« Force ! ... Force ! ... cria-t-il au mécanicien. Il faut monter
rapidement et plus haut que l’orage!
- Impossible, maître!
- Qu’y a-t-il?
- Les courants sont troublés!... Il se fait des intermittences!...»
Et de fait, l’_Albatros_ s’abaissait sensiblement.
Ainsi qu’il arrive pour les courants des fils télégraphiques pendant
les orages, le fonctionnement électrique n’opérait plus
qu’incomplètement dans les accumulateurs de l’aéronef. Mais, ce qui
n’est qu’un inconvénient quand il s’agit de dépêches, ici, c’était un
effroyable danger, c’était l’appareil précipité dans la mer, sans
qu’on pût s’en rendre maître.
« Laisse descendre, cria Robur, et sortons de la zone électrique!
Allons, enfants, du sang-froid! »
L’ingénieur était monté sur son banc de quart. Les hommes, à leur
poste, se tenaient prêts à exécuter les ordres du maître.
L’_Albatros,_ bien qu’il se fût abaissé de quelques centaines de
pieds, était encore plongé dans le nuage, au milieu des éclairs qui
se croisaient comme les pièces d’un feu d’artifice. C’était à croire
qu’il allait être foudroyé. Les hélices se ralentissaient encore, et
ce qui n’avait été jusque-là qu’une descente un peu rapide menaçait
de devenir une chute.
Enfin, en moins d’une minute, il était manifeste qu’il serait arrivé
au niveau de la mer. Une fois immergé, aucune puissance n’aurait pu
l’arracher de cet abîme.
Soudain la nuée électrique apparut au-dessus de lui. L’_Albatros_
n’était plus alors qu’à soixante pieds de la crête des lames. En deux
ou trois secondes, elles auraient noyé la plate-forme.
Mais, Robur, saisissant l’instant propice, se précipita vers le
roufle central, il saisit les leviers de mise en train, il lança le
courant des piles que ne neutralisait plus la tension électrique de
l’atmosphère ambiante... En un instant, il eut rendu à ses hélices
leur vitesse normale, arrêté la chute, maintenu l’_Albatros_ à petite
hauteur, pendant que ses propulseurs l’entraînaient loin de l’orage,
qu’il ne tarda pas à dépasser.
Inutile de dire que Frycollin avait pris un bain forcé,
- pendant quelques secondes seulement. Lorsqu’il fut ramené à bord,
il était mouillé comme s’il eût plongé jusqu’au fond des mers. On le
croira sans peine, il ne criait plus.
Le lendemain, 4 juillet, l’_Albatros_ avait franchi la limite
septentrionale de la Caspienne.