Le mariage de madame de Simiane avec M. de Lamerville fut célébré au
même autel où le feu duc avait servi de père à Félix, quand ce dernier
épousa Rosine. Un grand concours de monde s'y rendit; une fête eut
lieu le soir dans les jardins. L'invalide et sa famille firent les
honneurs de la table dressée pour les habitans du village. Le général
distribua 12,000 francs aux douze paroisses voisines; il assura au
brave Ambroise la propriété d'une petite ferme. Rosine, Félix et le
valet-de-chambre de M. de Lamerville reçurent chacun un contrat de 400
francs de rente, et restèrent au service des nouveaux époux.
Mr. D... continua de demeurer avec son Anaïs, qui le traite toujours
en père. Madame de Lamerville a déjà été deux fois mère et nourrice.
Son amour pour son mari, celui qu'elle porte à ses enfans, les soins
qu'exige sa famille, celui de sa maison, occupent et charment ses
jours; elle n'a point le loisir de rêver à la gloire; elle jouit du
bonheur.
Le général est le plus tendre des époux. Son amour pour Anaïs semble
s'accroître à chaque instant. Il est maintenant assuré que l'on peut
unir la constance du coeur à la mobilité de l'imagination; il est
revenu de son préjugé contre les femmes qui cultivent les lettres,
mais s'applaudit que la sienne ait cessé d'être auteur.