Bruno Didier, webmestre de la Bibliothèque de l’Institut Pasteur, écrit en août

1999: «Internet n’est une propriété ni nationale, ni linguistique. C’est un

vecteur de culture, et le premier support de la culture, c’est la langue. Plus

il y a de langues représentées dans leur diversité, plus il y aura de cultures

sur internet. Je ne pense pas qu’il faille justement céder à la tentation

systématique de traduire ses pages dans une langue plus ou moins universelle.

Les échanges culturels passent par la volonté de se mettre à la portée de celui

vers qui on souhaite aller. Et cet effort passe par l’appréhension de sa langue.

Bien entendu c’est très utopique comme propos. Concrètement, lorsque je fais de

la veille, je peste dès que je rencontre des sites norvégiens ou brésiliens sans

un minimum d’anglais.»

Dès décembre 1997, le moteur de recherche AltaVista lance Babel Fish

Translation, un logiciel de traduction automatique de l’anglais vers cinq autres

langues (allemand, espagnol, français, italien, portugais), et vice versa.

Alimenté par un dictionnaire multilingue de 2,5 millions de mots, ce service

gratuit est l’oeuvre de Systran, société pionnière en traitement automatique des

langues. Le texte à traduire doit être de trois pages maximum. La page originale

et la traduction apparaissent en vis-à-vis à l’écran. La traduction étant

entièrement automatisée, elle est évidemment approximative. Si cet outil a ses

limites, il a le mérite d’exister et il préfigure ceux de demain, développés

entre autres par Systran, Alis Technologies, Globalink et Lernout & Hauspie.

Communiquer dans plusieurs langues implique d’avoir des systèmes de codage

adaptés à nos alphabets ou idéogrammes respectifs.

Le premier système de codage informatique est l’ASCII (American standard code

for information interchange). Publié par l’American National Standards Institute

(ANSI) en 1968, avec actualisation en 1977 et 1986, l'ASCII est un code standard

de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A est traduit par

«1000001», B est traduit par «1000010», etc.). Les 128 caractères comprennent 33

caractères de contrôle (qui ne représentent donc pas de symbole écrit) et 95

caractères imprimables: les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et

minuscules (a-z), les chiffres, les signes de ponctuation et quelques symboles,

le tout correspondant aux touches du clavier anglais ou américain.

L'ASCII permet uniquement la lecture de l’anglais et du latin. Il ne permet pas

de prendre en compte les lettres accentuées présentes dans bon nombre de langues

européennes, et à plus forte raison les systèmes non alphabétiques (chinois,

japonais, coréen, etc.). Ceci ne pose pas de problème majeur les premières

années, tant que l’échange de fichiers électroniques se limite essentiellement à

l’Amérique du Nord. Mais le multilinguisme devient bientôt une nécessité vitale.

Des variantes de l’ASCII (norme ISO-8859 ou ISO-Latin) prennent en compte les

caractères accentués de quelques langues européennes. La variante pour le

français est définie par la norme ISO 8859-1 (Latin-1). Mais le passage de

l’ASCII original à ses différentes extensions devient vite un véritable

casse-tête, y compris au sein de l’Union européenne, les problèmes étant entre

autres la multiplication des variantes, la corruption des données dans les

étapes transitoires ou encore l’incompatibilité des systèmes, les pages ne

pouvant être affichées que dans une seule langue à la fois.

Avec le développement du web, l’échange des données s’internationalise de plus

en plus. On ne peut plus se limiter à l’utilisation de l’anglais et de quelques

langues européennes, traduites par un système d’encodage datant des années 1960.

Publié pour la première fois en janvier 1991, l’Unicode est un système de codage

«universel» sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour chaque caractère. Ce

nombre est lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et la langue

utilisés. L’Unicode peut traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte

tous les systèmes d’écriture de la planète. A la grande satisfaction des

linguistes, il remplace progressivement l’ASCII. L’Unicode dispose de plusieurs

variantes en fonction des besoins, par exemple UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF:

Unicode transformation format). Il devient une composante des spécifications du

W3C (World Wide Web Consortium), l'organisme international chargé du

développement du web.

