_Coment Edouart, fils au roy d'Angleterre, fist hommage au roy de
France._
[95]Après le roy Phelippe qui fu fils monseigneur saint Loys, régna en
France Phelippe le biau son fils, et régna vingt-huit ans, et comença
à régner en l'an de l'Incarnacion Nostre-Seigneur Jesu-crist mil deux
cens quatre vings et six. Et en ceste année, Alphons, fils du roy
d'Arragon, comença à régner au royaume d'Arragon après la mort son
père; et Jaques son frère avec Constance sa mère occupa la terre de
Secile, contre l'inibition et le comandement de l'églyse de Rome. En
ce temps ensement, pape Honnoré la sentence que son devancier avoit
prononciée contre Pierre d'Arragon et Alphons son fils, et Jaques
et Constance leur mère, en icelle fermeté et en tel enditement[96]
confirma. En ce meisme an, Edouart, fils au roy d'Angleterre, fist
hommage au roy de France de la duchié d'Acqutaine et de toutes
autres qu'il avoit au royaume de France, et que de ce roy y tenoit
et possédoit; et puis celuy Edouart s'en viut à Bourdiaux la maistre
cité de Gascoigne, et y tint un grant parlement: au quel lieu il reçut
pluseurs messages d'Arragon, Secile et Espaigne, et fu souspeçonné
qu'il ne pourchaçassent aucune traïson envers le roy Phelippe de France
de son royaume; mais toute voies procura icelluy Edouart la délivrance
du prince de Salerne son cousin qui estoit pris des Seciliens, envers
Alfons, le roy d'Arragon, qui tenoit icelluy en sa prison. Et en cest
an ensement, au mois de septembre, trespassa de ce siècle l'abbé Mahy
de Saint-Denis en France, et principal conseillier du royaume de
France. Lequel abbé Mahy, le moustier de Saint-Denis, de moult de temps
devant passé comencié de merveillable et coutable oeuvre, à par un
pou de la moitoienne partie jusques au derenier consumma; et parfist
s'abbaie laquelle en moult de choses et en édifices avoit trouvée
ainsi comme degastée de nouviaux murs et de maisons et de salles; et
de belle et noble oeuvre rappareilla, et la rendi en son temps ainsi
amendée et enrichie, de moult bonnes rentes l'acrut et esleva: par
l'endoctrinement duquel et meismement de sa religion les moines embeus
et entechiés, furent pluseurs après ce establis et fais abbés en divers
moustiers. (Après lequel fu abbé de Saint-Denis monseigneur Regnaut
Giffart de la nascion de Paris.)
[Note 95: Une partie de cette vie de Philippe-le-Bel semble traduite de
la _Chronique universelle_ de Nangis. J'indiquerai par des parenthèses
ou par des notes les additions et les points originaux. Voyez le latin
de Nangis dans le _Spicilège_ d'Achery, in-fº, tome III, p. 47. Le
texte françois est bien moins naturel que celui qui précède, et je ne
puis me persuader qu'il soit également l'ouvrage de Nangis. Il accuse
un écrivain qui connoissoit mal le génie de l'idiome vulgaire et qui,
nourri dans les cloîtres, vouloit lui donner les _formes_ de la langue
latine, dont il ne connoissoit pas très bien le _fond_.]
[Note 96: En _icelle fermeté_ ... «Eâdem firmitate et edicto simili
confirmavit.»]