n’arrangent rien. On assiste à l’effondrement des valeurs internet en bourse.
Les recettes publicitaires sont moins importantes que prévu, alors qu’elles
représentent souvent la principale source de revenus. Dans tous les secteurs, y
compris l’industrie du livre, le ralentissement de l’économie entraîne la
fermeture d’entreprises ou bien le licenciement d’une partie de leur personnel.
C’est le cas par exemple de Britannica.com en 2000, d’Amazon.com et BOL.fr en
2001, de Cytale, Vivendi et Bertelsmann en 2002, et enfin de Gemstar et 00h00 en
2003.
En novembre 2000, la société Britannica.com, qui gère la version web de
l’Encyclopædia Britannica, annonce sa restructuration dans l’optique d’une
meilleure rentabilité. 25% du personnel est licencié, soit 75 personnes.
L’équipe de la version imprimée n’est pas affectée.
En janvier 2001, la librairie Amazon.com, qui emploie 1 800 personnes en Europe,
annonce une réduction de 15% de ses effectifs et la restructuration du service
clientèle européen, qui était basé à La Haye (Pays-Bas). Les 240 personnes
qu’emploie ce service sont transférées dans les centres de Slough (Royaume-Uni)
et Regensberg (Allemagne). Aux Etats-Unis, dans la maison-mère, suite à un
quatrième trimestre 2000 déficitaire, les effectifs sont eux aussi réduits de
15%, ce qui entraîne 1 300 licenciements.
En juillet 2001, après deux ans d’activité, la librairie en ligne française
BOL.fr ferme définitivement ses portes. Créée par deux géants des médias,
l’allemand Bertelsmann et le français Vivendi, BOL.fr faisait partie du réseau
de librairies BOL.com (BOL: Bertelsmann on line).
En avril 2002, la société française Cytale, qui avait lancé en janvier 2001 le
Cybook, une tablette électronique de lecture, doit se déclarer en cessation de
paiement, suite à des ventes très inférieures aux pronostics. L’administrateur
ne parvenant pas à trouver un repreneur, Cytale est mis en liquidation
judiciaire en juillet 2002 et cesse ses activités.
En juillet 2002, la démission forcée de Jean-Marie Messier, PDG de Vivendi
Universal, une multinationale basée à Paris et à New York, marque l’arrêt des
activités fortement déficitaires de Vivendi liées à l’internet et au multimédia,
et la restructuration de la société vers des activités plus traditionnelles.
En août 2002, la multinationale allemande Bertelsmann décide de mettre un frein
à ses activités internet et multimédias afin de réduire son endettement.
Bertelsmann se recentre lui aussi sur le développement de ses activités
traditionnelles, notamment sa maison d’édition Random House et l’opérateur
européen de télévision RTL.
En juin 2003, Gemstar, une société américaine spécialisée dans les produits et
services numériques pour les médias, décide de cesser son activité eBook, à
savoir la vente de ses tablettes de lecture Gemstar eBook, puis celle des
livres numériques le mois suivant. Cette cessation d’activité sonne également le
glas de 00h00, pionnier de l’édition en ligne commerciale, fondé à Paris en mai
1998 et racheté par Gemstar en septembre 2000.
Toutefois, pendant la même période, les ventes d’assistants personnels (PDA)
sont en forte progression, tout comme le nombre de livres numériques disponibles
pour PDA. Un beau démenti au scepticisme de certains professionnels du livre qui
jugent leur écran beaucoup trop petit et voient mal l’activité noble qu’est la
lecture voisiner avec l’utilisation d’un agenda, d’un dictaphone ou d’un lecteur
de MP3.
12.4. La relation information-utilisateur
L'internet offre un nouvel outil (relativement) économique abolissant les
frontières. Une encyclopédie multilingue est désormais disponible à un prix
défiant toute concurrence, une fois l’ordinateur payé. Le courriel, les forums,
les chats et les blogs favorisent l’aide mutuelle et le débat d’idées.
