Je prenais une glace au Café Napolitain, en compagnie d'Albéric Second
et d'Aurélien Scholl, qui éclataient en saillies. Mais, tout d'un coup,
ils firent silence. Pâquerette était venue s'asseoir à côté de nous.
«Une comédienne de province!» leur dis-je, sans vouloir lui parler.
Mais elle ne fit pas de cérémonies pour nous demander de la faire entrer
au Vaudeville, en m'affirmant qu'elle jouait comme un ange tous les
grands rôles du théâtre.
--Vous faire entrer au Vaudeville, lui dis-je; mais, si j'avais
aujourd'hui quelque crédit, je ferais rétablir pour vous le Fort
l'Évêque.
Mes deux amis me trouvèrent brutal envers une si jolie fille. Mais, tout
à propos, le malheureux Bouquet passait sur le boulevard, car Pâquerette
attirait toujours cette âme en peine.
La voyant si près de moi, il vint droit à elle. Il croyait que je le
protégerais auprès de cette femme qui était toujours sa vie, de loin
comme de près. «Pâquerette!» dit-il en pâlissant.
Il ne put dire un mot de plus et tomba assis sur une chaise.
Je lui serrai la main pour le réconforter; mais, au même instant,
Pâquerette lui dit d'un air dégagé, avec la voix la plus glaciale:
--Monsieur, je ne vous connais pas!