LVII.

_De la bataille de Mons en Peure[210]: coment les Flamens furent

desconfis._

[Note 210: _Mons en Peure_. «Apud Montem qui dicitur _in Pabulla_.»

Toutes les anciennes leçons nomment ainsi _Mons-en-Puelle_.]

En ce meisme an ensuivant, Phelippe-le-Biau, roy de France, tierce

fois après le rebellement de ceux de Flandres, à Mons en Peure au

moys d'aoust assembla contre eux grant ost. Adonc, comme à un jour

du moys dessus dit, de convenance et d'acort fait de l'une partie à

l'autre[211] déussent venir à bataille, ceux de Bruges et les autres

Flamens, dès maintenant leur armes prises, toutes leur charrètes,

leur charios et leur autre appareil batailleureux tout entour eux

espessement et ordenéement mistrent, pour ce que nul ne les peust

trespercier ne envaïr sans grant péril. Et lors de toute pars les

François comme il deussent entrer en bataille, je ne sai par quel

parlement, eux ainsi avironnés, sans bataille et sans aucun assaut

jusques vers vespres se tindrent. Et adecertes pluseurs cuidoient, pour

les messages d'une part et d'autre entrevenans, que paix fust du tout

faicte et fermée; et pour ce se départirent et espandirent çà et là en

aucune manière, non cuidans en ce jour plus avoir bataille[212]. Lors

les Flamens ce apercevans soudainement s'esmurent, et vindrent jusques

aux tentes du roy; et fu le roy si près pris que à paines pot-il estre

armé à point; et ainsois que il peust estre monté sur son cheval,

pot-il véoir occirre devant luy messire Hue de Bouville chevalier[213],

et deux Bourgois de Paris, Pierre et Jaques Gencien, les quiels pour le

bien qui estoit en eux estoient prochains du roy[214]; mais quant il fu

monté, très fier et très hardi semblant monstra à ses anemis.

[Note 211: C'est-à-dire: D'un commun accord.]

[Note 212: Le msc. du Suppl. Fr., nº 218, offre ici de précieuses

variantes: «Et comme adoncques, toute jour, jusques vers l'eure des

vespres nos François ainsi feussent, les Flamens connurent par leur

espieurs que le roy de France feust en un lieu avec pou des siens,

atendant eux venir humbles et bienveillans, lequiel n'estoit du tout

armé, et encore n'avoit son chief armé ... Lors à une grant multitude

de compagnies de Flamens vindrent au roy isnelement et l'assaillirent.

Et ilec Pierre Gencien et Jaques Gencien bourgois de Paris, armés des

armes royaux, qui avoient aidié à armer le corps le roy, et monseigneur

Hue de Bouville chevalier, à mort du tout en tout aux piés le roy

accraventèrent, et pluseurs autres ensement occisrent, cuidans le roy

occire ... Adonc le roy ce aperceut: si monta tantost en son cheval et

son chief arma isnelement, et ès Flamens viguereusement et asprement du

tot en tot s'embati; et quanques à ycelle empointe, à s'encontre, des

Flamens venoient, yceux à mort de toute part acraventoit.»]

[Note 213: _Chevalier_. «Militem suum secretarium.]

[Note 214: «Fratres, qui pro suæ fidelitatis industriâ, regi semper

adstabant.»]

Adonc le roy ainsi noblement soy contenant, François ce aprenans qui

jà ainsi comme d'une paour se vouloient dessambler et départir, pour

le roy secourre isnelement se hastèrent, et du tout en tout à la

bataille s'abandonnèrent, et crièrent ensamble: _Le roy se combat! le

roy se combat!_ et ainsi la bataille constraingnant et de toutes pars

croissant, Charles conte de Valois, Loys conte d'Evreux frères Phelippe

le roy de France, Gui conte de Sainct-Pol, Jehan conte de Dammartin,

nobles chevaliers et autres grans maistres, pluseurs contes, ducs et

barons et chevaliers, avec les autres nobles compaignies à pié et à

cheval, ès Flamens lors isnelement se plungièrent et embatirent, et

vers le roy se traistrent. Lors adonc iceux nobles, estant avec leur

noble et forte compaignie à pié et à cheval, la bataille entre eux

merveilleuse, forte et aspre fu faicte; mais les Flamens du tout en

tout furent rués jus et acraventés, et de eux fu faicte grant occision

et mortalité, et si grant abatéis qu'il ne porent plus arrester.

Mais la fuite commencièrent très laide et très honteuse, délaissans

charrètes et charios et tout leur appareil bataillereux. Et adecertes,

pour voir, sé la nuit oscure venant n'eust la bataille empeschiée,

pou de si grant nombre de Flamens en fust eschapé que mors du tout en

tout ne fussent. Et ainsi, la bataille parfaicte et fenie, nostre roy

Phelippe, noble batailleur, à torches de cire alumées, de la bataille

s'en revint aux tentes avec sa noble chevalerie. Et ainsi comme il

fu dit pour voir, sé cil roy de France Phelippe-le-Biau ne se fust

contenu si noblement ou si vertueusement, ou sé en aucune manière il

eust montré la queue de son cheval aux Flamens pour soy en retourner,

tout l'ost des François eust ramené ainsi comme à néant, ou, par

aventure, desconfit. Adecertes en celle bataille des Flamens fu occis

un noble chevalier et le chief ot copé Guillaume de Juilliers[215],

noble chevalier, et luy copa Jehan de Dammartin, et pluseurs autres

grans Flamens, et de menu peuple grant multitude y furent occis, à par

un pou jusques à trente six mille[216]. Et aussi en celle bataille, le

conte d'Aucuerre, noble chevalier françois, par la très grant chaleur

qui ilec estoit, fu estaint de soif[217]. Et ainsi Phelippe-le-Biau

roy de France en l'an de son règne dix-huit, à Mons en Peure en

Flandres, usant de l'aide de Dieu, de ces Flamens, sans grant péril

de luy meisme, loable victoire en rapporta; et à Paris environ la

Sainct-Denis, à grant joie et inestimable revint.

[Note 215: _Guillaume de Julliers_. «Comitis Flandrensis nepos ex

filiâ, totius exercitùs dux et capitaneus principalis.» Le continuateur

de Nangis ne dit pas qu'il ait eu la tête coupée.]

[Note 216: _Trente-six mille_. Ainsi portent le plus grand nombre des

manuscrits. Cependant le nº 218 porte _deux mille_; c'est trop peu

sans doute.]

[Note 217: _Estaint de soif_. «Illic autem de nostris Guillermus comes

Autissiodorensis et Ancellus comes, dominus Caprusiæ (seigneur de

Chevreuse), vir fidelis ac strenuus, probatæ militiæ, regis vexillifer

seu deferens auriflammam, extincti, ut creditur, calore nimio vel etiam

pressurâ.»]

Et en cest an, au moys de décembre, les os de Robert, jadis conte

d'Artois, lequel avoit esté tué en Flandres, furent aportés à Pontoise,

et en l'églyse de Maubuisson près Pontoise furent enterrés.

Et en ce meisme an, après Noel, l'en commença à traictier en parlement

à Paris de la paix des Flamens, mais il n'i ot rien consommé né parfait.

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 141 / 290 题