III

Un an après, la comtesse de la Châtre, me rencontrant un matin au coin

de la rue Balzac, me dit en me tendant la main:

--Vous ne savez pas où je vais?

--Vous n'allez pas au sermon?

--Mieux que cela; je vais voir une mourante.

--Qui donc?

--Vous rappelez-vous cette jolie joueuse de harpe que vous avez vue chez

moi l'autre hiver?

--Mlle Vallia? Elle se meurt!

Je ressentis un coup au coeur, car j'avais gardé comme une douce image

le souvenir de la jeune musicienne.

--Oui, mon ami, Mlle Vallia va mourir à vingt ans et jolie comme un

ange.

--Et de quoi meurt-elle?

--D'une maladie de coeur. Je lui ai envoyé mon médecin, qui me conseille

d'aller la voir si je veux la revoir. Voulez-vous venir avec moi?

La comtesse prit mon bras; il n'y avait qu'un pas à faire, car Vallia

restait toujours à son petit rez-de-chaussée, presque en face, dans la

maison qui porte le numéro 121 ou 123 de l'avenue des Champs-Elysées. La

clef était sur la porte; la comtesse ne fit pas de façons pour ouvrir

sans sonner.

Je la suivis; nous assistâmes au spectacle le plus touchant.

Vallia, toute blanche, agenouillée sur son lit, recevait l'extrême

onction, avec la ferveur d'une fille de Dieu.

Aussi ne nous regarda-t-elle pas quand nous entrâmes.

La comtesse s'agenouilla et pria, je m'effaçai discrètement contre le

rideau d'une des fenêtres.

Naturellement, Henri Delaage était là. Il me dit par un regard:

--C'était fatal.

Quand le prêtre eut consolé par l'espérance celle qui avait la foi, la

comtesse prit Vallia dans ses bras et l'embrassa doucement sur le front.

--C'est bien, dit-elle, de vouloir revivre en Dieu.

--Ah! je suis bien heureuse, murmura Vallia. Je sens que je suis sauvée.

La comtesse, se méprenant sur ces paroles, lui dit:

--On ne meurt pas à vingt ans.

--Vous ne comprenez pas, dit Vallia, je suis sauvée, parce que je meurs,

parce que Dieu me pardonne mes péchés et que je ne pécherai plus.

Les douze nouvelles nouvelles · 第 33 / 114 题