_Coment le roy de France envoia contre l'arcevesque de Lyon._
[251]En cest an ensement, Phelippe-le-Biau, roy de France, contre
l'arcevesque de Lyon sur le Rosne, qui de luy paroles contumélieuses
avoit semées, et injures aucunes dites à sa gent, Loys son ainsné fils,
roy de Navarre, à Lyon à grant ost envoia. Lequel Loys, roy de Navarre,
comme ilec avec son noble ost parvenist, tantost avec ses François
assist la cité. Mais comme ilec par huit jours ou environ avec sa noble
compaiguie fust ainsi pour la cité isnelment assaillir, et en brief
l'eust détruite sé il peust, lors l'arcevesque de Lyon, son fol orgueil
appercevant et la force du roy doubtant, souple et bien veullant au roy
Loys se transporta. Lequel Loys icelui arcevesque à son père le roy de
France à Paris amena. Lequel arcevesque, après ce, fu détenu en garde
jusques au tems après ce convenable auquel par le conseil de ses barons
de la besoigne pourtraiteroit. Lequel arcevesque, non petit de tems
après ce passé, l'amende de ses forfais par son bon plaisir envers le
roy pourtraitiée et faite, à son propre lieu s'en revint. En cest an,
Loys, fils du conte de Clermont Robert, prist à femme la seur du conte
de Hainaut; et Jehan son frère prist à femme la contesse de Soissons.
[Note 251: On va voir, dans ce chapitre, deux récits du même événement.
Le premier, le plus mal écrit des deux, n'est pas reproduit dans la
continuation latine de Nangis.]
Et en ce meisme an, un juif qui, n'avoit gaires de tems, s'estoit
converti à la foy, un pou de tems après renia la foy, et fu pire qu'il
n'avoit esté devant. Car en despit de Nostre-Dame, il crachoit sus ses
ymages, partout où il les trouvoit; lequel fu jugié à estre ars: et
fu ars le jour que Marguerite la Porète devant dite fu arse. Et en ce
meisme an, ceux de Lyon se rebellèrent contre le roy de France, et s'en
alèrent à un chastel qui est appelle Sainct-Just, et le destruirent.
Quant le roy le sot il y envoia son fils Loys Hutin et ses deux frères
avec luy, et moult grant ost, et fu environ la feste monseigneur
sainct Jehan-Baptiste. Quant il vindrent la où les anemis estoient, si
commencièrent à grever le plus qu'il porent. Et là se porta le dit fils
du roy premier né, Loys Hutin, moult noblement, et par telle manière
qu'il estoit amé de tous ceux de l'ost. Quant les anemis virent que les
nos se portoient si noblement et si hardiement, si se rendirent et la
cité à la seigneurie du roy de France: adonc fu pris l'arcevesque de la
cité lequel estoit leur principal capitaine qui avoit à non Pierre de
Savoie, et fu près du conte de Savoie lequel l'amena au roy de France;
mais à la requeste de pluseurs il ot en la fin sa paix et retourna en
son arceveschié.
Et en ce tems les os d'un Templier qui ja pieça estoit mort, lequel
avoit non Jehan de Tur, furent desterrés; car il fu trouvé par les
inquisiteurs que le dit Jehan en son tems avoit esté hérite, et pour
ceste cause furent ses os ars et mis en poudre: le dit Jehan estoit
commandeur[252] du Temple, et en son tems fist édifier la tour du
Temple.
[Note 252: _Commandeur_. «Quondam thesaurarius Templi.» Le latin ne
contient pas la précieuse mention qui se rapporte à l'érection de la
tour du Temple. Nos historiens de Paris ont donc eu probablement tort
de nommer _Hubert_ le Templier qui l'avoit fait construire.]
En ce meisme an, Henri roy des Romains et le duc d'Osteriche, et
l'arcevesque de Lyon et moult d'autres princes, avec très grant
ost, par le conté de Savoie entrèrent en Ytalie. Et premièrement fu
receu en la cité d'Astence[253]; et en après en la cité de Milan fu
coronné moult honnorablement et sa femme avec luy, de l'arcevesque de
ladite cité, en la présence des prélas. Quant ce fu fait, le dit roy
ot un assaut de son adverse partie en ladite cité. Mais tantost et
hastivement il les mist en subjeccion, et par telle manière qu'il donna
exemple à ses autres adversaires de eux non rebeller.
[Note 253: _Astence_. Asti.]
En ce meisme an fu faicte une permutacion entre l'arcevesque de Roen
et l'arcevesque de Narbonne; car l'arcevesque de Roen lequel avoit non
Bernart et estoit neveu du pape Climent, ne pooit avoir bonnement paix
avec les nobles de Normendie, pour la cause que il estoit trop jeune
et trop joli[254] en aucuns de ses fais: si fu permué l'arcevesque de
Narbonne, lequel avoit à non Gile et estoit pour le tems principal
conseiller du roy, en arcevesque de Roen.
[Note 254: _Joli_. Gai.]
Et en ce meisme an, depuis que le pape Climent ot absous le roy de
France avec les habitans de son royaume de la sentence que le pape
Boniface avoit gettée sur luy et sur ses adhérens, et du consentement
de ceux qui estoient de la partie le pape Boniface, le dit pape
réserva certaines personnes; entre lesquelles fu Guillaume de Nogaret,
chevalier, Regnaut de Suppin chevalier, et environ dix autres; et si
réserva ceux de la cité d'Agnane de l'absolucion au roy donnée, comme
dessus est dit, et furent tous les devant dis prenomés exceptés.