Paris, 26 août 1869.
Mon cher Panizzi,
Je suis allé déjeuner dimanche à Saint-Cloud, où j'ai présenté vos
hommages. Le maître de la maison était encore souffrant. Serait-ce une
excommunication de notre saint-père le pape?
Hier, nous avons eu un bon rapport de M. Devienne sur le
sénatus-consulte. Je pense que la chose passera sans les additions que
les importants du Sénat voudraient y souder. C'est déjà bien assez comme
cela.
Le prince impérial a eu beaucoup de succès au camp de Châlons. Il avait
tant d'aplomb et tenait son rang si bien, qu'on croyait voir le père
rajeuni. Bachon, son écuyer, que vous connaissez, me dit qu'il n'y a pas
un prince f... pour passer une revue comme lui, sur un grand cheval qui
piaffe de côté, du pas le plus égal tout le long d'une ligne
d'infanterie, sans que la musique ou les éclairs des reflets du soleil
sur les fusils lui fassent perdre la piste.
J'ai rencontré hier Monnier, qui m'a demandé de vos nouvelles. Il est
assez surpris que le monde n'ait pas été plus mal depuis qu'il a quitté
son élève, «auquel il porte encore, m'a-t-il dit, le plus vif intérêt».
Parmi les personnes qui se sont informées auprès de moi de vos faits et
gestes est la princesse Mathilde, que j'ai vue hier. Elle m'a dit
qu'elle avait cinquante ans, et elle ne les paraît nullement.
Ma pauvre cousine devient de plus en plus insupportable. Aujourd'hui,
elle a mis à la porte sa trentième femme de chambre depuis un mois, et
j'ai rencontré sur l'escalier un serrurier qui portait les engins les
plus extraordinaires pour la barricader. J'ai peur d'apprendre, un de
ces jours, qu'elle est morte de faim et qu'on n'a pu parvenir jusqu'à
elle qu'avec une compagnie du génie.
Adieu, mon cher sir Anthony. Présentez mes hommages aux dames qui
voudront bien se souvenir de moi.