L’organisation et la compétence.
L’organisation résulte simplement de l’application des principes
dominant toutes les sciences: dissocier les éléments générateurs d’un
phénomène, les étudier séparément et rechercher l’influence de chacun
d’eux. Pareille méthode implique division du travail, compétence et
discipline.
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D’Alexandre à Auguste et à Napoléon tous les esprits supérieurs furent
de grands organisateurs. Aucun d’eux n’ignora qu’organiser ne consiste
pas seulement à créer des règlements, mais aussi à les faire exécuter.
Dans cette exécution gît la principale difficulté de l’organisation.
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Pas d’organisation possible si chaque individu et chaque chose
n’occupent pas leur vraie place. L’application de cette élémentaire
vérité demande malheureusement une clairvoyance assez rare chez certains
peuples.
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La valeur d’une organisation quelconque dépend du chef placé à sa tête.
Les collectivités, aptes à exécuter, sont incapables de diriger et moins
encore de créer.
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Appliquées à l’organisation d’œuvres de prévoyance sociale,
d’assurances, de retraites et d’éducation technique les habitudes de
travail collectif et de discipline rendirent d’immenses services aux
Allemands. Leur organisation de l’apprentissage, par exemple, empêcha
chez eux la crise de la main-d’œuvre si menaçante en France.
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L’absence de coordination des services semble le plus irréductible
défaut des administrations latines. Des générations de ministres ont
vainement tenté d’y remédier. Ce défaut sévissait à tel point qu’à Paris
une rue était dépavée et repavée trois à quatre fois dans le même mois,
parce que les services du gaz, de l’eau et de l’électricité ne
parvenaient pas à s’entendre pour faire en une seule fois cette
opération. Pendant la guerre on vit des délégués officiels, envoyés en
Amérique par deux ministères différents, se faire concurrence pour
acheter les mêmes chevaux que, faute d’entente préalable, ils payaient
quatre fois plus cher.
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Multiplier les contrôles dans un service public c’est éparpiller
tellement les responsabilités qu’elles finissent par disparaître. Ce qui
est contrôlé par trop de personnes n’est jamais bien contrôlé.
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La faible valeur de l’organisation des services publics dans certains
pays ne tient pas seulement à l’indifférence des employés et à leur peur
des responsabilités, mais à ce que la faveur remplace souvent la
compétence.
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Les Américains semblent avoir très bien saisi tous les secrets de
l’organisation. Leur grand ingénieur Taylor a montré que dans la plupart
des travaux d’usine on peut, en éliminant méthodiquement les efforts
inutiles, obtenir les mêmes résultats avec beaucoup moins de fatigue.
Quantité d’usines, même allemandes, sont maintenant organisées d’après
ce principe.
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La nécessité devient vite un puissant facteur d’organisation. Il est
douteux que l’esprit de méthode réputé des Allemands soit supérieur à
celui qui permit aux Anglais de former en deux ans une armée de 4
millions d’hommes avec ses officiers, ses munitions et tout le matériel
compliqué des guerres modernes.
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Une des causes de notre faiblesse économique et gouvernementale tient à
ce que les industriels étaient mis chez nous à l’écart du gouvernement
ou traités en suspects. Les nécessités de la guerre ayant rendu leur
concours indispensable, on dut constater que des problèmes fort
complexes furent, grâce à eux, facilement résolus. S’ils n’agirent pas
toujours assez vite, c’est que la redoutable incompétence des bureaux
entrava constamment leur action.
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L’interview de l’administrateur général des vivres en Amérique serait
utilement affichée dans certains bureaux dont l’organisation fut si
défectueuse pendant la guerre.
«Les vivres n’ont pas besoin, disait-il, d’une dictature, mais d’une
sage administration. Je conçois, pour moi, cette administration non dans
des décrets draconiens ou des inquisitions arbitraires, mais dans une
harmonieuse entente et une intelligente coopération des trois grands
groupes intéressés: producteurs, distributeurs, consommateurs. Mes
conseillers seront pris exclusivement parmi ces trois groupes et non
parmi les théoriciens ou les bureaucrates.» Quel abîme entre la
mentalité qui a dicté ces lignes et celle de nos gouvernants!
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La Russie a constaté expérimentalement que l’organisation même médiocre
d’un grand pays est fort longue à établir et ne s’improvise pas. Cette
organisation n’acquiert de valeur qu’après avoir été fixée dans les
âmes.
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L’excès d’organisation ne semble pas toujours favorable au progrès. La
méticuleuse organisation de la Chine finit par paralyser toutes les
initiatives et la conduisit à un état de décrépitude dont elle ne peut
sortir.
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Un pays gouverné par l’opinion ne saurait l’être par la compétence.
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Le nombre peut créer l’autorité, mais non la compétence.
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Une des grandes supériorités de l’industrie sur les administrations
publiques est que la compétence s’y voit préférer à la hiérarchie et
surtout à la faveur.
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La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans
compétence.
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La compétence devient inefficace dès qu’elle est sous les ordres de
l’incompétence.