La vie des morts et la philosophie de la mort.
Les qualités de caractère qui font la grandeur d’un peuple sont l’œuvre
de ses aïeux. L’âme des vivants est façonnée par celle des morts.
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Dans les grands conflits, pouvant décider du sort d’un peuple,
l’invisible armée des morts guide les gestes des combattants. La
bataille de la Marne fut gagnée par des morts. Ils étaient là plus
nombreux que les vivants, ceux de Tolbiac, de Bouvines, de Marengo et de
toutes les gloires passées, pour empêcher la France de sombrer dans
l’abîme où semblait la pousser un sinistre destin.
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Les volontés des vivants ne luttent pas facilement contre celle des
morts.
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En Angleterre, l’opinion des morts est plus puissante que celle des
vivants. Le gouvernement anglais en fit l’expérience pendant la première
année de la guerre. Conquérir l’âme des morts à travers celle des
vivants fut sa plus difficile tâche.
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L’inconscient, où s’élaborent les motifs de beaucoup de nos actes,
représente une condensation de l’âme des aïeux.
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Les morts doivent avoir leur place dans la direction d’une société, mais
il ne faut pas que leur puissance soit trop tyrannique, car, ne pouvant
progresser, ils tendent à paralyser le progrès.
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La discipline interne créée par les morts est toujours moins dure que la
discipline externe imposée par des vivants. Les individus et les peuples
ne possédant pas la première doivent se résigner à subir la seconde.
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Quand l’homme écoute l’âme de sa race, le sens de la mort devient
nouveau pour lui. Il comprend alors que sous l’éphémère se cache la
durée, et que la perpétuité refusée à l’individu est accordée à la race
dont il représente un fragment.
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La mort n’est qu’un déplacement d’individualités. L’hérédité fait
circuler les mêmes âmes à travers la suite des générations d’une même
race.
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Nos actes ne sont éphémères qu’en apparence. Leurs répercussions se
prolongent parfois pendant des siècles. La vie du présent tisse celle de
l’avenir.
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Nos formes transitoires recèlent un contenu éternel. Héritier d’un long
passé, chaque être, momentanément surgi sur la ligne du temps, renferme
un nombre immense de générations attendant l’heure d’échapper à leur
provisoire néant.