A ANGERS

[Illustration: Statue du roi René, par M. David d'Angers.]

Il y a une douzaine d'années, plusieurs savants, qui n'avaient rien des

mieux à faire, réalisant une pensée de M. de Humboldt, créèrent les

congrès scientifiques. Ils invitèrent les érudits de toutes les nations

à se réunir, à des époques déterminées, pour traiter simultanément des

questions d'histoire, d'archéologie, de médecine, de physique, de

mathématiques, de littérature et de beaux-arts. Afin de grouper et de

disperser en même temps les lumières, ils convinrent que l'assemblée,

annuellement nomade, se tiendrait à tour de rôle dans les principaux

chefs-lieux. L'institution des congrès, accomplissant pour la onzième

fois ses révolutions périodiques, s'est réunie en 1843 dans la ville

d'Angers, sous la présidence de M. le comte de Las-Cases. Là, après

avoir discuté bon nombre de questions importantes, les membres du

congrès ont honoré de leur présence l'inauguration de la statue du roi

René.

Le roi René, comte d'Anjou et de Provence, comte de Lorraine, roi de

Naples et de Jérusalem _in partibus_, fut, par ses qualités aimables, le

Henri IV du Moyen-Age. Né à Angers en 1408, il commença la vie en

chevalier pour la finir en troubadour, et ses succès dans les arts

purent le consoler de ses revers sur les champs de bataille. Les

malheurs de la guerre l'obligèrent à renoncer successivement à la

Lorraine, qu'il tenait de sa femme Isabelle, et au royaume de Naples,

que la reine Jeanne II lui avait légué. De cet héritage, René ne garda

que le comté de Provence, où il s'installa paisiblement pour rimer,

chanter, peindre, courtiser les dames, instituer des processions, et

oublier autant que possible qu'il avait des États à régir. On ne peut

dire que ce fut un bon prince, car il s'occupait médiocrement

d'administration; mais c'était à coup sur un homme spirituel et

généreux, qui faisait également bien des sirventes, de la peinture et

des dettes; il avait le mérite plus rare encore de payer exactement,

quoique les sommes fussent souvent considérables, et il disait à son

trésorier: «Je ne voudrais, pour rien au monde, avoir déshonneur à la

parole que j'ai donnée.» Insoucieux artiste, il peignait une perdrix

quand on lui annonça la perte du royaume de Naples, et il ne quitta pas

le pinceau. Toujours disposé à écouter des requêtes, à récompenser des

services, à signer des grâces, «La plume des princes, disait-il, ne doit

jamais être paresseuse.»

La ville d'Angers, qui doit élever une statue en bronze au bon roi René,

en a préalablement inauguré le plâtre dans la grande salle de

l'Hôtel-de-Ville. Cette solennité a eu lieu à huis clos, le 7 septembre,

et l'on n'y a convié que les notabilités de Maine-et-Loire et les

honorables membres du congrès. La séance a été ouverte à trois heures et

demie, et presque entièrement remplie par la lecture des commentaires

que M. Quatrebarbes prépare pour une édition nouvelle des _Oeuvres

complètes du roi René_; publication dont le produit sera consacré à

l'érection de la statue de bronze.

Le monument nouveau est de M. David. Le sculpteur, songeant que le roi

René n'appartenait à Angers que par sa naissance et ses premières

années, l'a représenté jeune, vigoureux, le regard fier, une main sur la

garde de son épée, l'autre prête à saisir un casque. Le bon prince est

armé de pied en cap; sur sa poitrine pendent les insignes de l'ordre du

Croissant, qu'il institua à Angers, en 1438, et dont la devise était

_loz en croissant_. A droite de la figure, sur un support, sont les

pinceaux, la palette, et la plume qui écrivit le _Petit Traité de

l'Abusé de Court_, imprimé à Vienne par Pierre Schenck, en 1484. L'écu

armorié du prince est à ses pieds, et derrière lui la lyre dont il

s'accompagnait en chantant le soleil et les femmes d'Occitanie. Le

costume tout entier est d'une rigoureuse exactitude; l'artiste n'a rien

omis de ce qui peut caractériser la vie, l'époque et les travaux du roi

René. La tête, un peu grosse peut-être, est pleine de noblesse; une

tunique ajustée avec art recouvre l'armure. Condamné à emprisonner les

membres dans des plaques de fer, l'artiste s'en est consolé en modelant

admirablement les méplats de la Face, et en ajustant la tunique avec une

élégante légèreté. On retrouve, dans la conception générale de la

statue, le génie inventeur de M. David, qui, contrairement à la plupart

de ses collègues, cherche avant toutes choses une pensée neuve et

originale.

Inauguration de la statue de l'abbé de L'Épée.

L'Illustration, No. 0029, 16 Septembre 1843 · 第 6 / 17 题