XXV.

_Coment la contesse de Haynau pourchaça tant envers le roy de France et

envers le roy d'Angleterre que parlement fu fait entre eux et division

de pais et délibération de trieves._

Puis, vous dirai de la contesse de Haynau[497] qui tant pourchaça

devers le roy de France, son frère, et vers le roy d'Angleterre qui

avoit sa fille espousée, avecques le roy de Behaigne, que un jour de

parlement fu pris entre les deux roys. Mais Jaques de Artevelt vint

devant le roy d'Angleterre et devant les barons de l'ost, et leur dist:

«Seigneurs, prenez garde quelle paix vous faites, car se nous n'i

sommes comprins et tous nos articles pardonnes, jà ne nous départirons

de ci né ne vous quitterons du serement que vous avez devers nous.»

Dont dit la contesse de Haynau: «Ha! sire Dieu en ait pitié, quant pour

le dit d'un vilain tout le noble sanc de la crestienté sera espandu.»

Tant fu la chose esmeue, que Jaques de Artevelt s'acorda au traitié

ainsi comme vous orrez.

[Note 497: _La contesse d'Haynau_. Jehanne de Valois, douairière de

Hainaut.]

Les barons qui tindrent le parlement de par le roy de France furent le

roy de Behaigne, le conte d'Armignac, le conte de Savoie, messire Loys

de Savoie, et le seigneur de Noyers.

Et de par le roy anglois y furent Messire Guillaume de Clitonne,

l'évesque de Nichole, messire Gieffroy Scorp, messire Jehan de Haynau,

le sire de Cuq, et messire Henri d'Anthoing. Et fu le parlement sus

ceste forme:

«Premièrement que le roy de France rende au roy d'Angleterre, par

mariage de leur enfans, toute la terre de Gascoigne, d'Aquitaine et la

conté de Pontieu, aussi avant comme le roy Edouart, son tayon, la tint;

par ainsi que nul sergent du roy ne peust sergenter au pays. Après, de

tant qu'il touche au pays de Flandres, que gens moiens et petis soient

menés aux lois qu'il tindrent du temps le conte Guy. Item, toutes

obligacions où il sont obligiés devers le roy en quelconques manières

et de quelconques temps que ce soit, tout soit quittié, tant de voiages

que de sommes d'argent ou de paines ès quielles il sont escheus. Item,

que tout escomméniement ou entredit où il peuvent estre encourus,

qu'il en soient absous. Et de toutes les forces et obligacions par

lesquielles il pourroient avoir encouru lesdites sentences, leur soient

rendues et mises par devers eux. Item, toutes les males volontés où

il puent estre encourus, par cause de rebellion ou de désobéissance

envers le roy ou le conte de Flandres, leur soient du tout pardonnés

en celle manière que jamais aucuns de eux ne doye recevoir, en corps

né en biens, aucun dommage. Et s'il avenoit qu'il féissent aucune

chose au temps avenir pourquoy il deussent estre punis, que pour les

choses passées il n'en aient pis, ains soient demenés par les lois

et coustumes du lieu où il sont demourans. Et pour tous ces traitiés

de pais faire et acorder à plus grant délibéracion, avec les autres

accors requist la contesse de Haynau unes trieves jusques à la saint

Jehan-Baptiste, auxquielles trieves certaines personnes seront envoiées

en un certain lieu, et seront les sentences relaschiées et souspendues,

et fera-l'en le service de Dieu par toute Flandres[498].»

[Note 498: C'est après le texte latin de cette trève que s'arrête la

première continuation de Nangis, _Spicilège_, tome III, in-fº. La

seconde continuation latine n'a plus rien de commun, pour ainsi dire,

avec notre texte.]

Quant ces choses furent ainsi ordenées, le roy de France départi

son ost et s'en retourna en France; et le roy d'Angleterre départi

le sien et s'en ala à Gant. Là vint le conte de Flandres à luy, et

s'entrefestèrent l'un l'autre de grans mangiers et de beaux dons. Mais

oncques ne le pot le roy d'Angleterre attraire qu'il venist à son

serement, coment que ledit conte en eust esté assez requis.

Depuis fist le roy d'Angleterre appareillier son navire et prist congié

aux alliés. Et pour ce que aucuns grans maistres estoient demourés en

Angleterre, qui avoient esté négligens de envoier au roy d'Angleterre

deniers, et luy convint par nécessité laissier le siége, coment qu'il

eussent les deniers receus de par le roy, ne voult pas monseigneur

Robert d'Artois passer avec le roy, pour ce qu'il pensoit que le roy

feroit correction quant il vendroit en Angleterre de ceux qui avoient

ainsi les deniers détenus; et ledit messire Robert d'Artois ne vouloit

point avoir de maugré.

Si laissa le roy d'Angleterre le duc de Guerle en plege[499] pour luy,

à Gant, et puis s'en ala, luy et la royne, en Angleterre. Et quant il

fu venu en son pays, si fist prendre grant partie des gouverneurs qui

avoient gouverné son royaume, et fist chacier pour prendre l'arcévesque

de Cantorbière; mais il se tint si garni en son églyse qu'il ne le

porent avoir.

[Note 499: _Plege_. Gage, caution.]

Puis assembla parlement de ses barons, et leur opposa que trahy

l'avoient, et que par la defaute de eux luy convint laissier le siége

et son emprise. Pourquoy il condampna les uns en corps et en avoir, les

autres tint en prison.

Quant monseigneur Robert d'Artois ot jousté à une grande feste à Leure

en Breban, il s'en ala en Angleterre, et fist la pais à l'arcévesque de

Cantorbière, et à aucuns fist pardonner leur vies; mais leur héritages

furent tous forfais. Et les départi le roy à ses chevaliers qui bien

s'estoient portés en la guerre. Si avint que le conte de Flandres qui

estoit demouré en son pays, pour ce que on luy fist pou d'obéissance

s'en parti par mautalent, et s'en ala vers le roy de France.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 251 / 290 题