_De la teneur des lettres que le roy d'Angleterre envoya au roy de
France._
«De par Edouart, roy de France et d'Angleterre, seigneur d'Yrlande;
«Sire Phelippe de Valois, par lonc-temps vous avons poursuivi par
messages et en pluseurs autres manières, afin que féissiez raison à
nous, et que vous nous rendissiez notre droit héritage du royaume de
France, lequel vous nous avez de lonc-temps occupé à grant tort; et
pour ce que nous voyons bien que vous entendez de persévérer en vostre
injurieuse détenue et sans nous faire raison de notre droiturière
demande, sommes-nous entrés en la terre de Flandres comme seigneur
souverain d'icelle, et passés parmi le pays. Et vous signefions que
pris avons l'aide de Nostre-Seigneur Jhésus-Christ, et avec le povoir
dudit pays et avec nos gens aliés, regardant le droit que nous avons à
l'héritage que vous nous détenez à grant tort, nous nous traions vers
vous pour mettre brief fin sur notre droiturière demande et chalenge.
Si, vous voulons aprochier, et pour ce que si grant povoir de gens
d'armes qui viennent de nostre part et que bien cuidons que vous
averiés de par vous ne se pourroient mie tenir longuement assamblés
sans faire grant destruction au peuple et au pays, laquelle chose
chascun bon crestien doit eschiver, et espéciaument prince et autre qui
se tient pour gouverneur de gent, si desirons moult que brief jours se
préissent pour eschiver mortalité de peuple; et ainsi que la querelle
est apparissant à nous et à vous, la destruction de nostre chalenge
se féist entre nous deus, laquelle chose vous offrons par les choses
dessus dites, combien que nous pensions bien la grant noblesse de
vostre corps et votre sens et avisement. Et au cas que vous ne voudriez
celle voie, que adonc fust mise ens nostre chalenge pour affermer
bataille de vous-meismes avec cent personnes des plus souffisans de
votre part et nous-meismes à autretant; et se vous ne voulez ou l'une
voie ou l'autre, que vous nous assignez certain jour devant la cité de
Tournay pour combatre, povoir contre povoir, dedens dix jours après la
date de ces lettres. Et les choses dessus dites voulons être congneues
par tout le monde, et que en ce estre notre désir, non mie par orgueil
né par outrecuidance, mais pour que Nostre-Seigneur mette repos de plus
en plus entre crestiens; et pour ce que le povoir des ennemis Dieu fust
résisté et crestienté essauciée. Et la voie que sus ce vouldrez eslire
des offres dessus dites escrivez-nous par le porteur de ces lettres,
en luy faisant hastive délivrance. Donné sous nostre grant scel, à
Elchin-sus-l'Escaut, delès Tournay, en l'an de grace mil trois cent
quarante, le vint-septiesme jour de juillet.»