La future interdépendance des peuples.
L’élévation générale du prix de la vie pendant la guerre et la
privation, dans chaque pays, d’une foule de produits ont
expérimentalement prouvé l’interdépendance industrielle, commerciale et
financière des peuples. Les économistes la signalaient déjà, mais sans
avoir jamais convaincu personne.
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On peut donner comme exemples de l’interdépendance des peuples, le fait
qu’avant la guerre la métallurgie française de l’Est se procurait son
charbon en Westphalie et lui donnait en échange des minerais de fer. Les
métallurgistes français ne pouvaient pas plus se passer du charbon
allemand que les métallurgistes allemands des minerais français.
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L’interdépendance des peuples s’est manifestée même pendant la guerre.
Le coton nécessaire à la fabrication des explosifs venait des
États-Unis, les nitrates utilisés en agriculture du Chili. Les pyrites
indispensables dans la préparation de l’acide sulfurique, base de
certaines munitions, venaient d’Espagne et de Norvège.
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Malgré les avantages certains du libre-échange et la probabilité de son
futur triomphe, la guerre aura donné une grande force au
protectionnisme. Elle a, en effet, montré aux peuples la nécessité de
produire le plus possible sur leur sol les matières dont ils ont besoin
pour se rendre indépendants.
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Malgré les indestructibles divergences de structure mentale qui les
séparent, les peuples sont condamnés à des relations commerciales de
plus en plus étroites. Ils continueront à se haïr, mais ne pourront
éviter d’échanger les produits différents que chacun obtient suivant ses
capacités, son sol et son climat.
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On peut raisonnablement espérer qu’après des luttes sauvages ayant
détruit des millions d’hommes, dévasté d’antiques cités, ruiné de
puissants empires, les philosophes allemands découvriront que, par suite
de l’interdépendance des nations, un peuple industriel s’enrichit plus
en exportant ses produits qu’en détruisant ses clients et leurs
richesses à coups de canon.
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Quand l’Europe obtiendra une paix prolongée, ce ne sera pas la force du
droit ni des conventions internationales qui la maintiendront, mais la
démonstration définitive de l’interdépendance économique des peuples.
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Supérieure à toutes les volontés, l’interdépendance des peuples pourra
provoquer une transformation profonde des idées qui mènent encore les
nations et leurs maîtres.