Paris, 22 novembre 1865.
Mon cher Panizzi,
J'ai trouvé à Compiègne Leurs Majestés en très bonne santé, ainsi que le
prince impérial. On a passé le temps assez gravement sans charades ni
facétie semblable. Il n'y a eu qu'une lanterne chinoise dont M.
Leverrier, l'astronome, était le montreur. Il nous a fait voir des
photographies de la lune et des planètes comme on montre à la foire les
sept merveilles du monde. L'ambassadeur turc, qui, probablement,
s'attendait à voir Caragueuz ou quelque spectacle aussi anacréontique, a
presque protesté, et a déclaré qu'il ne croyait pas un mot de tout ce
qu'on venait de lui dire du soleil.
Ici, les militaires crient beaucoup contre la réduction de l'armée; mais
la mesure est approuvée par la masse du public. Je vois par les journaux
anglais qu'elle est très bien reçue de votre côté du détroit. M. Fould
semble au mieux avec l'empereur, et, pour le moment, on ne pense qu'à
réduire le budget. Si on peut se débarrasser de l'affaire du Mexique,
tout ira comme sur des roulettes.
On dit que la situation de la Jamaïque est grave, et que celle de
l'Irlande ne s'améliore pas. Le fénianisme ressemble fort à notre
Marianne, moins dangereux, je crois, à cause du bon sens d'outre-Manche,
qui sait mettre de côté la sensiblerie lorsqu'il s'agit de répression.
Jamais nous ne saurions pendre comme on pend à la Jamaïque en ce moment.
On vient me chercher et je n'ai que le temps de vous dire adieu.
Dimanche soir, je serai à Cannes.