Dans The World Wide Web: A Very Short Personal History, Tim Berners-Lee,
inventeur du web, écrit en avril 1998: «Le rêve derrière le web est un espace
d’information commun dans lequel nous communiquons en partageant l’information.
Son universalité est essentielle, à savoir le fait qu’un lien hypertexte puisse
pointer sur quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global,
aussi bien une ébauche qu’une réalisation très sophistiquée.»
Un auteur peut désormais faire connaître ses oeuvres en créant un site web, sans
attendre de trouver un éditeur ou en se passant tout simplement d’éditeur, et il
peut facilement échanger avec ses lecteurs. Nombreux sont les écrivains,
journalistes, bibliothécaires, enseignants, etc. qui participent à
l’enrichissement d’une toile littéraire, artistique et scientifique. La presse
en ligne est bien assise à côté des journaux et magazines imprimés. Les
libraires en ligne peuvent vendre des livres étrangers ou bien vendre à
l’étranger des livres publiés dans leur pays. Les lecteurs ont à leur
disposition des extraits ou parfois même le texte intégral des nouveautés,
qu’ils peuvent feuilleter tout à loisir à l’écran. Outre les éditeurs
traditionnels utilisant le web comme vitrine, on voit apparaître les éditeurs
électroniques, qui utilisent l’internet pour la découverte des oeuvres, leur
publication, leur promotion et leur diffusion. Les éditeurs universitaires et
spécialisés peuvent largement diffuser leurs publications électroniques sans
passer par des publications imprimées devenues trop coûteuses sinon inutiles.
Les bibliothèques traditionnelles disposent elles aussi d’une vitrine pour faire
connaître leurs collections. Les bibliothèques numériques se développent
rapidement. Grâce à elles, on dispose du texte intégral de dizaines de milliers
d’oeuvres du domaine public. A ceci s’ajoutent les collections d’images, de
musique, de vidéos et de films.
Outre ce changement radical dans la relation information-utilisateur, on assiste
à une transformation radicale de la nature même de l’information. En 1974,
Vinton Cerf co-invente avec Bob Kahn le protocole TCP/IP, à la base de tout
échange de données sur le réseau. Sur le site de l'Internet Society (ISOC),
qu'il fonde en 1992 pour promouvoir le développement de l’internet, il explique:
«Le réseau fait deux choses (...): comme les livres, il permet d’accumuler de la
connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en
relation avec d’autres informations. Alors que, dans un livre, l’information est
maintenue isolée.» De plus, l’information contenue dans les livres reste la
même, au moins pendant une période donnée, alors que l'internet privilégie
l’information la plus récente qui, elle, est en constante mutation.
Il s'ensuit un changement dans la manière d'enseigner. Dès septembre 1996, dans
Creativity and the Computer Education Industry, une communication de la 14e
conférence mondiale de l’International Federation of Information Processing
(IFIP), Dale Spender, professeur à l’Université de Queensland (Australie), tente
d’analyser ce changement. Voici son argumentation résumée en deux paragraphes.
Depuis plus de cinq siècles, l’enseignement est essentiellement basé sur
l’information procurée par les livres. Or les habitudes liées à l’imprimé ne
peuvent être transférées dans l’univers numérique. L’enseignement en ligne offre
des possibilités tellement nouvelles qu’il n’est guère possible d’effectuer les
distinctions traditionnelles entre enseignant et enseigné. Le passage de la
culture imprimée à la culture numérique exige donc d’entièrement repenser le
processus d’acquisition du savoir, puisqu'on a maintenant l’opportunité sans
précédent de pouvoir influer sur le type d’enseignement qu'on souhaite recevoir.
Dans la culture imprimée, l’information contenue dans les livres reste la même
un certain temps, ce qui encourage à penser que l’information est stable. La
nature même de l’imprimé est liée à la notion de vérité, stable elle aussi.
