CXXXV

Paris, 25 octobre 1867.

Mon cher Panizzi,

Je suis allé lundi dernier à Saint-Cloud pour faire ma cour. J'ai trouvé

l'empereur engraissé et très bien portant. Le prince impérial est très

hâlé; mais il court à présent comme s'il n'avait jamais été malade.

L'empereur et l'impératrice m'ont parlé de M. Fould avec beaucoup de

sensibilité et comme s'ils sentaient bien la perte qu'ils ont faite.

Mais on s'aperçoit toujours trop tard de l'utilité de certaines

personnes.

L'empereur d'Autriche a été fort bien reçu; on dit qu'il commence à

apprécier M. de Beust. Sa lettre à la municipalité de Vienne et sa

réponse aux évêques sont bonnes.

Les affaires d'Italie causent ici beaucoup d'_excitement_. On les croit

finies; j'en doute. C'est un cas dont on dirait en Corse: _Si vuol la

scaglia._ La scaglia, vous l'ignorez peut-être, est l'antique pierre à

fusil des temps héroïques. Il est déplorable que deux vieux imbéciles,

aussi têtus l'un que l'autre, menacent la paix du monde. Je n'y vois

qu'un remède, c'est de les enfermer ensemble dans une île déserte et de

les y laisser jusqu'à ce que l'un ait converti l'autre. On accuse

Ratazzi de trahison. Je crois qu'il n'a été que faible et impuissant.

Mais comment se fait-il que dans un pays où l'on n'a pas l'habitude de

se payer de mots comme en France, les phrases de Garibaldi et de Mazzini

produisent tant d'effet. _Words, words, words!_ comme dit Hamlet.

Adieu, mon cher Panizzi; je suis assez souffrant depuis quelques jours,

bien que le temps soit assez beau et pas froid.

Lettres à M. Panizzi, tome II · 第 137 / 206 题