Les futures menaces de la politique.
De nouvelles croyances politiques se créeront nécessairement après la
guerre chez les hommes nouveaux, mais, se heurtant à des conceptions
trop anciennes pour être déracinées facilement, il en résultera de
violents conflits.
* * * * *
Les problèmes créés par la paix se trouveront aussi chargés d’imprévu
que ceux soulevés par la guerre. Il serait désespérant que les
politiciens seuls soient appelés à les résoudre.
* * * * *
Il faut dès à présent songer qu’au lendemain de la guerre la France
pourra se trouver sans matières premières, sans industries, sans fret,
sans charbon, avec des impôts triplés et beaucoup de villes à rebâtir.
Confier à des théoriciens politiques et non à des industriels, des
agriculteurs et des commerçants la direction du pays, serait engendrer
la ruine et l’anarchie.
* * * * *
L’esprit critique et l’esprit dogmatique resteront toujours trop
incompatibles pour n’être pas perpétuellement en lutte. Le premier
appartient à la sphère du rationnel, le second à celle du mystique et de
l’affectif.
* * * * *
L’esprit dogmatique croit et ne raisonne pas. Il ne règne pas seulement
dans les religions, mais aussi dans les institutions sociales et
militaires.
* * * * *
Le jacobinisme, le protectionnisme et le socialisme mis au service de
l’étatisme pourront constituer après la guerre des fléaux aussi funestes
que l’invasion germanique. Contraintes, inquisitions, réquisitions,
taxations deviendraient alors les principaux moyens de gouvernement.
* * * * *
Dans un pays où les partis politiques sont intolérants la centralisation
administrative restera longtemps nécessaire. La décentralisation
industrielle et financière semble seule possible.
* * * * *
La plus grande difficulté des futurs gouvernements sera d’équilibrer les
intérêts souvent contraires des divers groupements sociaux de façon
qu’ils ne se nuisent pas réciproquement et respectent l’intérêt général.