La morale.
Parmi les causes de la force d’un peuple figure au premier rang le degré
de sa moralité. Lorsque la Russie se trouva sans munitions ni vivres,
par la faute d’une série de ministres, de généraux et de bureaucrates
prévaricateurs, elle comprit nettement le rôle de la morale dans la vie
des nations.
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La morale d’un peuple est l’œuvre de son passé. Le présent crée les
vertus de l’avenir. Nous vivons de la morale de nos pères et nos fils
vivront de la nôtre.
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Toute règle morale est d’abord une gêne, une contrainte qu’il faut
imposer. La répétition seule en fait une habitude facilement acceptable.
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Une moralité commerciale élevée donne à un peuple la supériorité sur des
rivaux n’atteignant pas le même degré de moralité. Quand un éditeur, par
exemple, inscrit sur la couverture d’un guide ancien une date récente
pour tromper l’acheteur, ou qu’un fabricant réputé d’objectifs met sa
marque sur un instrument médiocre, ils ne font que favoriser les
concurrents étrangers tenant à jour leurs guides et vérifiant leurs
instruments.
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La guerre actuelle aura contribué à prouver que, même en politique,
l’honnêteté est utile. L’Allemagne sait aujourd’hui ce que lui coûta la
violation de ses engagements à l’égard de la Belgique. Les ministres
russes qui trahirent leur patrie et occasionnèrent les désastres d’où
sortit la révolution durent faire dans leurs cachots de sérieuses
réflexions sur les avantages de la probité.
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On citera pendant longtemps comme preuve de l’inintelligence des foules
les socialistes russes complotant d’abandonner les Alliés, entrés en
guerre uniquement pour défendre la Russie, sans comprendre que de tels
projets déshonoraient leur pays et engendraient à son égard une méfiance
qui l’empêcherait à l’avenir de trouver des alliés.
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L’honnêteté raisonnée est de la sagesse, mais du fait seul qu’on la
raisonne elle tend à ne plus être de l’honnêteté.
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Un des plus sûrs résultats des manœuvres diplomatiques allemandes fut de
provoquer une méfiance universelle. L’Allemagne a détruit dans le monde
toute confiance en ses discours. Elle souffrira longtemps de cette
défiance désormais indestructible.
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En méprisant, au nom de leurs théories philosophiques, toutes les lois
morales pendant la guerre, les Allemands auront involontairement
contribué à la création d’une morale internationale. Réunis pour se
défendre, les peuples ont tellement insisté sur les principes pour
lesquels ils luttaient que ceux-ci, jadis un peu vagues, finiront par
s’incruster dans les âmes et inspirer un respect si universel qu’on
n’osera plus les violer.
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Suivant les philosophes allemands, la morale qui règle les rapports
entre individus ne s’applique pas aux États. En leur qualité de
souverains absolus, les gouvernements ne sont liés par aucun traité. On
ne pourra évidemment attacher qu’une confiance bien limitée aux futurs
contrats faits avec un pays professant de pareilles doctrines.