IX.

_De Edouart fils au roy d'Angleterre._

_Incidence_.--Edouart fils au roy d'Angleterre vint au siège de Tunes

plus tart que nul des autres, et estoit jà paix faicte quant il vint.

Si ne voult point retourner au roiaume d'Angleterre devant qu'il eust

esté en la terre de Surie, et que il son veu eust accompli sé il peust.

Si s'en passa oultre en la Saincte Terre, et emmena avec luy aucuns

chevaliers de France qui bien voulloient souffrir paine pour l'amour de

Nostre-Seigneur. Si arriva devant le port d'Acre, car à autre port ne

pooit-il seurement arriver, pour ce que le port de Jherusalem et toute

la terre de Surie estoit surprinse et encombrée des Sarrasins, fors

aucuns chastiaux qui estoient de l'Ospital et du Temple qui estoient

sur la rive de la mer, en telle manière et si fors qu'il ne doubtoient

point l'assaut des Sarrasins, meismement pour les bons combatteurs qui

estoient dedens.

Si y avoit autres chastiaux plus avant en la terre, où crestiens

tournoient à garant, quant il ne povoient plus endurer l'assaut des

Sarrasins; né n'avoit mais en toute Surie que deux cités où crestiens

peussent demourer, la cité d'Acre et la cité de Tir. Le soudan de

Babiloine avoit tout conquis par la force des Sarrasins. Tir est

une bonne cité et deffensable, et est assise au parfont de la mer,

avironnée de toutes pars, et est, avec tout ce, de haulx murs fermée,

avec grant foison de grosses tours et de petites; né ne doubte assaut

de nulle pierre né mangonnel, né nul autre encombrement, mais que ceux

de dedens aient assez viande pour eux soutenir; né ne pourroit en nulle

manière estre prinse, sé ce n'estoit en trahison.

Quand Edouart fu arrivé, ceux d'Acre alèrent encontre et le receurent

moult honnourablement. Ilec séjourna et demoura près d'un an, et

deffendi la ville des Sarrasins, tant comme il y fu, avec l'aide de

ceux de la ville, de l'Ospital et du Temple, bien et suffisamment,

selon son estat: car il ne féit oncques chose de grant renom né de

quoy on doie faire mencion, que il ne povoit, à si pou de gent comme

il avoit, issir hors des murs à bataille contre les Sarrasins, né le

soudan contre ceux d'Egipte[17].

[Note 17: Cette dernière phrase rend mal le texte latin: «Cum tam pauca

licet probata militia, contra sodanum Babyloniæ, Syriæ et Egypti ac

totius Orientis dominum, extra muros in acie confligere non valeret.»

(Gesta Phil. III, p. 523.)]

Si comme il sejournoit à Acre, si vint à luy un hasassis, et dist que

il voulloit parler à luy secrètement: si luy fu mené en sa chambre.

Sitost comme le hasassis fu entré en sa chambre si sacha un coustel

envenimmé au plus couvertement qu'il pot, et cuida ferir Edouart droit

au cuer; mais Edouart l'apperceut venir à luy, si se traist arrières et

fouy au coup au plus tost qu'il pot; toutes fois fu-il navré au costé.

Sa gent qui environ luy estoient prisrent le hasassis et lui tollirent

le coustel, et le battirent et le trainèrent parmi les cheveux

contremont le planchier en la sale; si le mistrent en prison villaine

et obscure; puis retournèrent à leur seigneur, et demandèrent de quelle

mort on feroit mourir le hasassis. Si fu accordé qu'il seroit trainé

et puis pendu, mais que on lui demandast qui l'avoit là envoié; et il

respondi, «Le viel de la Montaigne son seigneur et son maistre.»

De celle plaie fu Edouart malade longuement, et respassa et guari

à grant painne. Ainsi comme il estoit en tel point, nouvelles luy

vindrent que le roy Henry d'Angleterre, son père, estoit trépassé

de ce siècle, et que les barons d'Angleterre le mandoient pour

estre couronné. Il fist appareiller sa navie et entra en mer, et

vint en Secile, où il fu moult honnouré et receu du roy Charles

honnourablement, et luy donna grans dons, et luy fist grans courtoisies.

D'ilec se parti et s'en vint en Gascoigne qu'il tenoit adonc en fief

du roy de France, et séjourna grant pièce de temps avec Gascon de

Biart[18], noble homme et de grant puissance. Puis se mist au chemin,

et s'en vint en France, et fu honnouré de pluseurs barons et haus

hommes. Dont se mist au chemin et s'en vint au port de Wissent, et

passa oultre en son païs. Nostre propos n'est point de descrire les

fais des roys d'Angleterre, nous nous en tairons à tant, sé ce ne sont

incidences.

[Note 18: _Gascon de Biart_. «Cum Gascone de Biardo, terræ illius viro

nobili et potente, altercationem aliquantulum habuit. Sed rege Franciæ

Philippo mediante, compromisso lis corum ad tempus sopita quievit.»

(Gesta Phil. III.) Il s'agit ici de Gaston de Moncade, vicomte

de Béarn.]

Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 18 / 290 题