Un an après, la comtesse de la Châtre, me rencontrant un matin au coin
de la rue Balzac, me dit en me tendant la main:
--Vous ne savez pas où je vais?
--Vous n'allez pas au sermon?
--Mieux que cela; je vais voir une mourante.
--Qui donc?
--Vous rappelez-vous cette jolie joueuse de harpe que vous avez vue chez
moi l'autre hiver?
--Mlle Vallia? Elle se meurt!
Je ressentis un coup au coeur, car j'avais gardé comme une douce image
le souvenir de la jeune musicienne.
--Oui, mon ami, Mlle Vallia va mourir à vingt ans et jolie comme un
ange.
--Et de quoi meurt-elle?
--D'une maladie de coeur. Je lui ai envoyé mon médecin, qui me conseille
d'aller la voir si je veux la revoir. Voulez-vous venir avec moi?
La comtesse prit mon bras; il n'y avait qu'un pas à faire, car Vallia
restait toujours à son petit rez-de-chaussée, presque en face, dans la
maison qui porte le numéro 121 ou 123 de l'avenue des Champs-Elysées. La
clef était sur la porte; la comtesse ne fit pas de façons pour ouvrir
sans sonner.
Je la suivis; nous assistâmes au spectacle le plus touchant.
Vallia, toute blanche, agenouillée sur son lit, recevait l'extrême
onction, avec la ferveur d'une fille de Dieu.
Aussi ne nous regarda-t-elle pas quand nous entrâmes.
La comtesse s'agenouilla et pria, je m'effaçai discrètement contre le
rideau d'une des fenêtres.
Naturellement, Henri Delaage était là. Il me dit par un regard:
--C'était fatal.
Quand le prêtre eut consolé par l'espérance celle qui avait la foi, la
comtesse prit Vallia dans ses bras et l'embrassa doucement sur le front.
--C'est bien, dit-elle, de vouloir revivre en Dieu.
--Ah! je suis bien heureuse, murmura Vallia. Je sens que je suis sauvée.
La comtesse, se méprenant sur ces paroles, lui dit:
--On ne meurt pas à vingt ans.
--Vous ne comprenez pas, dit Vallia, je suis sauvée, parce que je meurs,
parce que Dieu me pardonne mes péchés et que je ne pécherai plus.