J'étais trop saisi pour lui répondre. Je le conduisis dans la laiterie.
Il se jeta à genoux sur la tombe; j'en fis autant, et comme j'essayais
de lui raconter avec détail ce qui s'était passé, il vit, à mon émotion,
que cette tentative était au-dessus de mes forces.
--Plus tard, mon enfant, me dit-il. Ne nous exposons pas à un nouveau
malheur. Le temps nous presse; le retour ne sera pas facile.
Les hommes qui l'accompagnaient étaient entrés. C'étaient mes deux
oncles, et Pierre, notre valet.
Tous m'embrassèrent. Ils virent mes préparatifs, qui furent approuvés.
On décida de partir sur-le-champ. Mes libérateurs avaient placé sous
leurs pieds des planchettes armées de petites pointes. Ils en avaient
apporté deux paires de surplus. Hélas! il y en avait une d'inutile. Je
me chaussai de l'autre.
Pierre fut chargé du traîneau. Les loups pouvaient venir, s'il leur
plaisait: nous étions tous armés. Mon père me prit par la main, et me
mit sur l'épaule un léger fusil.
--Ce n'est pas le moment, dit-il, d'emporter la dépouille mortelle de
mon père. Nous reviendrons la chercher, aussitôt que la saison le
permettra, pour lui rendre convenablement au village les derniers
honneurs.
--Vous devinez, ai-je dit, la volonté de mon grand-père.
Alors nous sommes rentrés un moment dans la laiterie; mes oncles étaient
avec nous. Après quelques instants de silence:
--Adieu! s'est écrié mon père tout éploré. Je fais ce que vous m'auriez
ordonné sans doute, en éloignant d'ici le plus tôt possible cet enfant,
qui ne vous a pas causé moins d'alarmes qu'à nous. Adieu, mon père!
Nous partîmes les larmes aux yeux. La descente fut rapide, mais
fatigante. Je fus surtout ébloui de la lumière du soleil et de l'éclat
de la neige. Le froid était rigoureux, et je ne m'en plaignais pas:
c'était ce qui m'avait sauvé. Blanchette devait la vie à ce vent glacé
qui la faisait grelotter sur son traîneau.
Après avoir cheminé sur la neige, sans autre accident que d'enfoncer un
peu de temps en temps, nous arrivâmes à l'endroit, fort éloigné du
village, jusqu'où l'on avait ouvert le chemin, pour essayer de venir à
nous. Je fus frappé de voir l'immense travail qu'il avait dû coûter, et
je compris que, sans la gelée, je n'aurais pu être délivré de bien
longtemps.
--Vous l'auriez été dès le mois de décembre, si le froid s'était
soutenu, m'a dit mon père; mais la neige s'est amollie, et il a fallu
renoncer à ce travail. Apprends, mon cher Louis, que nos voisins n'ont
manqué ni de charité ni de zèle; mais, de mémoire d'homme, il n'était
tombé autant de neige. Quatre fois on a ouvert la route, et quatre fois
elle a été fermée comme auparavant.
--Était-elle fermée dès le premier jour? ai-je dit ensuite.
Alors mon père m'apprit une circonstance bien malheureuse: il avait
manqué de périr au milieu d'un éboulement de neige, en descendant de la
montagne; on l'avait relevé mourant au bord d'un ravin, et, à quelques
pas, on avait retrouvé le bâton de mon grand-père et ma bouteille.
On emporta mon père sans connaissance, et il fut trois jours dans ce
fâcheux état. On avait perdu ce temps à nous chercher dans la neige au
fond du ravin. Quand mon père fut revenu à lui, il était trop tard pour
faire en notre faveur une tentative, qui eût été déjà fort dangereuse,
sinon impossible, dès le premier jour.
Je ne parlerai pas des tourments de mon père ni de ses efforts pour nous
sauver; on avait encore plus souffert au village qu'au chalet. Tous nos
voisins, accourus à ma rencontre, m'ont témoigné leur affection, et je
rougissais d'en avoir douté.
Chacun veut voir Blanchette; on lui fait mille caresses à cause de moi.
On lui réserve le meilleur foin, la meilleure litière: elle sera la plus
fêtée et la plus heureuse des chèvres.
Dieu m'a sauvé la vie, et je le bénis; il n'a pas permis que mon
grand-père pût revoir sa famille: cet ami, que je pleure, m'a enseigné à
ne jamais murmurer contre les décrets de la Providence. Mais elle
n'exige de moi que la résignation, et n'est pas offensée de mes regrets.
Mon Dieu, si je vous aime, je le dois à celui dont vous m'avez séparé:
faites que je vous sois fidèle comme lui, afin de le rejoindre un jour
dans le ciel.
FIN.
