ANNÉE 1302

_De l'occision de Bruges et de la fuite Jacques de Saint-Pol._

En l'an après ensuivant mil trois cent et deux, Charles conte de

Valois, par le commandement de pape Boniface, de Touscane s'en ala

en Secile, et le chastel de Termes[168] le jour d'un mardi devant

l'Ascension Nostre-Seigneur il reçut abandon, endementiers qu'il

appareilloit à luy faire assaut.

[Note 168: _Termes_. Ce doit être _Taormino_.]

Et en icest an ensement, à Courtray[169] un chastel en Flandres, par

les exactions non deues qu'il appellent maletoute, les gens du pays,

par le gardien de Flandres, Jacques de Saint-Pol chevalier, contre le

commandement du roy et la coustume de ce pays, estoient contrains et

grevés. Et comme ne peust la clameur du peuple souventes fois estre

oïe envers le roy de France, pour le très haut linage du devant dit

Jacques; si en advint que le menu peuple s'esmut pour celle cause

envers les grans et esleva, dont il y ot grant plenté de sanc espandu;

et tant de povres gens comme de riches furent occis les uns des autres.

Desquiels aspretés et mouvemens fais, sé il peust estre fait apaisier,

comme Phelippe-le-Biau roy de France eust destiné et envoié nobles

hommes mil et plus, appareilliés de toutes armes, avec Jacques de

Saint-Pol; et fussent de ceux de Bruges, à grant révérence, dedens la

ville paisiblement introduis; et disoient les Flamens de Bruges eux

vouloir de toutes choses au commandement du roy de France pour bonne

volenté et courage obéir: hélas! en icelle nuit du jour ensuivant que

nos François estoient venus, comme il se reposassent et dormissent

seurement, et ceux qui leur armes avoient ostées, par un pou furent

tous traitreusement occis. Car adecertes, si comme l'en dit, ceux de

Bruges, en ce soir avoient entendu Jacques de Saint-Pol de Flandres

soi avoir vanté que l'endemain il de voit pluseurs de eux faire pendre

au gibet. Pour ceci ainsi comme tous desespérés de très grant paour,

presumèrent et entreprissent à faire telle desloyale felonnie: et

toutes fois s'en eschapa le dit Jacques, par qui celle rage estoit

esmeue, avec pou de compaignie, céléement et occultement, fuiant

hors de la ville. Et lors ainsi ceux de Bruges reprenant l'esprit du

rebellement, la gent d'un port de mer prochain (que l'en appelle Dam) à

eux tantost s'accordèrent, et de maintenant degastèrent et chacièrent

d'avec eux les gens du roy vilainement qui députés estoient et establis

à la garde du port. Et lors après ce fait, les Flamens de Bruges et

aucuns autres Flamens, Guy de Namur fils Guy conte de Flandres qui en

France tenoit prison appellèrent pour venir en leur aide, et icelui

comme deffendeur et seigneur receurent; lequel enforcié de grant

multitude de soudoiers Alemens et Tyois venans à eux, les encouragea à

eux plus fort rebeller; et en toutes les manières qu'il pot les esmut

et atisa et donna conseil à eux esmouvoir.

[Note 169: _A Courtray_. Il semble qu'on devroit lire ici: _A Bruges_,

comme dans la continuation latine de Nangis.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 123 / 290 题