VII.

_Coment le seigneur de Partenay fu accusé de hérésie._

En cest an avint en Poitou que le sire de Partenay, noble homme et

puissant fu accusé par devers le roy sus pluseurs cas de hérésie de

par l'inquisiteur[358] qui estoit frère de l'ordre des Prescheurs.

Lequiel seigneur quant il fu accusé, le roy, à petite délibéracion,

toutes voies comme bon crestien[359] le fist prendre et arrester tous

ses biens, et mettre en prison au Temple à Paris. Après, en la présence

de pluseurs prélas, clers de droit, et grant multitude de gent, ledit

frère qui estoit breton appellé frère Morise, proposa en la présence

du dit seigneur de Partenay moult d'articles touchans hérésie, et

requist qu'il respondist et jurast de la vérité. Lequiel seigneur, au

contraire, proposa moult de choses contre le dit frère pour lesquielles

il affirmoit luy non estre digne de l'office d'inquisiteur; né ne voult

respondre né jurer, ainsois appella à court de Rome de son audience, sé

aucune estoit.

[Note 358: _De par l'inquisiteur_. «Fratrem Mauritium.»]

[Note 359: _Comme bon crestien_. C'est du roi qu'il s'agit.]

Lors le roy, quant il entendi ce, et non voulant au dit seigneur

clorre la voie de droit, ses biens premier restitués, il l'envoia à la

court de Rome bien acompaignié de bonne garde; et comme il fu venu en

la présence du saint père, et le dit inquisiteur eust proposé contre

le dit seigneur les articles autrefois proposés, le pape luy assigna

autres auditeurs et commanda à l'inquisiteur que sé aucune chose autre

il vouloit proposer avec, il le proposast devant eux: et ainsi selon la

coustume de Rome, la cause demoura à court bien et longuement.

En la fin de cest an, Loys le conte de Flandres fu receu très noblement

en la ville de Bruges et donna aux bourgois pluseurs franchises et

libertés, pour quoy il firent très grant joie en la réception de sa

personne. Mais entre les autres choses, souverainement leur desplaisoit

que, le conseil des Flamens mis arrière, il usoit du conseil à l'abbé

de Verzelay, fils jadis de Pierre Flote qui fu occis à Courtrai avec le

bon conte d'Artois Robert, l'an mil trois cens deux; lequiel abbé, pour

la mort de son père, il reputoient estre anemi des Flamens, en telle

manière que sé aucune chose estoit ordenée en la conté de Flandres,

combien que elle fust justement et bien ordenée, s'il sceussent que

elle fust ordenée par le dit abbé et la chose ne venist à leur désir

et à leur volenté, il disoient que faussement et mauvaisement avoit

esté faite et ordenée. Dont il convint que le conte comme contraint et

contre sa volenté, renvoiast l'abbé en son abbaïe.

En ce meisme temps fu et ot grant dissencion en la ville de Bruges:

car comme le conte eust assise une taille assez griève ès villes

champestres d'entour Bruges et à Bruges aussi, et les collecteurs

l'eussent levée trop plus grande que elle n'avoit esté assise, avint

que les païsans et les bonnes gens forains furent merveilleusement

esmeus et courrouciés: si s'assemblèrent et orent parlement à ceux de

Bruges du moien estat; lesquiels avoient esté grevés meismement par les

hommes riches de Bruges. Et quant il se furent conseilliés ensemble, il

ordenèrent que par toutes les villes à certaine heure il sonneroient

la cloche, et seroient près et appareilliés sans nul deffaut et bien

armés. Ainsi furent comme il avoient ordené; et quant il furent

tous près, il entrèrent soudainement en la ville de Bruges avec un

chevetaine qu'il avoient fait entre eux, et occistrent et mistrent à

mort des gens au conte et pluseurs des gros et des riches de la ville

de Bruges.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 202 / 290 题