L’utilisation de l’Unicode se généralise en 1998, par exemple pour les fichiers

texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000, Windows XP et versions

suivantes), qui étaient jusque-là en ASCII. Mais l’Unicode ne peut résoudre tous

les problèmes, comme le souligne en juin 2000 Luc Dall’Armellina, co-auteur et

webmestre d’oVosite, un espace d’écritures multimédias: «Les systèmes

d’exploitation se dotent peu à peu des kits de langues et bientôt peut-être de

polices de caractères Unicode à même de représenter toutes les langues du monde;

reste que chaque application, du traitement de texte au navigateur web, emboîte

ce pas. Les difficultés sont immenses: notre clavier avec ses ± 250 touches

avoue ses manques dès lors qu’il faille saisir des Katakana ou Hiragana

japonais, pire encore avec la langue chinoise. La grande variété des systèmes

d’écritures de par le monde et le nombre de leurs signes font barrage. Mais les

écueils culturels ne sont pas moins importants, liés aux codes et modalités de

représentation propres à chaque culture ou ethnie.»

Que préconise Olivier Gainon, créateur de CyLibris et pionnier de l’édition

littéraire en ligne? « Première étape: le respect des particularismes au niveau

technique, explique-t-il en décembre 2000. Il faut que le réseau respecte les

lettres accentuées, les lettres spécifiques, etc. Je crois très important que

les futurs protocoles permettent une transmission parfaite de ces aspects - ce

qui n’est pas forcément simple (dans les futures évolutions de l’HTML, ou des

protocoles IP, etc.). Donc, il faut que chacun puisse se sentir à l’aise avec

l’internet et que ce ne soit pas simplement réservé à des (plus ou moins)

anglophones. Il est anormal aujourd’hui que la transmission d’accents puisse

poser problème dans les courriers électroniques. La première démarche me semble

donc une démarche technique. Si on arrive à faire cela, le reste en découle : la

représentation des langues se fera en fonction du nombre de connectés, et il

faudra envisager à terme des moteurs de recherche multilingues.»

11.2. Anglais versus autres langues

Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, l’internet est encore anglophone

à plus de 80% en 1998, un pourcentage qui s’explique par trois facteurs: a) la

création d’un grand nombre de sites web émanant des Etats-Unis, du Canada et du

Royaume-Uni; b) une proportion d'usagers particulièrement forte en Amérique du

Nord par rapport au reste du monde; c) l’anglais en tant que principale langue

d’échange internationale.

L’anglais reste en effet prépondérant et ceci n’est pas près de disparaître.

Comme indiqué en janvier 1999 par Marcel Grangier, responsable de la section

française des services linguistiques centraux de l’Administration fédérale

suisse, «cette suprématie n’est pas un mal en soi, dans la mesure où elle

résulte de réalités essentiellement statistiques (plus de PC par habitant, plus

de locuteurs de cette langue, etc.). La riposte n’est pas de "lutter contre

l’anglais" et encore moins de s’en tenir à des jérémiades, mais de multiplier

les sites en d’autres langues. Notons qu’en qualité de service de traduction,

nous préconisons également le multilinguisme des sites eux-mêmes. La

multiplication des langues présentes sur internet est inévitable, et ne peut que

bénéficier aux échanges multiculturels.»

Professeur en technologies de la communication à la Webster University de

Genève, Henri Slettenhaar insiste lui aussi sur la nécessité de sites bilingues,

dans la langue originale et en anglais. «Les communautés locales présentes sur

le web devraient en tout premier lieu utiliser leur langue pour diffuser des

informations, écrit-il en décembre 1998. Si elles veulent également présenter

ces informations à la communauté mondiale, celles-ci doivent être aussi

disponibles en anglais. Je pense qu’il existe un réel besoin de sites bilingues.

