Paris, 18 juillet 1868.
Mon cher Panizzi,
Vous vous trompez beaucoup si vous croyez réellement que je suis parti
de Londres sans nécessité. Je vous assure que ce n'a pas été sans de
grands regrets. Mais je m'étais engagé auprès de mon président à revenir
et il fallait tenir ma parole, d'autant plus que la chaleur, la moisson
à faire et la fatigue nous ont si bien réduits, qu'il est douteux qu'on
ait pour le budget le _quorum_ nécessaire. Comme j'avais longuement usé
de mon congé cet hiver, j'étais obligé à plus d'exactitude qu'un autre.
Je vais mercredi passer quelques jours à Fontainebleau, où on me fait
demander. On m'annonce liberté complète. Il paraît qu'il n'y a personne
ou presque personne. Je suis assez bien de santé, et la grande chaleur
que nous avons, et qui rend tout le monde malade, me convient assez.
J'ai consulté l'autre jour pour vous mon médecin Robin qui est un
affreux positiviste, excommunié, comme vous savez, par monseigneur de
Bonnechose. Il dit que vous devriez essayer de l'électricité, et il m'en
a conté des merveilles. Il paraît qu'on a maintenant des appareils très
perfectionnés, qui vous envoient des décharges et des courants juste au
muscle qu'il faut exciter. Il dit qu'on doit avoir de ces appareils-là à
Londres. Il y en a à Paris. Il croit que les bains turcs sont bons, mais
qu'il faudrait y ajouter l'électricité. Consultez là-dessus votre
docteur.
Votre correspondance italienne vous donne-t-elle par hasard des
nouvelles de la duchesse Colonna? Elle a disparu, et je voudrais bien
savoir où elle est. J'ai perdu sa trace à Rome.
Je suis très inquiet de ce qui se passe en Espagne. Que le duc de
Montpensier soit devenu un prétendant, cela me confond. Je l'ai connu
généralement détesté, d'abord en qualité de Français; puis pour avoir
perdu sa femme en 1848; enfin pour regarder de trop près à ses bœufs et
à ses moutons en Andalousie, où il a de grands biens. Mais la reine est
tellement détestée qu'on lui préférerait le diable, je crois.
Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et essayez de l'électricité.
Essayez, c'est là le grand point. Il ne faut jamais se résigner quand on
n'a pas plus que vous des prétentions aux vertus chrétiennes.