Paris, 11 juillet 1866.
Mon cher Panizzi,
Je ne pourrais partir qu'après le sénatus-consulte, selon toute
apparence, après la fin de la semaine prochaine. Notre sénatus-consulte
sera voté probablement en même temps que vous fermerez boutique. Mais à
ce voyage d'Italie je vois plus d'une difficulté grave. La guerre n'est
pas finie et rien n'indique qu'elle finisse de sitôt. Sans doute, il est
très beau d'être pris pour médiateur; mais, quand on a affaire à des
gens passionnés ou furieux, on ne fait guère de besogne, et il est
plutôt à craindre qu'on ne soit entraîné dans la querelle, au lieu de
l'apaiser.
Hier est arrivé ici l'envoyé de la Prusse, le petit prince de Reuss,
avec des propositions qu'on qualifie d'extravagantes. De l'autre côté,
en Italie, on répond à nos propositions en demandant Rome, et en faisant
passer le Pô à Cialdini. Il aurait été possible, je crois, d'agir plus
poliment. Il y a ici un Piémontais, grand ami du roi, qui me dit que
Victor-Emmanuel n'a que le choix entre deux partis, à se laisser
entraîner par la révolution, ou bien abdiquer. Tout cela ne promet pas
un été ni un automne très tranquilles, et je crains que nous ne soyons
obligés bientôt de nous mêler d'un duel dont nous avons accepté d'être
les témoins. On dit que le prince Napoléon est envoyé en Italie. Des
trente-cinq millions de Français, il est le seul à qui j'eusse donné
l'exclusion. Lorsqu'on fait de pareils choix, on s'expose à bien des
embarras.
Ma conclusion est celle-ci: c'est qu'il est absolument impossible, quant
à présent, de prendre un parti. Aller en ce moment en Italie, c'est
s'exposer à périr de chaleur et se jeter dans tous les ennuis d'un temps
de guerre et de révolution. Cette dernière objection, au reste, est
peut-être plus à mon usage qu'au vôtre et ne doit influer en rien sur
vos projets et sur vos décisions. Je suppose que, dans quatre ou cinq
jours, on verra l'avenir un peu moins embarrassé qu'en ce moment. Comme
nous ne pouvons agir ni l'un ni l'autre, le mieux est d'attendre.
Adieu, mon cher Panizzi; je regrette de ne pas être présent au moment
solennel où vous remettrez les clefs du British Museum et prendrez congé
du gorille.