XXII.

_De la teneur des lettres que le roy d'Angleterre envoya au roy de

France._

«De par Edouart, roy de France et d'Angleterre, seigneur d'Yrlande;

«Sire Phelippe de Valois, par lonc-temps vous avons poursuivi par

messages et en pluseurs autres manières, afin que féissiez raison à

nous, et que vous nous rendissiez notre droit héritage du royaume de

France, lequel vous nous avez de lonc-temps occupé à grant tort; et

pour ce que nous voyons bien que vous entendez de persévérer en vostre

injurieuse détenue et sans nous faire raison de notre droiturière

demande, sommes-nous entrés en la terre de Flandres comme seigneur

souverain d'icelle, et passés parmi le pays. Et vous signefions que

pris avons l'aide de Nostre-Seigneur Jhésus-Christ, et avec le povoir

dudit pays et avec nos gens aliés, regardant le droit que nous avons à

l'héritage que vous nous détenez à grant tort, nous nous traions vers

vous pour mettre brief fin sur notre droiturière demande et chalenge.

Si, vous voulons aprochier, et pour ce que si grant povoir de gens

d'armes qui viennent de nostre part et que bien cuidons que vous

averiés de par vous ne se pourroient mie tenir longuement assamblés

sans faire grant destruction au peuple et au pays, laquelle chose

chascun bon crestien doit eschiver, et espéciaument prince et autre qui

se tient pour gouverneur de gent, si desirons moult que brief jours se

préissent pour eschiver mortalité de peuple; et ainsi que la querelle

est apparissant à nous et à vous, la destruction de nostre chalenge

se féist entre nous deus, laquelle chose vous offrons par les choses

dessus dites, combien que nous pensions bien la grant noblesse de

vostre corps et votre sens et avisement. Et au cas que vous ne voudriez

celle voie, que adonc fust mise ens nostre chalenge pour affermer

bataille de vous-meismes avec cent personnes des plus souffisans de

votre part et nous-meismes à autretant; et se vous ne voulez ou l'une

voie ou l'autre, que vous nous assignez certain jour devant la cité de

Tournay pour combatre, povoir contre povoir, dedens dix jours après la

date de ces lettres. Et les choses dessus dites voulons être congneues

par tout le monde, et que en ce estre notre désir, non mie par orgueil

né par outrecuidance, mais pour que Nostre-Seigneur mette repos de plus

en plus entre crestiens; et pour ce que le povoir des ennemis Dieu fust

résisté et crestienté essauciée. Et la voie que sus ce vouldrez eslire

des offres dessus dites escrivez-nous par le porteur de ces lettres,

en luy faisant hastive délivrance. Donné sous nostre grant scel, à

Elchin-sus-l'Escaut, delès Tournay, en l'an de grace mil trois cent

quarante, le vint-septiesme jour de juillet.»

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 248 / 290 题