CXLIII

Paris, 11 juin 1868.

Mon cher Panizzi,

L'empereur a été un peu souffrant de rhumatismes, pour être allé à

Rouen. Cet animal de cardinal de Bonnechose lui a fait un discours sur

la porte de son église, d'où venait un vent glacial, tandis qu'il avait

le soleil sur la tête. A présent, l'empereur est tout à fait bien. Je

voudrais que son indisposition le guérît de l'envie de s'approcher des

cardinaux. L'impératrice et le prince impérial vont parfaitement bien.

On dit qu'elle a des projets de voyage, ce qui ne me plaît pas trop,

mais il ne s'agit pas de celui de Rome.

Malgré toutes les prédictions et les inventions des nouvellistes je

crois que nous finirons l'année sans guerre, et même sans tapage, à

moins qu'il n'y en ait en Espagne, où, depuis la mort de Narvaez, la

chose est très probable; mais je ne pense pas qu'il y ait un contre-coup

dans le reste de l'Europe. M. de Bismark est éreinté, et c'est encore

une garantie de tranquillité pour le pauvre monde. Vous connaissez le

proverbe: «Quand les chats sont endormis, c'est la fête des souris.» Il

s'en faut beaucoup, d'ailleurs, qu'il ait les mauvaises dispositions

qu'on lui prête, et enfin il a d'assez grandes occupations chez lui.

J'espère que la reine enverra au British Museum la défroque de Théodoros

et que j'en aurai l'étrenne. Je ne trouve pas que ce pauvre diable eût

tout à fait tort de mettre les missionnaires au violon.

Adieu, mon cher Panizzi. Tenez-vous dans votre chambre, lorsque le vent

soufflera de l'est.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 145 / 206 题