L’évolution industrielle des guerres modernes.
Le fondeur de canons est devenu le grand arbitre des temps nouveaux. Les
maîtres du monde ne pourraient rien sans lui.
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Les guerres modernes sont des guerres d’industriels beaucoup plus que de
généraux. Le génie de César et celui de Napoléon resteraient impuissants
contre un adversaire possédant un nombre illimité de canons.
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Les effectifs ont joué un rôle important, mais non essentiel, dans la
guerre actuelle. Les moyens de destruction mécaniques exercèrent une
action prépondérante appelée à le devenir davantage encore avec les
progrès de l’industrie. Dans l’avenir, ce ne seront pas sans doute les
pays les plus peuplés, mais possédant le plus d’engins de destruction,
qui acquerront la prédominance militaire.
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Les philosophes qui voudront montrer avec quelles difficultés
s’établissent certaines vérités élémentaires rappelleront qu’il fallut
de longs mois d’observation et la perte de plusieurs centaines de
milliers d’hommes pour faire comprendre le rôle des tranchées, des fils
de fer et des canons à longue portée.
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La guerre s’est faite avec des éléments dont aucun n’était connu de nos
généraux: sous-marins, tranchées, fils de fer, avions et canons lourds.
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La tranchée constitue une forteresse mobile déplacée à volonté quand
elle est prise ou détruite.
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La tranchée moderne a rendu impossibles les batailles décisives
d’autrefois comme celles d’Actium, d’Iéna et de Waterloo qui fixaient en
une journée le sort d’un pays. Quoique très longues et très meurtrières
les guerres actuelles restent cependant toujours indécises.
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Primitivement dédaignée des chefs militaires, l’artillerie lourde finit
par être considérée comme le grand facteur des batailles. Son
efficacité, cependant, est limitée, puisque les Allemands ne réussirent
pas à s’emparer de Verdun.
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Les difficultés de l’offensive moderne et la fréquente impossibilité de
percer des lignes de tranchées sont mises en évidence par les
statistiques affirmant que la destruction d’un mètre de tranchées coûte
30 000 francs, 3 tonnes d’acier et quatre à cinq jours de travail, alors
que le travail d’un jour suffit pour refaire une tranchée de mêmes
dimensions.
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La guerre a prouvé une fois encore qu’un procédé de destruction
quelconque engendre immédiatement la création des moyens de s’en
protéger. Obusiers de 420, zeppelins, gaz asphyxiants, etc., ont vu
bientôt leurs effets plus ou moins annulés. Le sous-marin lui-même ne
saurait échapper longtemps à cette loi. Un agent de destruction vraiment
invincible devrait posséder des effets assez instantanés pour anéantir
les armées et les villes avant qu’elles aient le temps de se défendre.
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Quand l’évolution industrielle des guerres aura pris tout son
développement un nombre immense d’engins destructeurs sera facilement
manié par un petit groupe de spécialistes exercés. La machine à tuer
remplacera alors le guerrier comme la houille a remplacé l’esclave.