Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets

Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel

Qu'il garde son hoquet

On imagine difficilement

À quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles

À l'institut des jeunes aveugles on a demandé

_N'avez-vous point de jeune aveugle ailé_

Ô bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau

langage

Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire

Et ces vieilles langues sont tellement près de mourir

Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace

Qu'on les fait encore servir à la poésie

Mais elles sont comme des malades sans volonté

Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme

La mimique suffit bien au cinéma

Mais entêtons-nous à parler

Remuons la langue

Lançons des postillons

On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de

nouveaux sons

On veut des consonnes sans voyelles

Des consonnes qui pèsent sourdement

Imitez le son de la toupie

Laisser pétiller un son nasal et continu

Faites claquer votre langue

Servez-vous du bruit sourd de celui qui mange sans

civilité

Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une belle

consonne

Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours

claironnants

Habituez-vous à roter à volonté

Et quelle lettre grave comme un son de cloche

À travers nos mémoires

Nous n'aimons pas assez la joie

De voir les belles choses neuves

Ô mon amie hâte-toi

Crains qu'un jour un train ne t'émeuve

Plus

Regarde-le plus vite pour toi

Ces chemins de fer qui circulent

Sortiront bientôt de la vie

Ils seront beaux et ridicules

Deux lampes brûlent devant moi

Comme deux femmes qui rient

Je courbe tristement la tête

Devant l'ardente moquerie

Ce rire se répand

Partout

Parlez avec les mains faites claquer vos doigts

Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour

Ô paroles

Elles suivent dans la myrtaie

L'Eros et l'Antéros en larmes

Je suis le ciel de la cité

Calligrammes: Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) · 第 124 / 155 题