Cette stabilité et l’ordre qu’elle engendre sont un des fondements de l’âge
industriel et de l’ère des sciences et techniques. Les notions de vérité, de
loi, d’objectivité et de preuve sont le fondement de nos croyances et de nos
cultures. Mais l’avènement du numérique change tout ceci. Soudain l’information
en ligne supplante l’information imprimée pour devenir la plus fiable et la plus
utile, et l’usager est prêt à la payer en conséquence. Cette transformation
radicale de la nature même de l’information doit être au cœur du débat relatif
aux nouvelles méthodes d’enseignement.
En juillet 1998, Patrick Rebollar, professeur de français et d’informatique dans
des universités japonaises, analyse l’impact de l’internet sur sa vie
professionnelle: «Mon travail de recherche est différent, mon travail
d’enseignant est différent, mon image en tant qu’enseignant-chercheur de langue
et de littérature est totalement liée à l’ordinateur, ce qui a ses bons et ses
mauvais côtés (surtout vers le haut de la hiérarchie universitaire, plutôt
constituée de gens âgés et technologiquement récalcitrants). J’ai cessé de
m’intéresser à certains collègues proches géographiquement mais qui n’ont rien
de commun avec mes idées, pour entrer en contact avec des personnes inconnues et
réparties dans différents pays (et que je rencontre parfois, à Paris ou à Tokyo,
selon les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La différence est
d’abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de méthode de
documentation, puis de méthode d’enseignement privilégiant l’acquisition des
méthodes de recherche par mes étudiants, au détriment des contenus (mais cela
dépend des cours). Progressivement, le paradigme réticulaire l’emporte sur le
paradigme hiérarchique - et je sais que certains enseignants m’en veulent à mort
d’enseigner ça, et de le dire d’une façon aussi crue. Cependant ils sont obligés
de s’y mettre...»
Professeur au département d’études françaises de l’Université de Toronto, Russon
Wooldridge relate en mai 2001: «Mes activités de recherche, autrefois menées
dans une tour d'ivoire, se font maintenant presque uniquement par des
collaborations locales ou à distance. (...) Tout mon enseignement exploite au
maximum les ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux
communs d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je
mets tous les matériaux des cours. Je mets toutes les données de mes recherches
des vingt dernières années sur le web (réédition de livres, articles, textes
intégraux de dictionnaires anciens en bases de données interactives, de traités
du 16e siècle, etc.). Je publie des actes de colloques, j'édite un journal, je
collabore avec des collègues français, mettant en ligne à Toronto ce qu'ils ne
peuvent pas publier en ligne chez eux.»
L’internet permet une information en profondeur qu’aucun organe de presse,
éditeur ou bibliothèque ne pouvait donner jusqu’ici: rapidité de propagation des
informations, accès immédiat à de nombreux sites d’information, liens vers des
articles et sources connexes, énormes capacités documentaires allant du général
au spécialisé et réciproquement (cartes géographiques, notices biographiques,
textes officiels, informations d’ordre politique, économique, social, culturel,
etc.), grande variété d’illustrations (photos, graphiques, tableaux, vidéos,
etc.), possibilité d’archivage avec moteur de recherche, etc.
Certains s'inquiètent des dérives commerciales du réseau. Lucie de Boutiny,
romancière multimédia, relate en juin 2000: «Des stratégies utopistes avaient
été mises en place mais je crains qu’internet ne soit plus aux mains
d’internautes comme c’était le cas. L’intelligence collective virtuelle pourtant
se défend bien dans divers forums ou listes de discussions, et ça, à défaut
d’être souvent efficace, c’est beau. Dans l’utopie originelle, on aurait aimé
profiter de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette
tarte à la crème qu’on se reçoit chaque jour, merci à la société du spectacle,
et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n’est, du point de vue de
l’art, jamais devenue un média de création ambitieux.»
