Écoutez la mer

La mer gémir au loin et crier toute seule

Ma voix fidèle comme l'ombre

Veut être enfin l'ombre de la vie

Veut être ô mer vivante infidèle comme toi

La mer qui a trahi des matelots sans nombre

Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés

Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre

Que jettent des oiseaux les ailes éployées

La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble

Avance et soutiens-moi je regrette les mains

De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble

Quelle oasis de bras m'accueillera demain

Connais-tu cette joie de voir des choses neuves

Ô voix je parle le langage de la mer

Et dans le port la nuit les dernières tavernes

Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne

La rue où nagent mes deux mains

Aux-doigts subtils fouillant la ville

S'en va mais qui sait si demain

La rue devenait immobile

Qui sait ou serait mon chemin

Songe que les chemins de fer

Seront démodés et abandonnés dans peu de temps

Regarde

La Victoire avant tout sera

De bien voir au loin

De tout voir

De près

Et que tout ait un nom nouveau

Calligrammes: Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) · 第 125 / 155 题