_Coment les chrestiens rompirent les trives aux Sarrasins._
Après, en l'an de grace mil cinc cens quatre vingt et neuf, mil deux
cens soudoiers, en secours de la Terre Saincte, du pape Nicolas furent
envoiés en Acre; les quels tantost, contre la volenté de ceux du Temple
armés, avec belle compagnie de chevaliers issirent d'Acre et rompirent
les trives du soudan ottroiées; et puis coururent vers les manoirs et
les chastiaux des Sarrasins, et, sans miséricorde, les Sarrasins de
chascun sexe, et uns et autres qu'ils trouvèrent, occistrent, qui se
cuidoient reposer seulement et paisiblement sus les trives baillées
entre eux et les crestiens. Et en icel an, Charles prince de Salerne,
délivré de la prison au roy d'Arragon, vint à Rome; et, ilec le jour de
Penthecoste, fu couronné en roy de Secile du pape Nicolas, et fu absous
du serement qu'il avoit fait au roy des Arragonois.
En icel an aussi, Jacques l'occupeur de Secile, avec grant ost entrant
en la terre de Calabre, assist la cité de Jayette[112], contre lequel
le roy Charles courut hastivement et délivra ceux qui estoient
asségiés: car, comme il s'appareillassent d'une part et d'autre pour
batillier, si vint un chevalier de par le roy d'Angleterre qui procura
trives entre eux deux, jusques à deux ans.
[Note 112: _Jayette_. Gaëte.]
Et, après, en ce meisme an, le soudan de Babiloine[113] quant il cognut
et sot ce que les crestiens avoient fait vers Acre à ses serjans, si
fu moult dolent et manda maintenant à ceux d'Acre que s'il ne lu y
rendoient ceux qui avoient détruit et occis de sa gent, que dedens
l'an leur cité ameneroit à ruine, et trébucheroit autressi comme il
avoit fait Triple; laquelle chose il ne voudrent faire, et pour ce, il
coururent en l'ire et au courrous merveilleusement du soudan.
[Note 113: _Le soudan de Babiloine_. Kalaoun.]
En icel an ensement, Loys l'aisné fils le roy Phelippe de France, et de
Jehanne sa femme, roy ne de Navarre, fu né en la quarte none d'octobre.