le Conclave de 1829_.]
«Vous ayant tout mandé dans ma dernière dépêche, je n'ai absolument rien
de nouveau à vous dire aujourd'hui, sinon que le cardinal Bussi[133] est
arrivé hier de Bénévent; on attend aujourd'hui les cardinaux Albani,
Macchi[134] et Oppizzoni.
[Note 133: Jean-Baptiste _Bussi_, créé cardinal par Léon XII
en 1824.]
[Note 134: Vincent _Macchi_, né à Capo di Monte en 1770, mort
à Rome en 1860.--Cardinal depuis le 2 octobre 1826. Avant
d'être cardinal, Mgr Macchi avait été nonce en Suisse, puis à
Paris (1819). Il portait alors le titre d'archevêque de
Nisibe.]
«Les membres du Sacré Collège s'enfermeront au palais Quirinal lundi
soir, 23 de ce mois. Dix jours s'écouleront ensuite pour attendre les
cardinaux étrangers, après quoi les opérations sérieuses du conclave
commenceront, et, si l'on s'entendait tout d'abord, le pape pourrait
être élu dans la première semaine de carême.
«J'attends, monsieur le comte, les ordres du roi. Je suppose que vous
m'avez expédié un courrier après l'arrivée de M. de Montebello à Paris.
Il est urgent que je reçoive ou l'annonce d'un ambassadeur
extraordinaire, ou mes nouvelles lettres de créance avec les
instructions du gouvernement.
«Mes cinq cardinaux français viendront-ils? Politiquement parlant, leur
présence est ici fort peu nécessaire. J'ai écrit à monseigneur le
cardinal de Latil pour lui offrir mes services dans le cas où il se
déterminerait à venir.
«J'ai l'honneur, etc.
«_P. S._ Je joins ici la copie d'une lettre que m'a écrite M. le comte
de Funchal. Je n'ai point répondu par écrit à cet ambassadeur, je suis
seulement allé causer avec lui.»