A NEW SERIES
OF
STANDARD
EDUCATIONAL WORKS,
PRINCIPALLY FOR THE STUDY OF
FOREIGN LANGUAGES,
ALSO INCLUDING THE PUBLICATIONS OF
S. R. URBINO, AND DE VRIES, IBARRA & CO.,
BOSTON.
The object of this series is to furnish the American Student with cheap,
neat and correct editions of the latest and most approved TEXT BOOKS and
MODERN CLASSICAL WORKS, from the most elementary to the most advanced,
for the study of Foreign Languages.
FRENCH.
OTTO'S FRENCH CONVERSATION GRAMMAR. A new and practical method of
learning the French Language. By Rev. Dr. EMIL OTTO. Thoroughly
revised by F. F. BOCHER, Instructor in French at Harvard College.
12mo., cloth. Price $1.75.
KEY TO OTTO'S FRENCH GRAMMAR. 12mo. Price, 65 cents.
L'INSTRUCTEUR DE L'ENFANCE. (A first Book for Children.) By L.
BONCOEUR. 12mo., cloth. Price 90 cents.
ELEMENTARY FRENCH READER; OR, LESSONS AND EXERCISES IN FRENCH
PRONUNCIATION, for the use of American Schools. By MAD. M. GIBERT.
12mo., boards. Price, 40 cents.
THE PRACTICAL FRENCH INSTRUCTOR. Complete course. By Prof. P. W.
GENGEMBRE. Fourteenth edition, improved and enlarged. 8vo. Half
morocco. Price, $1.25.
FRENCH READING CHARTS. Six wall maps, in royal folio size, to
facilitate the teaching of French Pronunciation, Reading, Spelling
and Translation, in large classes. Arranged by Prof. P. W.
GENGEMBRE. Mounted, varnished, and secured by rollers. Price,
$10.00 the set.
THE PRACTICAL FRENCH READER. By Prof. P. W. GENGEMBRE. Second
Edition. 8vo., half bound. Price, $1.25.
LUCIE; FAMILIAR CONVERSATIONS in French and English, for Children.
12mo., cloth. Price, 90 cents.
NEW GUIDE TO MODERN CONVERSATION, in French and English, or
Dialogues on ordinary and familiar subjects. By BELLENGER. New
edition, revised, corrected and augmented by dialogues on
travelling, railways, steam vessels, etc. By C. and H. WITCOMB.
16mo., cloth. Price, 75 cents.
SADLER'S _COURS DE VERSIONS_; or, Exercises for Translating English
into French. First American from the fifteenth Paris Edition.
Annotated and revised by Prof. C. F. GILLETTE. 16mo. Price, $1.25.
NUGENT'S IMPROVED FRENCH AND ENGLISH AND ENGLISH AND FRENCH POCKET
DICTIONARY, containing the French and English pronunciation,
Coins, Weights and Measures, list of proper names, and Elements of
French Grammar, etc., etc. By SMITH. 1 vol., 32mo., cloth. Price,
$1.50.
* * * * *
LA MÈRE L'OIE. Poésies, Chansons et Rondes Enfantines. Avec
Illustrations. 8vo. Price, $1.00.
ÆSOP'S FABLES IN FRENCH; with a description of fifty Animals,
mentioned therein, and a French and English Dictionary of all the
words contained in the Work. New revised Edition. 18mo., cloth.
Price, 75 cents.
HISTOIRE DE LA MÈRE MICHEL ET DE SON CHAT. Par EMILE DE LA
BEDOLLIERRE. With a French and English Vocabulary. By Madame C. R.
CORSON. 16mo., cloth. Price, 75 cents.
LE PETIT ROBINSON DE PARIS. Par MADAME EUGENIE FOA. 12mo., cloth.
Price, 90 cents.
TROIS MOIS SOUS LA NEIGE. Journal d'un Jeune Habitant du Jura. Par
JACQUES PORCHAT. 16mo., Cloth. Price, 75 cents. Ouvrage couronné
par l'Académie Française.
CONTES BIOGRAPHIQUES. Par Madame EUGENIE FOA. 12mo. cloth. Price,
$1.25.
L'HISTOIRE DE FRANCE. Racontée à la Jeunesse. Par M. LAME FLEURY.
16mo., cloth. Price, $1.50.
GOUTTES DE ROSÉE. Petit Trésor poétique des JEUNES PERSONNES. 18mo.,
cloth. Price, 75 cents.
ROSA. Par Madame E. DE PRESSENSÉ. 12 mo., cloth. Price, $1.25.
AU COIN DU FEU. Par EMILE SOUVESTRE. 12mo., cloth. Price, $1.00.
UN PHILOSOPHE SOUS LES TOITS. Par EMILE SOUVESTRE. 12 mo., cloth.
Price, $1.00. Ouvrage couronné par l'Académie Française.
End of Project Gutenberg's Trois mois sous la neige, by Jacques Porchat