(...) Mais je suis enchanté qu’il existe maintenant tant de documents

disponibles dans leur langue originale. Je préfère de beaucoup lire l’original

avec difficulté plutôt qu’une traduction médiocre.» En août 1999, il ajoute: «A

mon avis, il existe deux types de recherches sur le web. La première est la

recherche globale dans le domaine des affaires et de l’information. Pour cela,

la langue est d’abord l’anglais, avec des versions locales si nécessaire. La

seconde, ce sont les informations locales de tous ordres dans les endroits les

plus reculés. Si l’information est à destination d’une ethnie ou d’un groupe

linguistique, elle doit d’abord être dans la langue de l’ethnie ou du groupe,

avec peut-être un résumé en anglais.»

Philippe Loubière, traducteur littéraire et dramatique, dénonce pour sa part la

main-mise anglophone sur le réseau. «Tout ce qui peut contribuer à la diversité

linguistique, sur internet comme ailleurs, est indispensable à la survie de la

liberté de penser, explique-t-il en mars 2001. Je n’exagère absolument pas:

l’homme moderne joue là sa survie. Cela dit, je suis très pessimiste devant

cette évolution. Les Anglo-saxons vous écrivent en anglais sans vergogne.

L’immense majorité des Français constate avec une indifférence totale le

remplacement progressif de leur langue par le mauvais anglais des marchands et

des publicitaires, et le reste du monde a parfaitement admis l’hégémonie

linguistique des Anglo-saxons parce qu’ils n’ont pas d’autres horizons que de

servir ces riches et puissants maîtres. La seule solution consisterait à

recourir à des législations internationales assez contraignantes pour obliger

les gouvernements nationaux à respecter et à faire respecter la langue nationale

dans leur propre pays (le français en France, le roumain en Roumanie, etc.),

cela dans tous les domaines et pas seulement sur internet. Mais ne rêvons

pas...»

Guy Antoine, fondateur du site Windows on Haiti, explique en novembre 1999:

«Pour des raisons pratiques, l'anglais continuera à dominer le web. Je ne pense

pas que ce soit une mauvaise chose, en dépit des sentiments régionalistes qui

s'y opposent, parce que nous avons besoin d'une langue commune permettant de

favoriser les communications à l'échelon international. Ceci dit, je ne partage

pas l'idée pessimiste selon laquelle les autres langues n'ont plus qu'à se

soumettre à la langue dominante. Au contraire. Tout d'abord l'internet peut

héberger des informations utiles sur les langues minoritaires, qui seraient

autrement amenées à disparaître sans laisser de trace. De plus, à mon avis,

l'internet incite les gens à apprendre les langues associées aux cultures qui

les intéressent. Ces personnes réalisent rapidement que la langue d'un peuple

est un élément fondamental de sa culture. De ce fait, je n'ai pas grande

confiance dans les outils de traduction automatique qui, s'ils traduisent les

mots et les expressions, ne peuvent guère traduire l'âme d'un peuple. Que sont

les Haïtiens, par exemple, sans le kreyòl (créole pour les non initiés), une

langue qui s'est développée et qui a permis de souder entre elles diverses

tribus africaines transplantées à Haïti pendant la période de l'esclavage? Cette

langue représente de manière la plus palpable l'unité de notre peuple. Elle est

toutefois principalement une langue parlée et non écrite. A mon avis, le web va

changer cet état de fait plus qu'aucun autre moyen traditionnel de diffusion

d'une langue. Dans Windows on Haiti, la langue principale est l'anglais, mais on

y trouve tout aussi bien un forum de discussion animé conduit en kreyòl. Il

existe aussi des documents sur Haïti en français et dans l'ancien créole

colonial, et je suis prêt à publier d'autres documents en espagnol et dans

diverses langues. Je ne propose pas de traductions, mais le multilinguisme est

effectif sur ce site, et je pense qu'il deviendra de plus en plus la norme sur

le web.»

