Fontainebleau, 2 août 1868.
Mon cher Panizzi,
Je suis trop discret pour vous demander des explications au sujet de
cette veuve, aussi secourable que celle de Jéricho, qui vous a procuré
un lit ou la moitié du sien. Je ne vois pas ce qu'il y a de si
redoutable dans la perspective d'un mois à Wiesbaden, en compagnie de
cette _vedova innominata_ et d'autres personnes de bonnes vies et mœurs,
sous la protection de Sa Majesté le roi de Prusse, avec de l'eau de
seltz naturelle tant que vous en voulez. Il se peut que vous vous
trouviez très bien de ce séjour et je suis sûr que le changement d'air
seul vous sera avantageux.
Quel singulier voyage que celui de la reine d'Angleterre. Il semble que
d'abord elle voulut passer par Paris absolument incognito, et ce n'est
qu'après les représentations qui lui ont été faites, qu'elle a consenti
à s'arrêter une heure ou deux. On dit qu'elle va s'établir à Lucerne,
qu'elle se propose de n'y voir personne, de ne sortir guère, et que
cette vie durera un mois. Je plains lord Stanley, qui est l'éditeur
responsable.
Il n'y a rien de plus dégoûtant que le débordement de petits journaux,
que la nouvelle loi sur la presse a créés. Ce qu'il y a de plus triste,
c'est qu'ils sont entièrement dépourvus d'esprit. Je crois qu'on n'a
jamais été plus bête ni plus grossier. Nous marchons rapidement aux
mœurs américaines.
Il y a eu un peu de tapage à Nîmes à l'occasion d'une réunion
électorale. Ce qu'il y a de singulier, c'est que la nouvelle loi,
publiée il y a trois semaines, et que tout le monde devrait avoir lue,
paraît avoir été complètement ignorée par les tapageurs. On les a mis à
la porte très rapidement; mais c'est, à mon avis, un mauvais
commencement.
Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et guérissez-vous.