Xavier Malbreil, auteur hypermédia, est plus optimiste. «Concernant l’avenir de
l’internet, je le crois illimité, explique-t-il en mars 2001. Il ne faut pas
confondre les gamelles que se prennent certaines start-up trop gourmandes, ou
dont l’objectif était mal défini, et la réalité du net. Mettre des gens éloignés
en contact, leur permettre d’interagir, et que chacun, s’il le désire, devienne
son propre fournisseur de contenu, c’est une révolution dont nous n’avons pas
encore pris toute la mesure.»
Cet optimisme est partagé par Christian Vandendorpe, professeur à l’Université
d’Ottawa, qui écrit à la même date: «Cet outil fabuleux qu’est le web peut
accélérer les échanges entre les êtres, permettant des collaborations à distance
et un épanouissement culturel sans précédent. Mais cet espace est encore
fragile. (...) Il existe cependant des signes encourageants, notamment dans le
développement des liaisons de personne à personne et surtout dans l’immense
effort accompli par des millions d’internautes partout au monde pour en faire
une zone riche et vivante.»
12.5. Ecriture et édition en ligne
De l’avis de Jean-Pierre Balpe, directeur du département hypermédias de
l’Université Paris 8, interviewé en février 2002, «les technologies numériques
sont une chance extraordinaire du renouvellement du littéraire». Depuis 1998, de
nombreux genres ont vu le jour: sites d’écriture hypermédia, oeuvres de fiction
hypertexte, romans multimédias, hyper-romans, mail-romans, etc. Le texte
fusionne avec l’image et le son en intégrant dessins, graphiques, photos,
chansons, musique ou vidéos.
Lucie de Boutiny, qui participe à ce vaste mouvement, écrit en juin 2000:
«Depuis l’archaïque minitel si décevant en matière de création télématique,
c’est bien la première fois que, via le web, dans une civilisation de l’image,
l’on voit de l’écrit partout présent 24 h / 24, 7 jours / 7. Je suis d’avis que
si l’on réconcilie le texte avec l’image, l’écrit avec l’écran, le verbe se fera
plus éloquent, le goût pour la langue plus raffiné et communément partagé.»
L’internet renouvelle aussi la manière d’écrire. Webmestre du site hypermédia
cotres.net, Jean-Paul relate en juin 2000: «L’internet n’a pas changé ma vie,
mais mon rapport à l’écriture. On n’écrit pas de la même manière pour un site
que pour un scénario, une pièce de théâtre, etc. (...) Depuis, j’écris (compose,
mets en page, en scène) directement à l’écran.»
Chose qu’on oublie trop souvent, il rappelle que toutes les fonctionnalités de
l’internet étaient déjà en gestation dans le Macintosh - couramment appelé Mac -
lancé en 1984 par Apple. Premier ordinateur personnel à disposer d’une interface
graphique intuitive facilement utilisable par le non spécialiste, le Mac
remporte un succès colossal parce qu’il facilite le rapport entre l’utilisateur
et l’information.
«En fait, ce n'est pas sur la toile, c'est dans le premier Mac que j'ai
découvert l'hypermédia à travers l'auto-apprentissage d'Hypercard, écrit
Jean-Paul. Je me souviens encore de la stupeur dans laquelle j'ai été plongé,
durant le mois qu'a duré mon apprentissage des notions de boutons, liens,
navigation par analogies, par images, par objets. L'idée qu'un simple clic sur
une zone de l'écran permettait d'ouvrir un éventail de piles de cartes dont
chacune pouvait offrir de nouveaux boutons dont chacun ouvrait un nouvel
éventail dont... bref l'apprentissage de tout ce qui aujourd'hui sur la toile
est d'une banalité de base, cela m'a fait l'effet d'un coup de foudre (il paraît
que Steve Jobs et son équipe eurent le même choc lorsqu'ils découvrirent
l'ancêtre du Mac dans les laboratoires de Rank Xerox). Depuis, j'écris (compose,
mets en page, en scène) directement à l'écran. L'état "imprimé" de mon travail
n'est pas le stade final, le but; mais une forme parmi d'autres, qui privilégie
la linéarité et l'image, et qui exclut le son et les images animées.»
