Ici, les documents font absolument défaut à l'historien. Ce qu'il sait
bien, c'est ceci:
Le lendemain, bien avant l'aurore. Janina s'envola comme un oiseau qui
ne bat que d'une aile; ou plutôt, pour parler en prose, elle s'habilla
en toute hâte vers quatre heures du matin, l'heure où elle savait que
son mari s'échappait des bras de la Faramineuse. Sa longue pelisse
cachait sa tête comme son corps, mais elle ne se trouvait pas encore
assez cachée pour sortir de chez une fille et pour rentrer chez une
honnête femme!
Rentra-t-elle chez une honnête femme?
Fut-elle vraiment bien surprise quand sa fille de chambre lui dit, tout
ébahie de la voir rentrer si tard sans être en toilette de bal:
_--Madame sait-elle que Monsieur est revenu de très bonne heure avec une
fièvre de cheval?_
Fut-ce pour Janina le _Mané, Thécel, Pharès_ venant la surprendre dans
l'enivrement de son triomphe,--ou de sa défaite? Savait-elle, à ce
moment, que le beau prince entrevu en photographie dans le vulgaire
roman que lisait la Faramineuse avait pris--nouveau Jupiter--les plumes
et le nid d'Amphitryon?
Je ne sais par quelle indiscrétion l'histoire courut vaguement, sans
toutefois qu'on arrachât les masques. Ce qui est certain, c'est qu'une
amie de la Faramineuse lui dit un jour: «On prétend que tu as touché dix
mille francs pour rapatrier une femme avec son mari.
--Ma chère amie, j'ai touché quinze mille francs: dix mille francs de la
dame, et cinq mille francs du prince.
--C'était donc un prince?» La Faramineuse se mordit les lèvres.
Ste Thérèse a dit: «Nous avons dans le coeur la source des larmes qui
lavent nos péchés.» Janina qui avait tant pleuré, pleura encore.
Son mari ne retourna pas chez la Faramineuse.--Ni elle non plus.