Regardez-la marcher dans ses écarts, cette comète insensée, qui ne vit
pas dans les limites que mesure au monde le doigt de Dieu.
On dirait une folle qui traverse les champs loin des routes, qui, les
cheveux épars, court sans but et sans pensée, pousse des cris, et laisse
flotter derrière elle ses vêtements.
Ainsi cette planète vagabonde vole brûlante dans l'espace; sa chevelure
enflammée se développe derrière elle... mais elle est terrible dans ses
pas irréguliers.
Les autres globes la voient approcher avec effroi, et voudraient reculer
devant elle, mais la règle les retient. Elle passe dédaigneuse auprès
d'eux, et ne les touche point... Ils respirent quand elle n'est plus là.
Ou bien, aveugle et furieuse, elle court d'une ligne droite sur un
monde; elle le brise en mille éclats, qui rejaillissent dans l'espace,
et forment peut-être de nouveaux globes, qui se façonnent au milieu de
leurs atmosphères nouvelles.
Ou bien, elle les brûle, elle les entraîne dans ses cheveux de feu; ils
s'y mêlent et ne peuvent plus s'en dégager; et les êtres des différents
mondes les cherchent dans les cieux et ne les y trouvent plus.
Et quelquefois encore, par un autre caprice, elle recommence avec une
bizarre régularité cette immense ellipse qu'elle avait décrite; oubliée
pendant des siècles, elle reparaît et sème de nouvelles terreurs.
Et cependant elle traîne peut-être avec elle des myriades d'êtres
inconnus qui l'habitent et vivent sur elle, qui pleurent sans cesse ses
écarts, volent éperdus avec elle, et sillonnent sans cesse l'étendue.
Enfin, Dieu parle! ce globe rebelle à ses volontés l'importune, il ne
trouve plus grâce devant lui; Dieu lui assigne aussi une place dans ses
desseins, et l'enchaîne dans le grand ordre; ou bien, pour la punir, il
la brise, l'efface, et elle disparaît.
(_La suite à un autre numéro._)