Tôt ou tard, le pourcentage des langues sur le réseau correspondra-t-il à leur

répartition sur la planète? Rien n’est moins sûr à l’heure de la fracture

numérique entre riches et pauvres, entre zones rurales et zones urbaines, entre

régions favorisées et régions défavorisées, entre l’hémisphère nord et

l’hémisphère sud, entre pays développés et pays en développement. Selon Zina

Tucsnak, ingénieur d’études au Laboratoire ATILF (Analyse et traitement

informatique de la langue française), interviewée en octobre 2000, «le meilleur

moyen serait l’application d’une loi par laquelle on va attribuer un "quota" à

chaque langue. Mais n’est-ce pas une utopie de demander l’application d’une

telle loi dans une société de consommation comme la nôtre?» A la même date,

Emmanuel Barthe, documentaliste juridique, exprime un avis contraire: «Des

signes récents laissent penser qu’il suffit de laisser les langues telles

qu’elles sont actuellement sur le web. En effet, les langues autres que

l’anglais se développent avec l’accroissement du nombre de sites web nationaux

s’adressant spécifiquement aux publics nationaux, afin de les attirer vers

internet. Il suffit de regarder l’accroissement du nombre de langues disponibles

dans les interfaces des moteurs de recherche généralistes.»

Bakayoko Bourahima, bibliothécaire à l’ENSEA (Ecole nationale supérieure de

statistique et d’économie appliquée) d’Abidjan, écrit en juillet 2000: «Pour

nous les Africains francophones, le diktat de l’anglais sur la toile représente

pour la masse un double handicap d’accès aux ressources du réseau. Il y a

d’abord le problème de l’alphabétisation qui est loin d’être résolu et que

l’internet va poser avec beaucoup plus d’acuité, ensuite se pose le problème de

la maîtrise d’une seconde langue étrangère et son adéquation à l’environnement

culturel. En somme, à défaut de multilinguisme, l’internet va nous imposer une

seconde colonisation linguistique avec toutes les contraintes que cela suppose.

Ce qui n’est pas rien quand on sait que nos systèmes éducatifs ont déjà beaucoup

de mal à optimiser leurs performances, en raison, selon certains spécialistes,

des contraintes de l’utilisation du français comme langue de formation de base.

Il est donc de plus en plus question de recourir aux langues vernaculaires pour

les formations de base, pour "désenclaver" l’école en Afrique et l’impliquer au

mieux dans la valorisation des ressources humaines. Comment faire? Je pense

qu’il n’y a pas de chance pour nous de faire prévaloir une quelconque exception

culturelle sur la toile, ce qui serait de nature tout à fait grégaire. Il faut

donc que les différents blocs linguistiques s’investissent beaucoup plus dans la

promotion de leur accès à la toile, sans oublier leurs différentes spécificités

internes.»

Richard Chotin, professeur à l’Ecole supérieure des affaires (ESA) de Lille,

rappelle à juste titre que la suprématie de l’anglais a succédé à celle du

français. «Le problème est politique et idéologique : c’est celui de

l’"impérialisme" de la langue anglaise découlant de l’impérialisme américain,

explique-t-il en septembre 2000. Il suffit d’ailleurs de se souvenir de

l’"impérialisme" du français aux 18e et 19e siècles pour comprendre la

déficience en langues des étudiants français: quand on n’a pas besoin de faire

des efforts pour se faire comprendre, on n’en fait pas, ce sont les autres qui

les font.»

