Les bras les bras partout montaient la garde

Le second saltimbanque

N'était vêtu que de son ombre

Je le regardai longtemps

Son visage m'échappe entièrement

C'est un homme sans tête

Un autre enfin avait l'air d'un voyou

D'un apache bon et crapule à la fois

Avec son pantalon bouffant et les accroche-chaussettes

N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa

toilette

La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le

public

Qui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs

cinquante

Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme

prix des tours

Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus

rien

On se décida à commencer la séance

De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque

habillé de rose pulmonaire

Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles

Il poussait des cris brefs

Et saluait en écartant gentiment les avant-bras

Mains ouvertes

Une jambe en arrière prête à la génuflexion

Il salua ainsi aux quatre points cardinaux

Et quand il marcha sur une boule

Son corps mince devint une musique si délicate que nul

parmi les spectateurs n'y fut insensible

Un petit esprit sans aucune humanité

Pensa chacun

Et cette musique des formes

Détruisit celle de l'orgue mécanique

Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres

Le petit saltimbanque fit la roue

Avec tant d'harmonie

Que l'orgue cessa de jouer

Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains

Aux doigts semblables aux descendants de son destin

Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe

Nouveaux cris de Peau-Rouge

Musique angélique des arbres

Disparition de l'enfant

Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout

de bras

Ils jonglèrent avec les poids

Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant

miraculeux

Siècle ô siècle des nuages

[Illustration: Cœur, couronne et miroir.]

Calligrammes: Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) · 第 31 / 155 题