XXIII.

_De la response des lettres que le roy Phelippe envoia au roy

d'Angleterre._

Quant le roy de France et son conseil orent veues ces lettres, tantost

envoia response au roy d'Angleterre sus ceste forme:

«Phelippe, par la grace de Dieu, roy de France, à Edouart, roy

d'Angleterre.

»Nous avons veues unes lettres aportées en notre court, envoiées à

Phelippe de Valois, esquelles lettres estoient aucunes requestes. Et

pour ce que lesdictes lettres ne venoient pas à nous, et lesdictes

requestes n'estoient pas à nous faites, ainsi comme il appert par la

teneur desdictes lettres, nous ne vous en faisons nulle response.

Toutes voies, pour ce que nous avons entendu, par lesdictes lettres

et autrement, que vous estes embatu en nostre royaume de France en

portant grant dommage à nous et à nostre dit royaume et au peuple,

meu de volenté sans point de raison, en non regardant ce que homme

lige doit garder à son droit seigneur, car vous estes entrés en nostre

hommage, en nous recognoissant, si comme raison est, roy de France; et

avés promis obéissance, telle comme on la doit promettre à son seigneur

lige, si comme il appert par vos lettres patentes scellées de votre

grant scel, lesquelles nous avons par devers nous, et en devez autant

avoir par devers vous. Notre entente est, quant bon nous samblera,

de vous chacier hors de nostre royaume, à l'honneur de nous et de

nostre majesté royale et au profit de notre peuple. Et, en ce faire,

avons-nous ferme espérance en Jhésus-Christ, dont tous biens nous

viennent. Car, par vostre emprise qui est de volenté non raisonnable,

a esté empeschié le saint voiage d'Oultre-mer, et grant quantité de

crestiens mis à mort, et le service de Dieu apéticié et sainte Églyse

aornée de moins de révérence. Et de ce que vous cuidiez avoir les

Flamens en aide, nous cuidons estre certains que les bonnes gens et les

communes du pays se porteront en telle manière envers nostre cousin, le

conte de Flandres leur seigneur, qu'il garderont leur honneur et leur

loyauté; et pour ce qu'il ont mespris jusques à ore, ce a esté par mal

conseil de gens qui ne gardoient pas au profit commun, mais au profit

de eux tant seulement. Donné sus les champs, à la prioré Saint-Andrieu,

delès Ayre, sous le scel de nostre secrétaire, en l'absence de notre

grant scel, le trentiesme jour de juillet, l'an de grace mil trois cent

quarante[493].»

[Note 493: Ces deux lettres sont transcrites dans Rymer, mais fort

incorrectement.--_Saint-André_ est aujourd'hui une petite ferme proche

d'Aire et à droite de la grande route d'Aire à Paris.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 249 / 290 题