Paris, 10 juin 1866.
Mon cher Panizzi,
On attend toujours le premier coup de canon; mais ces Allemands n'en
finissent point. Je trouve que le plus grand danger est que le roi de
Prusse n'entre dans une autre forme de folie, ou qu'il ne meure
d'apoplexie, ou que Bismark ne meure. Dans n'importe lequel de ces trois
cas, les Prussiens et les Autrichiens s'embrassent comme frères, et vous
aurez à endurer seuls le poids de la guerre. On dit que la landwehr
montre un si mauvais esprit, qu'il est douteux qu'elle veuille se
battre. Quant à nous, nous n'en montrons guère plus d'envie; mais il
n'est pas impossible que _plus tard_ nous ne changions d'idée. Ma
conviction est toujours la même; que l'empereur ne permettra jamais à
l'Autriche de reprendre le Milanais. Je crois encore qu'il n'aime pas
trop la façon dont vous faites la guerre, c'est-à-dire avec des
volontaires en blouse rouge commandés par Garibaldi, qui feront beaucoup
de politique et ne se battront pas comme des troupes de ligne. Garibaldi
écrit à ses amis de Nice qu'il reviendra de Venise pour les réannexer à
l'Italie. En un mot, le mouvement italien a beau être très national, il
a quelque chose de peu rassurant pour ses voisins et particulièrement
pour nous. C'est ce qui vous expliquera le peu de sympathie qu'on a ici
pour les belligérants, quels qu'ils soient.
Adieu, mon cher Panizzi; croyez que, n'importe où, je serai bien content
de passer, cette année, quelques semaines avec vous.