Paris, 30 juin 1867.
Mon cher Panizzi,
Voici un récit qui vous plaira peut-être. M. le préfet de la Seine a
invité le roi des Belges à dîner avec le conseil municipal. Il a pris
sans façon le bras de la reine, et, se tournant vers le roi: «Roi des
Belges, donnez le bras à madame Haussmann.»
Je suis mieux de santé, mais non pas assez bien cependant pour
entreprendre le voyage de Londres, et, quoique nous soyons très amis, je
ne voudrais pas vous donner l'embarras de ma carcasse, si je venais à la
laisser dans Bloomsbury square; d'ailleurs, on m'a violemment pressé
d'aller à Biarritz. Je m'en suis défendu et m'en défendrai tant que je
pourrai; mais vous comprendrez qu'il serait assez mal à moi de refuser,
et d'aller autre part. Si dans cette affaire je n'avais qu'à suivre mon
goût à moi, je partirais dès demain sans voir même le sultan; mais il
faut faire son métier de courtisan.
Madame de Montijo est à Paris depuis trois ou quatre jours. Elle est
logée avenue Montaigne; la duchesse de Mouchy et je ne sais qui encore
occupant les maisons de sa fille. Elle va très bien et il me semble
qu'il y a un peu d'amélioration à ses yeux.
Adieu, mon cher Panizzi; portez-vous bien et tenez-vous en joie jusqu'à
l'automne.