11.3. Langues minoritaires

De plus, cet impérialisme linguistique, politique et idéologique n’est-il pas

universel, malheureusement ? La France elle aussi n’est pas sans exercer

pression pour imposer la suprématie de la langue française sur d’autres langues,

comme en témoigne Guy Antoine, créateur du site Windows on Haiti, qui écrit en

juin 2001: «J’ai fait de la promotion du kreyòl (créole haïtien) une cause

personnelle, puisque cette langue est le principal lien unissant tous les

Haïtiens, malgré l’attitude dédaigneuse d’une petite élite haïtienne - à

l’influence disproportionnée - vis-à-vis de l’adoption de normes pour l’écriture

du kreyòl et le soutien de la publication de livres et d’informations

officielles dans cette langue. A titre d’exemple, il y avait récemment dans la

capitale d’Haïti un Salon du livre de deux semaines, à qui on avait donné le nom

de "Livres en folie". Sur les 500 livres d’auteurs haïtiens qui étaient

présentés lors du salon, il y en avait une vingtaine en kreyòl, ceci dans le

cadre de la campagne insistante que mène la France pour célébrer la Francophonie

dans ses anciennes colonies. A Haïti cela se passe relativement bien, mais au

détriment direct de la Créolophonie.

En réponse à l’attitude de cette minorité haïtienne, j’ai créé sur mon site web

Windows on Haiti deux forums de discussion exclusivement en kreyòl. Le premier

forum regroupe des discussions générales sur toutes sortes de sujets, mais en

fait ces discussions concernent principalement les problèmes socio-politiques

qui agitent Haïti. Le deuxième forum est uniquement réservé aux débats sur les

normes d’écriture du kreyòl. Ces débats sont assez animés, et un certain nombre

d’experts linguistiques y participent. Le caractère exceptionnel de ces forums

est qu’ils ne sont pas académiques. Je n’ai trouvé nulle part ailleurs sur

l’internet un échange aussi spontané et aussi libre entre des experts et le

grand public pour débattre dans une langue donnée des attributs et des normes de

la même langue.»

En septembre 2000, Guy Antoine rejoint l’équipe dirigeante de Mason Integrated

Technologies, dont l’objectif est de créer des outils permettant l’accessibilité

des documents publiés dans des langues dites minoritaires. «Etant donné

l’expérience de l’équipe en la matière, nous travaillons d’abord sur le créole

haïtien (kreyòl), qui est la seule langue nationale d’Haïti, et l’une des deux

langues officielles, l’autre étant le français. Cette langue ne peut guère être

considérée comme une langue minoritaire dans les Caraïbes puisqu’elle est parlée

par huit à dix millions de personnes.»

Autre expérience, celle de Caoimhín Ó Donnaíle, professeur d’informatique à

l’Institut Sabhal Mór Ostaig, situé sur l’île de Skye, en Ecosse. Il dispense

ses cours en gaélique écossais. Il est aussi le webmestre du site de l’institut,

qui est bilingue anglais-gaélique et se trouve être la principale source

d’information mondiale sur le gaélique écossais. Sur ce site, il tient à jour

European Minority Languages, une liste de langues minoritaires elle aussi

bilingue, avec classement par ordre alphabétique de langues et par famille

linguistique. Interviewé en mai 2001, il raconte: «Nos étudiants utilisent un

correcteur d’orthographe en gaélique et une base terminologique en ligne en

gaélique. (...) Il est maintenant possible d’écouter la radio en gaélique

(écossais et irlandais) en continu sur l’internet partout dans le monde. Une

réalisation particulièrement importante a été la traduction en gaélique du

logiciel de navigation Opera. C’est la première fois qu’un logiciel de cette

taille est disponible en gaélique. » En janvier 2007, le gaélique irlandais est

ajouté aux langues officielles de la Communauté européenne, en plus du roumain

et du bulgare, les deux langues des pays entrants. Le nombre de langues

officielles passe de 20 à 23 langues. Pour mémoire, ce nombre était passé de 12

à 20 langues lors de l’élargissement de l’Union européenne en mai 2004.

