CXXXIX

Cannes, 19 mars 1868.

Mon cher Panizzi,

Vous avez accepté dans le moment où vous le deviez. L'important, c'est

que vous n'usiez de votre chaise curule que de la façon dont j'use de la

mienne, lorsque votre santé vous le permettra. M. d'Azeglio m'avait déjà

annoncé votre nomination, et elle a été publiée dans un journal

français. Je suis sûr qu'elle sera approuvée par tout le monde, de

l'autre côté de la Manche comme de celui-ci.

Je ne sais si vous suivez les débats de nos Chambres. Le gouvernement

donne des verges pour se faire fouetter à des gens qui les prennent

avidement, de la plus mauvaise grâce du monde et sans dire merci.

Sauf un petit mouvement républicano-légitimiste à Toulouse, la loi sur

le recrutement de l'armée a été très bien reçue, et dans ce pays-ci avec

une sorte d'enthousiasme. Il paraît qu'il en est de même partout et que

la bosse belliqueuse des Gaulois n'est pas renfoncée; mais il n'est pas

question de guerre encore, et j'espère même qu'il n'en sera plus

question, _me vivo_. Les affaires européennes sont beaucoup moins

brouillées qu'on ne le craignait, et la Russie même paraît rentrer ses

cornes pour quelque temps. C'est que chacun a fort à faire chez soi.

On m'a conté aujourd'hui une assez bonne histoire de mistress Norton et

de lord Suffolk. Elle voulait lui faire acheter je ne sais quoi, dans

une vente de charité. Il s'excusait, disant que cela coûtait trop cher.

_Don't you know I am the prodigal son.--No, I thought you were the fat

calf._

Adieu, mon cher Panizzi; soignez-vous et passez votre temps le plus

innocemment que vous pourrez.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 141 / 206 题