UN SIÈCLE.

Dieu détache un siècle du trésor infini de l'éternité, et il le jette au

monde pour que le monde ait le Temps.

Le siècle, ainsi échappé des mains de Jehovah, marche pendant cent

années dans l'univers, et quand il a terminé sa course, il va se réunir

à ses frères qui ne sont plus.

Un autre le suit, qui le remplace, qui vit aussi de cette vie égale et

mesurée, et il court aussi s'abîmer dans le passé.

Chacun emporte avec soi ou les trésors d'une grande gloire, ou le poids

d'un oubli profond.

Celui-là est le siècle de Charlemagne, cet autre celui de Napoléon,

d'autres sont des siècles d'ignorance et de misère.

Quand ils ont ainsi vécu, ils se réunissent tous dans un antique palais,

et, se tenant par la main, ils forment une longue chaîne, et ils

dansent.

Quelquefois ces fantômes centenaires s'assoient autour d'un foyer, comme

de graves vieillards, et ils se racontent leur vie.

L'Illustration, No. 0029, 16 Septembre 1843 · 第 11 / 17 题