Robert Beard co-fonde en 1999 yourDictionary.com en tant que portail de

référence pour toutes les langues sans exception, avec une section importante

consacrée aux langues menacées (Endangered Language Repository). «Les langues

menacées sont essentiellement des langues non écrites, écrit-il en janvier 2000.

Un tiers seulement des quelque 6.000 langues existant dans le monde sont à la

fois écrites et parlées. Je ne pense pourtant pas que le web va contribuer à la

perte de l’identité des langues et j’ai même le sentiment que, à long terme, il

va renforcer cette identité. Par exemple, de plus en plus d’Indiens d’Amérique

contactent des linguistes pour leur demander d’écrire la grammaire de leur

langue et de les aider à élaborer des dictionnaires. Pour eux, le web est un

instrument à la fois accessible et très précieux d’expression culturelle.»

Caoimhín Ó Donnaíle indique pour sa part en mai 2001: «En ce qui concerne

l’avenir des langues menacées, l’internet accélère les choses dans les deux

sens. Si les gens ne se soucient pas de préserver les langues, l’internet et la

mondialisation qui l’accompagne accéléreront considérablement la disparition de

ces langues. Si les gens se soucient vraiment de les préserver, l’internet

constituera une aide irremplaçable.»

11.4. Traduction

L’internet étant une source d’information à vocation mondiale, il semble

indispensable de favoriser les activités de traduction. Auteur des Chroniques de

Cybérie, une chronique hebdomadaire des actualités du réseau, Jean-Pierre

Cloutier déplore en août 1999 «qu’il se fasse très peu de traductions des textes

et essais importants qui sont publiés sur le web, tant de l’anglais vers

d’autres langues que l’inverse. (...) La nouveauté d’internet dans les régions

où il se déploie présentement y suscite des réflexions qu’il nous serait utile

de lire. À quand la traduction des penseurs hispanophones et autres de la

communication?» Professeur d’espagnol en entreprise et traductrice, Maria

Victoria Marinetti écrit à la même date: «Il est très important de pouvoir

communiquer en différentes langues. Je dirais même que c’est obligatoire, car

l’information donnée sur le net est à destination du monde entier, alors

pourquoi ne l’aurions-nous pas dans notre propre langue ou dans la langue que

nous souhaitons lire? Information mondiale, mais pas de vaste choix dans les

langues, ce serait contradictoire, pas vrai?»

Il va sans dire que la traduction automatique n’offre pas la qualité de travail

des professionnels de la traduction, et qu’il est préférable de faire appel à

ces derniers lorsqu'on a le temps et l’argent nécessaires. Les logiciels de

traduction sont toutefois très pratiques pour fournir un résultat immédiat et à

moindres frais, sinon gratuit. Certains logiciels sont en accès libre sur

l'internet et permettent de traduire en quelques secondes une page web ou un

texte court, avec plusieurs combinaisons de langues possibles.

Le but d’un logiciel de traduction est d’analyser le texte dans la langue source

(texte à traduire) et de générer automatiquement le texte correspondant dans la

langue cible (texte traduit), en utilisant des règles précises pour le transfert

de la structure grammaticale. Comme l’explique l’EAMT (European Association for

Machine Translation) sur son site, «il existe aujourd’hui un certain nombre de

systèmes produisant un résultat qui, s’il n’est pas parfait, est de qualité

suffisante pour être utile dans certaines applications spécifiques, en général

dans le domaine de la documentation technique. De plus, les logiciels de

traduction, qui sont essentiellement destinés à aider le traducteur humain à

produire des traductions, jouissent d’une popularité croissante auprès des

organismes professionnels de traduction.»

En 1998, un historique de la traduction automatique est présent sur le site de

Globalink, société spécialisée dans les produits et services de traduction. Le

site a depuis disparu, Globalink ayant été racheté en 1999 par Lernout &

Hauspie, lui-même racheté en 2002 par ScanSoft. Voici cet historique résumé en

deux paragraphes.

Les mutations du livre · 第 19 / 29 段