Quelles sont les perspectives quelques années après? En janvier 2007,
«l’hypermédia est maintenant une évidence. (...) La partie du public formée à
cette école et s’intéressant à la littérature demandera de nouvelles formes de
récit. Entre-temps, les juristes auront remplacé le "droit d’auteur" par un
"droit d’entoileur", libérant mes ayant-droits de tout souci de royautés.
L’argent commencera à circuler. Et les "auteurs" (?) pourront enfin prendre au
corps la seule vraie question de cette histoire : le remplacement de la
linéarité par la simultanéité, l’ubiquité. Ce que font déjà les jeux de
stratégie, dans leur domaine. Et ce sera banzaï pour un siècle au moins de
littérature hypermédiatique, avant de souffler un peu pour se regarder dans le
rétroviseur.»
De même que la littérature numérique contribue au renouvellement du littéraire,
l’édition électronique contribue au renouvellement de l’édition. Nombre
d'auteurs mettent leurs espoirs dans l’édition électronique, commerciale ou non,
pour bousculer une édition traditionnelle qui aurait fort besoin d’une cure de
rajeunissement.
Selon Lucie de Boutiny, interviewée en juin 2000, la littérature hypertextuelle,
«qui passe par le savoir-faire technologique, rapproche donc le techno-écrivain
du scénariste, du dessinateur BD, du plasticien, du réalisateur de cinéma.
Quelles en sont les conséquences au niveau éditorial? Faut-il prévoir un budget
de production en amont? Qui est l’auteur multimédia? Qu’en est-il des droits
d’auteur? Va-t-on conserver le copyright à la française? L’HTX (hypertext
literature) sera publiée par des éditeurs papier ayant un département
multimédia? De nouveaux éditeurs vont émerger et ils feront un métier proche de
la production? Est-ce que nous n’allons pas assister à un nouveau type d’oeuvre
collective? Bientôt le sampling littéraire protégé par le copyleft?»
Anne-Bénédicte Joly, écrivain auto-éditant ses oeuvres, écrit en mai 2001:
«Certains éditeurs on line tendent à se comporter comme de véritables éditeurs
en intégrant des risques éditoriaux comme le faisaient au début du siècle
dernier certains éditeurs classiques. Il est à ma connaissance absolument
inimaginable de demander à des éditeurs traditionnels d’éditer un livre en
cinquante exemplaires. L’édition numérique offre cette possibilité, avec en plus
réédition à la demande, presque à l’unité. (...) Je suis ravie que des
techniques (internet, édition numérique, ebook...) offrent à des auteurs des
moyens de communication leur permettant d’avoir accès à de plus en plus de
lecteurs.»
Pour les documentaires également, on commence à utiliser les formes d’écriture
et de lecture devenues courantes dans le domaine de l’hyperfiction. Outre
plusieurs possibilités de lecture, linéaire, non linéaire, par thèmes, etc., le
documentaire hypermédia offre de réels avantages par rapport au documentaire
imprimé. Il permet l’accès immédiat aux documents cités. Les erreurs peuvent
être aussitôt corrigées. Le livre peut être régulièrement actualisé, en y
incluant par exemple les développements les plus récents sur tel sujet ou les
derniers chiffres et statistiques. Ces horripilants index en fin d’ouvrage -
mais combien pratiques, au moins quand ils existent - sont remplacés par un
moteur de recherche ou une base interactive.
Tout comme pour l’hyperfiction, il reste à inventer un nouveau type de maison
d’édition spécialisée dans ce type de documentaire, avec actualisation
immédiate. Si ceci vaut pour tous les sujets, cela paraît d’autant plus
indispensable pour les nouvelles technologies, l’internet et le web. La place
des livres traitant du web n’est-elle pas sur le web? L’auteur pourrait choisir
de mettre son livre en consultation payante ou gratuite. La question du droit
d’auteur serait également entièrement à revoir. Copyright ou copyleft? Paiement
à la source ou paiement à la consultation? Et comment l’éditeur serait-il
rémunéré?
A l’heure de l’internet, pour les documentaires comme pour la fiction, il
s'avère peut-être nécessaire de créer de toutes pièces une structure éditoriale
entièrement numérique se démarquant des schémas traditionnels. De nombreux
auteurs seraient certainement heureux d’expérimenter un nouveau système, au lieu
de se plier à un système traditionnel très contraignant, qui n’est peut-être
plus de mise maintenant qu’on dispose d’un moyen de diffusion à moindres frais
échappant aux frontières. Ces nouveaux éditeurs seraient différents des éditeurs
en ligne, électroniques ou numériques apparus ces dernières années, qui sont
souvent issus de l’édition traditionnelle et la copient encore. Il s’agirait
d’éditeurs qui repenseraient la chaîne éditoriale de fond en comble tout en
faisant un véritable travail d’éditeur (découverte, sélection, diffusion et
promotion).
Ces nouveaux éditeurs pourraient adopter des méthodes originales spécifiques au
réseau: envoi des manuscrits sous forme électronique, délais de réponse courts,
critères de sélection transmis par courrier électronique, publication rapide,
droits d’auteur plus élevés avec montant disponible en ligne, vente simultanée
de la version imprimée (impression à la demande) et de la version numérique en
plusieurs formats, véritable diffusion et véritable promotion de l’oeuvre selon
une méthode qui reste à mettre au point et ne se limiterait pas à un descriptif
avec un extrait en téléchargement libre, versions revues et corrigées facilement
envisageables sinon encouragées dans le domaine des sciences et techniques, etc.
Tous arguments bien théoriques peut-être, mais il existe certainement de
nouvelles pistes à explorer.
Journaliste et infographiste, Marc Autret a derrière lui dix ans de journalisme
multi-tâches et d’hyper-formation dans le domaine de l’édition, du multimédia et
du droit d’auteur. «C’est un "socle" irremplaçable pour mes activités
d’aujourd’hui, qui en sont le prolongement technique, explique-t-il en décembre
2006. Je suis un "artisan" de l’information et je travaille essentiellement avec
des éditeurs. Ils sont tellement en retard, tellement étrangers à la révolution
numérique, que j’ai du pain sur la planche pour pas mal d’années. Aujourd’hui je
me concentre sur le conseil, l’infographie, la typographie, le pré-presse et le
webdesign, mais je sens que la part du logiciel va grandir. Des secteurs comme
l’animation 3D, l’automatisation des tâches de production, l’intégration
multi-supports, la base de données et toutes les technologies issues de XML vont
s’ouvrir naturellement. Les éditeurs ont besoin de ces outils, soit pour mieux
produire, soit pour mieux communiquer. C’est là que je vois l’évolution, ou
plutôt l’intensification, de mon travail.»
12.6. Numérique versus imprimé
Les documents imprimés récents sont issus d’une version électronique sur
traitement de texte, tableur ou base de données. Il est fréquent qu’un même
document soit disponible en deux versions, numérique et imprimée. Pour des
raisons budgétaires, de plus en plus de publications n’existent qu’en version
électronique. Outre sa facilité d’accès et son faible coût, le document
électronique peut être régulièrement actualisé. Point n’est besoin d’attendre
une nouvelle édition imprimée soumise aux contraintes commerciales ou aux
exigences de l’éditeur, notamment pour les ouvrages et périodiques scientifiques
et techniques, dans lesquels l’information récente est primordiale.